Le consortium KOBAN à Lisbonne (2025)
Février 2026 – Depuis plusieurs années, l’Efus travaille avec les villes et dans le cadre de projets tels que Cutting Crime Impact (CCI) sur les relations entre les forces de police locales et les citoyens, une question de plus en plus centrale dans le domaine de la sécurité urbaine. Le projet KOBAN, dont l’Efus est partenaire, se concentre spécifiquement sur la police de proximité et aborde un défi croissant pour les forces de l’ordre : comment établir des relations de confiance avec les citoyens, tant en ligne que hors ligne.
Qu’est-ce que la police de proximité ?
La police de proximité est une philosophie policière qui vise à établir des partenariats à long terme entre les agents et les citoyens qu’ils servent. Elle met l’accent sur une présence régulière dans les quartiers, favorisant la confiance, la communication et la compréhension mutuelle. Plutôt que de se contenter de réagir aux crimes, elle privilégie la résolution proactive des problèmes et s’attaque aux causes profondes des troubles. Les agents travaillent avec les résidents, les organisations locales et les entreprises pour identifier rapidement les problèmes et élaborer des solutions sur mesure. Cette approche renforce la légitimité de la police, réduit la peur de la criminalité et encourage la coopération communautaire. En substance, la police de proximité intègre la police dans la vie quotidienne de la communauté afin de promouvoir la sécurité, la prévention et le partage des responsabilités.
Perspectives de terrain
Dans le cadre du projet KOBAN, le projet pilote de la ville de Lisbonne vise à renforcer le travail de la police grâce à l’utilisation des données, notamment via le développement d’un tableau de bord intégré et interopérable destiné aux agents. Conçue pour s’intégrer de manière transparente aux outils existants, cette solution a pour objectif de fournir une vue d’ensemble complète et en temps réel des opérations sur le terrain, améliorant ainsi la connaissance de la situation et l’efficacité opérationnelle.
Dans le cadre de ce projet, l’Efus a également interrogé des agents de police locaux de plusieurs pays européens afin de mieux comprendre comment la police de proximité est mise en œuvre dans la pratique. Leurs expériences montrent que si la philosophie est largement reconnue, son application concrète varie considérablement selon les contextes nationaux et locaux.
En Italie, par exemple, la police de proximité peut fonctionner au niveau régional. En Grèce, les agents ne qualifient pas officiellement leur unité de « police de proximité », mais bon nombre de leurs pratiques, telles que l’approche des citoyens, les conversations régulières, l’identification des problèmes quotidiens et leur résolution collaborative, sont tout à fait conformes à ses principes. En Espagne, le terme « policía comunitaria » est explicitement utilisé.
Dans les différents pays et services de police locaux, les agents s’accordent à dire que la communication est l’un des aspects les plus importants de cette approche. Dans de nombreuses situations, ils doivent adopter un langage plus accessible et moins formel afin de gagner la confiance des habitants, en particulier ceux qui se méfient davantage des forces de l’ordre. Les interactions quotidiennes, souvent centrées sur des questions mineures mais importantes telles que les nuisances sonores, les conflits de voisinage ou les problèmes liés aux espaces publics, constituent le fondement de leur travail et contribuent à créer un climat de dialogue et de coopération. Il est également nécessaire d’augmenter les effectifs policiers afin de garantir que les préoccupations des citoyens soient correctement prises en compte et traitées efficacement.
« Nous sommes une petite force de police locale (seulement 13 personnes), ce qui nous permet d’être en contact étroit avec nos citoyens. Notre approche est davantage axée sur la communication et l’engagement avec les habitants que sur l’application stricte de la loi. Nous connaissons personnellement de nombreux membres de notre communauté, nous savons souvent leurs noms, où ils vivent, ce qu’ils font, et même des détails sur leur famille. Cette relation étroite nous permet de travailler efficacement avec eux. »
Kiriaki Magoulioti, directrice de la police municipale, Kordelio-Evosmos (Grèce)
Le contexte local détermine si un modèle unifié de police de proximité est en place ou non. Cela explique pourquoi les pratiques de police de proximité varient autant à travers l’Europe, même si elles sont généralement confrontées à des défis similaires.
Malgré les résultats positifs, plusieurs défis persistent. Les contraintes budgétaires limitent souvent la capacité des forces locales à développer pleinement ou à étendre les initiatives de police de proximité. De nombreux agents estiment également qu’un protocole ou un cadre européen pourrait être utile à l’avenir, car il offrirait des orientations plus claires et contribuerait à harmoniser les pratiques entre les pays.
Perspectives d’avenir
La police de proximité est de plus en plus reconnue comme un élément essentiel de la sécurité urbaine à travers l’Europe. Les enseignements tirés du projet KOBAN montrent que, si la philosophie est partagée, les approches varient et pourraient bénéficier d’orientations communes plus fortes. Les villes évoluent et les attentes des citoyens changent. Le développement et le soutien de stratégies policières centrées sur les citoyens peuvent être essentiels pour bâtir des communautés plus sûres et plus confiantes à travers l’Europe.
Comme le souligne l’Efus dans son manifeste Sécurité, démocratie et villes (2025), il est nécessaire de fonder les stratégies policières sur les principes de coproduction et de police de proximité, et d’organiser la police selon une approche ascendante fondée sur le partenariat.
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