Expérimentation des salles de consommation

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Le 7 avril 2015, l’Assemblée nationale française a délibéré en faveur d’une expérimentation de salles de consommation de drogue à moindre risque, plus communément appelées « salles de shoot ». Cette expérience s’étendra sur une durée maximale de six ans et concernera des toxicomanes majeurs qui se droguent dans des conditions d’hygiène précaires.

Entre santé et tranquillité publiques

Le Forum travaille depuis de très nombreuses années sur le thème de l’usage de drogues, que ce soit au niveau européen ou national, avec pour principe que les questions de santé publique et de tranquillité publique sont étroitement liées et ne doivent donc pas être dissociées. Car l’usage de drogues a aussi un impact sur le territoire, que cela concerne l’’économie souterraine ou l’’occupation de l’’espace public, pouvant aboutir à des problèmes de tranquillité publique auxquels le maire doit répondre.

Si la diminution de la consommation de drogues est primordiale, il faut également veiller à ce que cette consommation produise le moins de dommages possibles, que ce soit pour les usagers ou pour autrui. La réponse à apporter ne peut alors être que globale : il faut intégrer la prévention, le soin, la réduction des risques ainsi que la répression.

Dès 2013, les élus du Comité exécutif du FFSU ont pris position en faveur de l’expérimentation de salles de consommation supervisée, par le biais d’une résolution (Lire). En effet, ils voient ce dispositif comme une réponse concrète pour “apporter une solution équilibrée entre santé et sécurité publiques”. Au niveau de la santé, les salles de consommation doivent permettre de garantir un meilleur accès aux soins et un suivi plus régulier pour les usagers de drogues. En matière de sécurité, ces dispositifs aident à réduire les scènes ouvertes de consommation de drogues sur l’espace public et à diminuer le sentiment d’insécurité qui peut être ressenti par les habitants.

Pour la bonne réalisation de ce processus expérimental, les élus recommandent par ailleurs : la mise en place d’un diagnostic préalable, l’avis de l’Agence Régionale de Santé, une évaluation précise des objectifs fixés ainsi qu’un accompagnement territorial. Pour ce faire, l’ensemble des acteurs doit se concerter. De plus, comme cela a été exprimé dans le Manifeste d’Aubervilliers et Saint-Denis (Efus, 2012), il est nécessaire d’associer la population, et plus particulièrement les usagers à toutes les étapes.

Des situations variées en Europe

D’autres pays d’Europe ont depuis longtemps mis en place de tels dispositifs. Les Pays-Bas ont été parmi les premiers en instaurant ce genre de salles dès les années 70, alors que ces dernières n’étaient pas encore reconnues officiellement. C’est ensuite au tour de l’Allemagne au début des années 90 ; puis de l’Australie et du Canada dans les années 2000, de proposer des salles de consommation à moindre risque (SCMR). L’Espagne, le Portugal, le Luxembourg, la Suisse et la Norvège sont alors venus compléter la liste des pays intégrant ces espaces dans leurs politiques relatives aux drogues. En juin 2012, après plus de 10 ans de controverse, le Parlement danois a voté une loi dotant les municipalités d’un mandat légal qui leur permet d’ouvrir des SCMR.

En revanche, l’Italie n’a pas encore validé ce genre d’expérimentation sur son territoire. En Belgique, le projet de salles d’injection supervisée est régulièrement mis sur la table par les acteurs associatifs du secteur de la toxicomanie. Dans la ville de Liège, le député-bourgmestre, Willy Demeyer (PS), agit très activement afin d’obtenir l’expérimentation de ces salles sur le territoire alors que le gouvernement s’y oppose. Ces questions seront au coeur des débats lors de la 3e rencontre sur les salles de consommation à moindre risque, le 28 avril à Bruxelles.

Toutefois, seuls les Pays-Bas (avec 45 SCMR dans 30 villes différentes) et la Suisse (avec 12 SCMR dans 8 villes différentes) assurent une couverture nationale de ces salles de consommation. Sinon, dans la plupart des cas, les SCMR ne sont implantées que dans les capitales ou dans des régions spécifiques.

L’Efus reste attentif aux résultats de ces expérimentations qui paraissent prometteuses en matière de réduction des risques, pour les usagers comme pour les habitants.