Ponferrada, Espagne, septembre 2026 – « Nous sommes votre police ». Telle est la devise choisie par la mairie de Ponferrada (Espagne) pour définir le rôle de sa police municipale. Lancé à la fin des années 1990, ce modèle, fondé sur la participation citoyenne et la prévention, a représenté à l’époque une quasi-révolution culturelle dans un pays encore marqué par le caractère répressif de la police hérité du franquisme.
Ce modèle de police au service des citoyens est toujours en vigueur et actualisé dans cette ville de 64 000 habitants située en Castille-et-León, au nord-ouest de Madrid. Nous avons rencontré son chef depuis 1997, Arturo Pereira Cuadrado* (photo centre), accompagné de Vanesa López Barrio, agent (photo droite), et de Javier Fernández Santiago, agent (photo gauche).

Ponferrada a la réputation d’être l’une des villes les plus sûres d’Espagne. Quelles sont ses principales caractéristiques en matière de sécurité urbaine ?
Arturo Pereira Cuadrado (APC) : Ponferrada est, en effet, une ville tranquille où le taux de criminalité est bien inférieur à la moyenne nationale. Selon le dernier bilan du ministère de l’Intérieur, le taux de criminalité s’élève à environ 10,3 infractions pénales pour 1 000 habitants, alors que la moyenne nationale en Espagne avoisine les 40,5 délits.
« Nous menons une action préventive et sociale auprès de la population, par exemple en accompagnant les personnes âgées ou en luttant contre la violence domestique, un enjeu majeur ici comme dans toute l’Espagne ».
Dans la ville, nous travaillons principalement à la prévention des conflits sociaux, notamment — mais pas exclusivement — dans le quartier des sorties nocturnes, où nous veillons à la tranquillité des riverains et au respect de la réglementation en matière de bruit, en collaboration avec la police nationale. Nous menons une action préventive et sociale auprès de la population, par exemple en accompagnant les personnes âgées ou en luttant contre la violence domestique, qui constitue un enjeu majeur ici, comme dans toute l’Espagne.
Nous intervenons également dans les domaines de la circulation et de la sécurité routière (régulation du trafic, contrôle du stationnement) ainsi que dans le contrôle administratif et environnemental (inspection des permis d’urbanisme, des nuisances sonores, des terrasses, des tables de café et du respect des arrêtés municipaux).
L’une des particularités de Ponferrada est que 83 nationalités sont représentées au sein de la population. Cela génère-t-il des conflits entre les différents groupes de population ?
APC : Oui, en effet, environ 5 % de notre population est d’origine immigrée, ce qui représente quelque 5 000 personnes. Beaucoup sont issues d’une vague d’immigration qui remonte aux années 70 et qui était liée à l’activité industrielle de l’époque. Il s’agit surtout de personnes originaires du Portugal et des anciennes colonies portugaises. Plus récemment, nous avons accueilli des personnes originaires d’Asie du Sud-Est (Pakistan), mais aussi du Maroc et de Colombie. Il s’agit d’une population bien intégrée et, ici, il n’y a ni conflits ni délinquance liés à l’immigration, à l’exception d’une trentaine de personnes que nous connaissons bien et que nous suivons de près.
Quelles sont les principales caractéristiques de la police municipale de Ponferrada ?
APC : Notre modèle de police de proximité représente un changement de paradigme organisationnel : il vise à placer les personnes au cœur de l’action policière et à passer d’une sécurité réactive à une sécurité proactive.
Sous la devise institutionnelle « Nous sommes ta police », le modèle de Ponferrada s’articule autour des piliers suivants :
- Les comités de quartier
Au lieu d’intervenir uniquement lorsqu’un délit est commis, la police municipale a créé des comités de quartier au sein desquels les responsables de la police et les représentants des associations de riverains se réunissent régulièrement pour évaluer les problèmes spécifiques de cohabitation, de sécurité ou de civisme propres à chaque zone avant qu’ils ne s’aggravent.
- Prévention et proactivité
Notre modèle vise à identifier et à suivre au quotidien les conflits locaux. Les patrouilles ne se contentent pas de surveiller, elles s’intègrent dans la vie quotidienne des quartiers pour recueillir des informations auprès des habitants eux-mêmes, afin de résoudre les causes du problème et de ne pas se limiter à « colmater » les symptômes.
- Partenariats internationaux et normes de confiance
Nous sommes très désireux de nouer des liens avec nos homologues d’autres pays afin d’échanger des bonnes pratiques et des expériences. C’est pourquoi nous sommes membres de l’Association internationale des chefs de police (IACP) ainsi que du réseau européen EU-POLNET du Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus). Nous participons à la campagne de renforcement de la confiance (Trust Building Campaign) de l’IACP, qui vise à garantir une police transparente, exempte de préjugés et faisant un usage très mesuré de la force. Cela se traduit, entre autres, par notre serment de police, dans lequel tous nos agents s’engagent à servir les citoyens avec empathie et proximité sociale.
- Adaptation au milieu rural-urbain
En raison de la dispersion géographique de la commune (qui comprend de nombreux quartiers périphériques et hameaux), le modèle communautaire décentralise les efforts. Cela se traduit par l’affectation de ressources spécifiques à l’environnement de la région, comme la « Patrouille verte » pour la médiation auprès des agriculteurs et des éleveurs, et la présence préventive sur les itinéraires très fréquentés tels que le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, Ponferrada étant une étape importante de ce chemin.
« Nous sommes confrontés plus fréquemment que par le passé à des situations impliquant des personnes en crise ou souffrant de troubles mentaux. En général, on fait appel à nous pour intervenir avant l’arrivée du personnel médical afin de maîtriser la situation et d’éviter qu’elle ne s’aggrave ».
Vous êtes en train de finaliser une application mobile qui permettra aux agents d’identifier les problèmes de santé mentale auxquels ils peuvent être confrontés et d’agir en conséquence. Observez-vous une recrudescence de ce type de problèmes ?
APC : Sans aucun doute. Nous sommes confrontés plus fréquemment que par le passé à des situations impliquant des personnes en crise ou souffrant de troubles mentaux. En général, on fait appel à nous pour intervenir avant l’arrivée du personnel médical afin de maîtriser la situation et d’éviter qu’elle ne s’aggrave. Mais cela nécessite identifier correctement la nature du problème et prendre en compte le type de crise mentale que traverse la ou les personnes concernées, ce qui exige des connaissances médicales spécifiques.
C’est pourquoi nous avons créé une application que les agents pourront télécharger sur leur téléphone portable et qui leur permettra d’identifier le type de détresse mentale en jeu et d’agir correctement pour apaiser une situation problématique avant l’arrivée des équipes médicales spécialisées. Elle a été développée en collaboration avec le Service de médecine légale et des professeures spécialisées dans ce domaine à l’Université de León. Tout y est décrit avec une grande précision et les agents peuvent suivre pas à pas la procédure telle qu’elle est indiquée dans l’application, sans risque de commettre d’erreurs.
De manière plus générale, utilisez-vous régulièrement les technologies de l’information ?
APC : Il ne fait aucun doute que les nouvelles technologies nous permettent de pallier ce qui, à mon avis, est un manque d’effectifs : nous sommes 70 et nous devrions être deux fois plus nombreux selon notre législation. Ainsi, nous avons accompli un énorme travail ces dix dernières années pour passer entièrement au numérique et éliminer le papier : aujourd’hui, nous travaillons en réseau, toutes les informations sont partagées en temps réel.
Par ailleurs, la ville dispose d’un réseau de vidéosurveillance, qui, en Espagne, est très strictement réglementé par la loi selon des principes éthiques et de respect de la vie privée. Nous utilisons également l’IA pour dynamiser et fluidifier les rapports des agents sur le terrain.
En conclusion, quel serait votre message pour les villes membres du Forum européen pour la sécurité urbaine, ainsi que les autres polices municipales membres du réseau EU-POLNET ?
APC : Il est très important pour nous d’être en contact avec des collègues du monde entier. Cela nous permet d’enrichir nos connaissances, de partager nos pratiques et de nous tenir informés de l’évolution des modèles d’intervention et des technologies. Chaque année, nous participons à la conférence de l’Association internationale des chefs de police ; la prochaine aura lieu en octobre à Orlando (Floride, États-Unis). Nous sommes ravis d’avoir rejoint le réseau EU-POLNET, qui nous apporte une perspective plus spécifiquement européenne.
* Titulaire d’un doctorat en droit et d’un diplôme en criminologie, Arturo Pereira Cuadrado est membre de l’Académie royale de jurisprudence et de législation espagnole, professeur-tuteur de droit à l’Université nationale d’enseignement à distance (UNED) et collaborateur de chaires universitaires
> En savoir plus sur le réseau européen des forces de police locales EU-POLNET
> En savoir plus sur le travail de l’Efus en matière de police
> Site web de la mairie de Ponferrada
