Police : dans la récession, peut-on faire comme avant ?

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Police : dans la récession, peut-on faire comme avant ?

Séminaire CECOPS, Paris 5 et 6 mai 2011

L’implication des citoyens dans les activités de Police peut paraître naturelle dans le modèle anglo-saxon de policing. En effet, l’inventeur des « bobbies » de la police Métropolitaine de Londres, Robert Peel avait développé dès 1829 le concept selon lequel « les policiers sont des membres de la population qui sont payés à temps plein pour prêter attention à des missions qui incombent à l’ensemble des citoyens dans l’intérêt du bien être de la communauté ». Tel n’est pas, par principe, le cas dans les pays de tradition latine et notamment en France, dans lesquels la police est essentiellement une prérogative d’Etat et où la thématique de la participation directe des citoyens aux activités de police peut aujourd’hui surprendre et créer un blocage.

 

Pourtant, la question de l’implication de la société civile et notamment de volontaires (bénévoles ou non), dans les activités de police est une question qui émerge dans l’ensemble des pays d’Europe, et qui justifie l’intérêt du projet CECOPS (voir plus bas). Les dix dernières années ont été fastes, budgétairement, pour les polices européennes. La montée des périls comme le terrorisme, la grande criminalité, mais encore plus la montée d’un discours sécuritaire réclamant une plus grande présence policière dans les rues ont favorisé l’octroi de budgets accrus. Cependant, la récession mondiale amène à réduire tous les budgets publics et notamment ceux qui concernent la police. Dans la récession, peut-on faire comme avant ? Les manières de fonctionnement et d’organisation des polices doivent changer pour s’adapter à cette baisse des effectifs. La crise budgétaire que connaissent tous les Etats accroît la tendance à chercher des supplétifs, des renforts, pour palier les réductions de postes dans les polices.

 

Par exemple au Royaume Uni, malgré une diminution de 20% des budgets alloués à la police sur 4 ans[1], et un gel des recrutements depuis 2010, on remarque l’augmentation de 15% du nombre de « special constables », qui sont des citoyens volontaires bénévoles avec les mêmes compétences que les policiers. De grands débats sont en cours au Royaume Uni sur ces adaptations. Une des pistes pour contrebalancer les effets de la récession est d’associer plus étroitement les citoyens volontaires et bénévoles à la construction et la mise en œuvre des actions qui touchent à la sécurité. Cela rentre dans l’idée de la « Big Society » développé par M Cameron, premier ministre du Royaume Uni : moins d’Etat, plus de Société.

 

En France aussi, dans le cadre de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), des réductions importantes d’effectifs ont été constaté dans la police et la gendarmerie nationale. Les évolutions récentes du service volontaire dans la police nationale (Article 37 quater de la loi LOPPSI II récemment votée par le parlement français) et le développement des dispositifs de « participation citoyenne » (anciennement appelé « les voisins vigilants »), mais aussi le renforcement des réservistes de la Gendarmerie Nationale confirment l’intérêt que portent les institutions en France à l’implication directe des citoyens dans les activités de police. En Belgique (notamment en Flandres) depuis la fin des années 90, on voit le développement des dispositifs de « Partenariat Locaux de Prévention », très encadrés et qui correspondent à une adaptation du concept de Neighbourhood Watch dans ce pays.

 

Pendant longtemps, on a cherché à faire pour la population. Aujourd’hui, les politiques de sécurité ont tendance à se faire par la population elle même. La sécurité est l’affaire de tous, mais la question reste posée, au fond, de savoir si la fonction de police est partageable ? Ceci est une interrogation que nous nous devons d’avoir au niveau européen. Le projet européen CECOPS vise à tenter de comprendre ces phénomènes dans la diversité des situations nationales et à faire émerger de bonnes pratiques tout en posant des recommandations européennes pour permettre aux systèmes de police qui intègrent des citoyens dans leurs activités de le faire dans les meilleures conditions d’éthique, et dans la perspective d’améliorer ou de renforcer le lien police-population.

 

Le séminaire qui s’est tenu à Paris les 5 et 6 mai dernier à permis aux participants de bien saisir les différences d’approches entre pays anglo-saxons et pays de tradition latine. L’objectif était de replacer les questions d’implication des citoyens volontaires dans les activités de Police dans le contexte français et belge. Le 5 mai, après une introduction générale des débats par M. Michel Marcus, délégué général de l’Efus, une présentation des dispositifs français d’implication des citoyens au sein de la gendarmerie, et notamment les réservistes, a été effectuée par le Général Jean Danède et le Colonel Luc Auffret représentant la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale. Par la suite, M. Christian Mouhanna[2], chercheur au CNRS, est venu présenter son point de vue de sociologue sur l’implication des citoyens dans les activités de policing, en expliquant les différentes raisons de la distance police – population en France. M. Michel Barret adjoint au Maire à la sécurité de la ville de Gif-sur-Yvette, est venu faire part de son expérience d’initiatives locale en matière de réseau d’habitants relais en lien avec la Gendarmerie et les dispositifs de la ville en matière de médiation volontaire et citoyenne.

 

Le 6 mai ont été présentés les Partenariats Locaux de Prévention (anciens Réseaux d’Information de Quartier – RIQ) par deux intervenants du ministère de l’intérieur Belge M. Jacques Ickx et Mme Dafné Vanhelleputte. Afin d’ouvrir la séance sur des dispositifs de participation de citoyens aux activités de sécurité, sans lien directe avec la police M. Manuel Comeron est venu présenter les initiatives prises par la ville de Liège sur les stewarts du Standard de Liège qui prennent part bénévolement à la sécurité dans les stades de Football. Un aperçu de différentes pratiques au niveau européen, notamment le courage civil en Allemagne et un dispositif innovant de patrouilleurs séniors de parcs et jardin au Portugal a également été effectué par M. Mark Burton-Page, chargé de mission Efus.

 

Cette réunion très riche en échanges, a été l’occasion pour le groupe d’experts présent de recueillir des informations et de poser des questions aux intervenants.

 

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Le projet CECOPS est piloté par la Metropolitan Police Service de Londres, avec la participation de Italiens (un institut de recherche « RISSC » et la ville de Bologne) et Lituaniens (un institut de Droit de Vilnius), ainsi que du Forum Européen pour la Sécurité Urbaine. Ce projet se focalise sur la recherche d’expériences européennes de citoyens volontaires impliqués dans les activités de prévention/sécurité, et plus particulièrement en lien avec la police. Cinq réunions ont eu lieu à Londres, Vilnius, Padoue, Bologne et Paris. Une publication des travaux du projet est prévue ainsi qu’une conférence internationale le 21 Septembre à Vilnius (Lituanie), dans le cadre de la Société Européenne de Criminologie afin d’y diffuser les résultats du projet.

 

 

 


[2] Christian Mouhanna, « La police contre les citoyens ? », ed. champs social Mars 2011