Comment prévenir les attaques au véhicule-bélier contre les espaces publics ? Une étude du Centre pour la Protection des Infrastructures Nationales du Royaume-Uni

Londres, Royaume-Uni, juin 2021 – Le Centre pour la Protection des Infrastructures Nationales (Centre for the Protection of National Infrastructure, CPNI) du gouvernement britannique a lancé une nouvelle étude sur la prévention des menaces d’attentats par véhicule-bélier et les véhicules piégés transportant un engin explosif improvisé (Vehicle Borne Improvised Explosive Device, VBIED). Dans ce guide PACTESUR, un représentant du CPNI* explore la façon dont les attaques par véhicule-bélier se manifestent, l’environnement où elles ont lieu et la réponse des équipes de sécurité et d’urgence.

Les véhicules sont utilisés depuis des décennies pour les attaques terroristes, la méthode la plus connue étant le véhicule piégé transportant un engin explosif improvisé (Vehicle Borne Improvised Explosive Device, VBIED), donc un véhicule bourré d’explosifs. Les véhicules sont aussi utilisés fréquemment pour les assauts contre les lieux et les personnes, en utilisant le véhicule soit pour forcer le passage contre les barrières de sécurité soit simplement pour transporter des attaquants et leurs armes. 

Comme pour toutes les menaces, leur nature et leur fréquence varie et la méthodologie d’attaque évolue. Depuis quelques années, les Véhicules Comme Arme (Vehicle As a Weapon, VAW) ont représenté la principale menace dans cette catégorie des menaces par véhicule, mais les attaques par VAW ne sont pas nouvelles. Afin de compléter le programme de développement de contre-mesures, entamé il y a déjà un certain temps, et élaborer des recommandations de sécurité actualisées et fondées sur les risques, le CPNI a étudié 150 attaques VAW et en a analysé de nombreuses afin de comprendre de façon détaillée comment elles se manifestent.  

Le CPNI estime qu’il y a eu plus de 140 attaques VAW depuis 2014, avec un pic en 2017, principalement en Europe, en Amérique du Nord et en Asie occidentale, dont une majorité dans des lieux accessibles au public.  Environ 50% ont eu lieu en Israël et en Cisjordanie/Gaza et 20% en Europe.
Les pays d’Europe et d’Amérique du Nord ont été touchés par des attaques VAW qui ont toutes été conduites par des individus motivés par différentes idéologies ou raisons. La majorité des attaques peut être attribuée à des terroristes extrémistes islamistes, mais un nombre important l’est à des terroristes d’extrême droite.
Le reste était motivé par différents griefs et motifs d’insatisfaction, ou alors les motifs étaient peu clairs en raison d’un déséquilibre mental ou d’une consommation de substances.

  • Les attaques VAW commencent généralement sur une voie publique avec très peu ou aucun avertissement. Elles visent des lieux fréquentés par une foule ou bien s’ils présentent une opportunité d’attaquer un certain groupe de population. La nature iconique d’un événement, d’une zone ou d’un lieu spécifique peuvent aussi influencer l’attaquant.
  • Les attaques VAW sont peu complexes, demandent peu de préparation, sont souvent spontanées et souvent font parties d’une série d’attaques, c’est-à-dire suivies d’une attaque à pied en utilisant le plus souvent des armes blanches mais aussi parfois des armes à feu. La plupart des attaques utilisent des voitures, fourgonnettes ou camions acquis de façon légitime. Le nombre de morts et de blessés varie de façon importante selon le type de véhicule, sa vitesse, la densité de la foule, son orientation et sa posture, mais aussi le degré auquel la foule est informée et la façon dont elle répond, ainsi que la réponse des services de secours.  
  • Généralement, les attaquants ne suivent pas le code de la route mais ne conduisent pas pour autant d’une manière qui pourrait faire avorter l’attaque, ni rendre le véhicule inutilisable, ni se blesser eux-mêmes. 
  • Par conséquent, l’attaquant à tendance à éviter les obstacles, même s’ils sont légers. 

Problèmes et opportunités

Déployer des mesures de contre-terrorisme sur les Lieux Accessibles au Public (LAP) peut poser problème parce qu’il faut établir des priorités quant aux lieux à protéger et aux financements et qu’il faut s’adapter aux contraintes d’ingénierie tout en respectant les besoins architecturaux et commerciaux/opérationnels de la zone concernée. Les LAP ne sont pas des lieux à usage unique, au contraire ce sont généralement des lieux d’économie mixte où se trouvent des hôtels/restaurants/bars, des lieux de loisirs, sociaux, commerciaux, des entreprises, des logements résidentiels, des bâtiments publics et des nœuds de transports publics. Un terroriste ne respectera pas les limites des propriétés et exploitera toute opportunité ou faiblesse, notamment en utilisant une méthode d’attaques multiples. Ainsi, pour effectivement réduire les risques, il est essentiel de déployer différentes strates de sécurité et de collaborer avec les acteurs clés. 

En résumé, lorsque l’on évalue les risques et les différentes options de réduction, il faut prendre en compte la zone à protéger, ce qui l’entoure et la façon dont l’espace est utilisé, c’est-à-dire reconnaître les opportunités pour les entreprises locales et leurs besoins. Il existe de grandes opportunités de partenariat public/privé et les bénéfices sont souvent mutuels. 

Pour les autorités et les entreprises locales, il est essentiel d’avoir des structures de gouvernance robustes et accès aux informations détaillées sur les menaces ainsi qu’à des conseils de sécurité pour que les principaux décisionnaires (chefs d’entreprises, élus) puissent prendre des décisions informées. Suivre des processus structurés de gestion du risque permet d’identifier les défis, les opportunités et les risques et de développer des stratégies de réduction cohérentes et raisonnablement pratiques.

Une collaboration étroite avec des spécialistes du contre-terrorisme permettra de mieux connaître les menaces, les hypothèses de planification et le cas échéant de développer des options fondées sur les risques, d’élaborer et de mettre en œuvre des mesures de sécurité opérationnelles et physiques afin de Dissuader, Détecter, Retarder, Réduire et Répondre aux incidents et attaques (en anglais Deter, Detect, Delay, Mitigate and Respond).

Naturellement, le déploiement de telles mesures de contre-terrorisme doit venir en complément des pratiques de Design out Crime (qu’on pourrait traduire par « éliminer le crime au travers du design ») et de Prévention par le Design Environnemental (Crime Prevention Through Environmental Design, CPTED). Au Royaume-Uni, ceci requiert la participation d’officiers de police spécialisés en contre-terrorisme, d’officiers spécialisés en Design out Crime et de forums locaux de résilience. 

Six priorités se dégagent au niveau stratégique :

  1. Le développement de cadres pour la sécurité protectrice afin d’aider les autorités locales à établir des priorités entre les lieux à protéger et à gérer les risques résiduels. Il s’agit d’envisager : 
    • les menaces et méthodologies d’attaque ;
    • l’impact potentiel d’une attaque ;
    • les vulnérabilités ;
    • la caractérisation des risques ; 
    • les stratégies de sécurité protectrice et les options fondées sur les risques ; 
    • le niveau de préparation organisationnelle ; 
    • mettre en œuvre des processus de sécurité, des mesures et des plans de réponse raisonnablement pratiques. 
  2. Donner des directives, de la formation et des conseils en matière de contre-terrorisme aux entreprises, autorités locales et services de secours. 
  3. Collaborer de façon transversale à tous les échelons de gouvernance (échelles locale et nationale) 
  4. Collaborer avec et professionnaliser les cabinets de conseil réputés et les professionnels de la sécurité/sociétés de gardiennage
  5. Collaborer avec et le cas échéant unifier les pratiques d’intervention d’urgence.  
  6. Être prêts à s’adapter parce que les menaces évoluent et peuvent s’aggraver.

Réduire physiquement les menaces liées aux véhicules piégés

Comprendre comment les attaques par véhicule piégé (VAW selon l’acronyme en anglais) se manifestent, y compris les environnements où elles se produisent et la réponse des personnes, des opérations de sécurité et des services d’urgence, permet d’appliquer des stratégies de réduction qui comprennent une sécurité ‘par strates’. 

Une méthode éprouvée pour stopper un véhicule hostile est le déploiement de barrières de sécurité (Vehicle Security Barriers, VSB) dont la capacité de résistance à l’impact d’un véhicule a été testée et évaluée en fonction de standards internationaux. Ces barrières offrent la garantie maximale que les personnes et les biens seront protégés d’une attaque par véhicule piégé. 

Il existe sur le marché plus de 500 types de VSB testées. Le catalogue d’équipements de sécurité du CPNI en liste 470 capables de stopper divers types de véhicules à des vitesses et selon des angles d’impact différents.

Ces barrières ont toutes sortes de formes et de tailles : apparentes et robustes, ‘fondues’ dans l’environnement et agréables à regarder, à double usage (pour s’asseoir par exemple), sous la forme de panneaux d’information ou autre ameublement urbain, paysagistes sous la forme de monticules ou de buttes, et de barrières temporaires. 

Les fabricants de barrières et meubles urbains de sécurité ont beaucoup investi pour adapter leurs produits à l’environnement urbain, en créant des barrières qui ont des fondations très superficielles voire aucune fixation, ce qui permet de réaliser d’importantes économies et réduit les travaux à mener.  

Dans l’environnement construit, les mesures de contre-terrorisme ne doivent pas nécessairement être onéreuses, clairement visibles ni oppressives. Si elles sont bien conçues, elles peuvent compléter l’architecture, favoriser une sensation d’espace, rassurer le public, et présenter indirectement des opportunités commerciales, sociales, environnementales et économiques. Mais il ne s’agit pas seulement des produits disponibles : la façon dont on déploie les VSB est tout aussi importante que le niveau de protection qu’elles apportent. Il est clair qu’il convient de les déployer dans la même configuration que celle avec laquelle elles ont été testées et évaluées, mais à part cela il existe une multitude de systèmes de sécurité que les urbanistes et les décisionnaires peuvent prendre en compte, notamment :

  • Une interdiction totale de la circulation (aucun véhicule autorisé) 
  • L’accès restreint à seuls certains véhicules 
  • Protection des voies piétonnières (protection des piétonnier sur ces voies) 
  • Réduction de la vitesse de circulation aux alentours 
  • Protection semi-permanente (grilles permanentes ou barrières encastrées fermées selon les cas) 
  • Protection temporaire (déploiement pendant une courte durée de barrières portables) 
  • Ne rien faire (pas de protection)

Renforcer les interventions physiques par des mesures de sécurité personnelle

Un individu ou un groupe peut identifier un lieu accessible au public (LAP) comme une cible potentielle et ce faisant cherchera à obtenir des informations actualisées, fiables et crédibles en organisant une reconnaissance hostile afin de planifier l’attaque. Il est donc important que les organisations aient des stratégies de communication qui incorporent la dimension sécurité afin de garantir que les messages de sécurité appropriés soient mis dans le domaine public et qu’aucune information sensible ne soit publiée.

Les institutions et les entreprises emploient toutes sortes de personnels et de fournisseurs, dont beaucoup connaissent et passent du temps dans les LAP. Ils représentent un atout pour la sécurité si l’on fait en sorte qu’ils soient vigilants et réagissent à toute activité suspecte ou agressive, la présence de sacs abandonnés, ou une tentative de cacher des engins ou des armes dans les corbeilles, les jardinières, ou les meubles urbains, etc. La posture et le professionnalisme du personnel de sécurité sont essentielles dans la perception qu’un individu hostile se fera d’un lieu public et jouera un rôle pour prévenir une reconnaissance hostile et une attaque.

La prévention des véhicules hostiles (Hostile Vehicle Mitigation, HVM) est le terme utilisé au Royaume-Uni depuis une trentaine d’années pour désigner cette spécialité. Il ne s’agit pas seulement de déployer des barrières testées et qualifiées, c’est une véritable discipline dont l’un des aspects fondamentaux est la réduction des risques. Connaître la menace, les vulnérabilités et les conséquences d’une attaque permettra aux décisionnaires d’évaluer, de réduire et/ou d’accepter un risque résiduel. 

* L’auteur a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité. Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas les opinions ou les vues de l’Efus. 


À propos de PACTESUR

Le projet PACTESUR vise à renforcer les capacités des villes et des acteurs locaux dans le domaine de la sécurité des espaces publics face à la menace terroriste principalement. Le projet fédère décideurs locaux, forces de sécurité, experts de la sécurité urbaine, urbanistes, développeurs informatiques, formateurs, praticiens de première ligne, designers et autres professionnels afin d’élaborer à partir du terrain de nouvelles politiques locales de sécurisation des espaces publics en Europe face aux attentats terroristes.