La prévention de la violence domestique à Sosnowiec, Pologne

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Par Adrian Drdzeń – Directeur de l’équipe d’intervention pluridisciplinaire de Sosnowiec

Sosnowiec, Pologne, juin 2014 – Avec son projet « Le Pays des Lucioles », la ville de Sosnowiec a été désignée comme représentante de la Pologne pour le Prix européen Prévention de la Délinquance 2013. Ce projet illustre les efforts menés par la ville pour prévenir et lutter contre la violence domestique. Il cible en particulier les enfants.

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A Sosnowiec, la prévention de la violence domestique est gérée par le département des affaires sociales de la ville, qui coordonne toutes les activités municipales dans ce domaine en coordination avec un partenariat local auquel participent divers départements municipaux spécialisés (éducation, santé, jeunesse), la police et des associations.

Le problème de la violence domestique a longtemps été ignoré en Pologne. Il est devenu un sujet de préoccupation seulement depuis le début des années 1990, notamment en ce qui concerne les violences contre les enfants, à une époque où les punitions corporelles infligées par les parents étaient encore largement répandues et acceptées* (elles ont été interdites en 2010).

Dans ce domaine, la ville de Sosnowiec propose des actions de prevention, d’intervention et de soutien. Elle a mis en place un service d’information et d’assistance pour le public, des ateliers de parentalité pour les parents et un programme destiné aux enfants, intitulé « Le Pays des Lucioles ».

La procédure « carte bleue »: une approche multi-agences pour prévenir la violence domestique

Sosnowiec participe également à la « procédure carte bleue », une approche multi-agences destinée à prévenir et réduire la violence domestique, qui rassemble des représentants du département des affaires sociales, de la police nationale, du système éducatif (enseignants et conseillers), du système de santé (médecins et infirmiers), des comités municipaux sur l’alcoolisme, et des représentants d’organisations de la société civile. Cette procédure permet de prévenir la violence et de suivre les familles à risque, d’assister les victimes et de travailler avec les auteurs de violence.

La procédure se déroule en quatre phases, chacune représentée par une carte (A, B, C et D), sur laquelle les information sont dûment consignées. La phase d’intervention démarre avec la carte A, qui est remplie par l’un des cinq services publics mentionnés ci-dessus. En parallèle, la victime reçoit la carte B, qui contient des informations importantes pour les victimes de violence domestique, par exemple où trouver de l’aide dans la zone où elles habitent. Lorsqu’une situation de violence domestique est signalée, le directeur de l’équipe interdisciplinaire met en place dans les trois jours un groupe de travail qui va agir rapidement pour résoudre la situation et rencontrer aussi bien la victime que l’auteur des violences. Les cartes C et D sont remplies par le groupe de travail : évaluation de la situation et élaboration d’un plan d’action pour la victime et les témoins de la violence, par exemple les enfants (carte C), et plan d’action contre l’auteur (carte D). Le groupe de travail rassemble des représentants des services qui travaillent avec les familles et des spécialistes, généralement un travailleur social, un agent de police locale, un conseiller scolaire (s’il y a des enfants scolarisés dans la famille), des psychologues/thérapeutes travaillant avec les victimes ou les auteurs de violence, un travailleur des services santé, un huissier, un assistant social intervenant auprès des familles et, si nécessaire, d’autres spécialistes.

Les membres du groupe de travail rencontrent la victime et l’auteur. En coopération avec la famille, ils élaborent et mettent en oeuvre des interventions pour aider la victime puis ils supervisent la bonne application de ces mesures. L’objectif principal de cette procédure est d’assister les victimes de violence domestique et de restaurer des relations normales dans les familles affectées. Les interventions ont pour but d’assurer la protection et la sécurité des victimes et, si nécessaire, d’arrêter les auteurs des violences. Ceux-ci sont l’objet de mesures correctives et éducatives destinées à modifier leur comportement et à prévenir de nouveaux actes de violence.

La Chambre des lucioles : information, soutien et protection

La Chambre des lucioles est un projet financé par la ville de Sosnowiec destiné à apporter une aide psychologique et légale aux enfants victimes de violence. Pour les parents (ou autres tuteurs), le projet offre un lieu où ils peuvent se rendre en cas d’urgence pour parler de la situation avec des conseillers spécialisés. Les principales activités du projet sont : soutien d’urgence, aide psychologique et légale, conseil en ligne, ligne téléphonique de soutien aux parents, formation interdisciplinaire. Les groupes cibles sont les enfants de Sosnowiec qui ont été victimes ou témoins de violence, leurs parents (ou tuteurs) et les professionnels (tuteurs légaux, police, services sociaux, etc.).

Pour beaucoup de personnes, il s’agit du seul lieu où elles peuvent trouver de l’aide. Les « clients » sont en majorité des personnes qui n’ont pas pu trouver de l’aide auprès des institutions locales, notamment parce que celles-ci n’ont pas de services d’aide aux enfants victimes de violence. Dans ce sens, le projet a comblé un vide, surtout pour les enfants qui ont besoin de l’aide de spécialistes et qui n’ont pas d’autre endroit où trouver de l’aide.


Les ateliers parentalité « lucioles »

Le projet d’ateliers sur la parentalité de la ville de Sosnowiec, qui est soutenu par la Fondation Auchan, est centré sur la prévention secondaire. Il s’adresse aux parents et tuteurs d’enfants âgés de 0 à 6 ans et en particulier aux familles qui n’ont pas encore montré de signes de dysfonction. Les objectifs principaux et résultats attendus du projet sont : renforcement des aptitudes parentales à prendre soin de et éduquer les enfants très jeunes, la prévention des violences par le biais d’ateliers et de formations, le Café des Lucioles et le conseil par email.

Le Café des Lucioles  » (Kawiarenka Świetlika) est une façon agréable de rencontrer les parents dans une ambiance détendue, où ils peuvent acquérir des compétences parentales. Autour d’un café et d’une pâtisserie, les parents peuvent rencontrer des spécialistes en puériculture, soutien et éducation. Il n’est pas nécessaire de s’inscrire à l’avance : il suffit de se rendre sur place avec ses enfants.

Dans le programme pilote (2012) cette forme de contact était particulièrement prisée des parents et le Café a reçu autour d’une trentaine de visiteurs à chaque session.


Le Pays des Lucioles : un programme mis en place dans 11 jardins d’enfants

LandoffirefliesLe Pays des Lucioles est un programme prophylactique mis en place dans 11 jardins d’enfants de Sosnowiec. Sa mission est de soutenir le développement émotionnel des enfants et d’améliorer les connaissances et la conscience émotionnelle.

La capacité à identifier et reconnaître les émotions en étant capables de les nommer correctement et de les exprimer d’une façon acceptable socialement est un élément très important de la croissance d’un enfant. L’estime de soi d’un enfant, sa confiance en lui et dans les autres, sa capacité à établir des relations avec les autres, sa compréhension de lui-même et des autres dépendent pour une bonne part de sa capacité à gérer les émotions.

Le Pays des Lucioles est un programme d’action dirigé vers les enfants, les parents, les employés de jardins d’enfants et d’autres institutions. L’un des principaux aspects du projet est le conte de fées qui guide les enfants au travers de diverses émotions et situations, en suivant un parcours thérapeutique. Cela permet aux enfants d’apprendre à trouver des solutions aux situations difficiles.

Le conte du « Pays des Lucioles » fournit l’arrière-plan et l’inspiration du travail mené avec les enfants. Les événements et les personnages du conte incarnent et symbolisent les conflits intérieurs auxquels l’enfant peut s’identifier, même inconsciemment, et l’aident à trouver une solution avec les personnages.

Le conte de fées est une forme naturelle d’expression qui puise dans l’imagination, ce qui est très familier pour les enfants. C’est aussi une façon ludique d’entrer en contact avec l’enfant. Le conte décrit le monde d’une façon simple, ce qui permet à l’enfant de comprendre les situations et les problèmes.

C’est aussi un environnement sûr pour l’enfant : il peut s’identifier avec des problèmes qui sont décrits de façon métaphorique et les interpréter à sa façon. Le conte n’impose aucun point de vue à l’enfant. Lorsqu’il décrit une situation que l’enfant n’a pas expérimentée, celui-ci ne la reconnaîtra pas. Mais si c’est une situation qui lui « parle », il pourra trouver dans le conte des expériences et des émotions auxquelles il pourra s’identifier et qu’il pourra utiliser pour travailler sur le problème et trouver une solution.

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* Mackowicz, J. et B. Majerek (2013): Combating domestic violence – Polish systemic. Université pédagogique de Cracovie, Pologne