Radicalisation violente : comment les autorités locales peuvent y répondre ? Réunion du groupe de travail du FBPSU

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Evere, Belgique, 4 juin 2014 – Le groupe de travail sur la prévention de la radicalisation violente du Forum belge s’est réuni pour la troisième fois le 3 juin 2014 à Evere, en région Bruxelles capitale.

Le problème de la radicalisation violente des jeunes qui partent pour la Syrie pour faire la « guerre sainte » est apparu en Belgique peu après le début de la guerre civile en Syrie il y a trois ans. Il est d’une actualité brûlante après l’attentat au musée juif de Belgique le 24 mai dernier.

Selon certaines informations, 261 personnes sont parties combattre en Syrie depuis septembre 2012, ce qui est, relativement à la population belge, le nombre le plus élevé d’Europe. Selon l’Organe de coordination (interministériel) pour l’analyse de la menace (OCAM), la moyenne est de six départs par mois. 70% des personnes sont de nationalité belge, d’origine ethnique diverse – marocaine, tchétchène, turque, syrienne, belge.

Parmi les djihadistes, ceux de l’ « État islamique en Irak et au Levant (EIIL) » (connu aussi sous les acronymes de ISIS/ISIL, un groupe proche d’Al Qaida qui a récemment conquis plusieurs villes d’Irak) gagnent de l’importance. Leur objectif est d’établir un califat islamique en Syrie et en Irak, où ils font venir des familles entières. Les jeunes radicalisés qui partent de Belgique pour les rejoindre représentent un danger concret pour la sécurité du pays s’ils décident de rentrer et d’y poursuivre leurs activités. En effet, ils reviendraient encore plus radicalisés, avec de surcroît une expérience de combat dans un théâtre de guerre civile, et de possibles syndromes de stress post-traumatiques.

Etant donné son ampleur, ce phénomène est devenu une priorité politique pour les autorités fédérales et nombre d’autorités locales. La ministre belge de l’Intérieur a notamment demandé que les villes contribuent à la prévention de la radicalisation et a aussi mis à disposition un soutien financier pour développer des actions de prévention de la radicalisation violente religieuse notamment à Vilvoorde, Bruxelles, Anvers, Liège et Mechelen.

Etablir un état des lieux et échanger des premières expériences de terrain

Le groupe de travail créé en mars 2014 a pour but de permettre aux villes du Forum belge de coopérer dans leurs efforts de prévention et d’échanger leurs pratiques et outils. Outre des représentants des villes, des représentants des zones de police ont été invités à participer. Le groupe de travail a notamment permis d’établir un premier état des lieux dans les différentes villes et zones et d’échanger les premières expériences d’actions menées sur le terrain.

La réunion du 3 juin avait pour but d’identifier les besoins des communes et des zones de police en matière de formation des agents de terrain, de préciser le projet de plateforme d’information pour les familles et les jeunes, et de commencer à élaborer des recommandations pour les autorités locales.  Elle a réuni des représentants des communes d’Anderlecht, Bruxelles, Charleroi, Evere, Liège, Molenbeek Saint-Jean, Vilvoorde, Schaerbeek, Saint-Josse, des zones de police de Bruxelles, Bruxelles Nord, Vesdre, Montgomery, des responsables des zones de police pour les renseignements généraux et des directeurs de police de proximité ainsi que des représentants du Forum belge et de l’Efus.

Cet échange entre les communes du Forum belge se produit alors que le gouvernement a mis sur pied une « task force » sur la radicalisation et considère les autorités locales comme des partenaires clés pour faire face à ce problème.

La plateforme proposée serait un point de contact unique pour obtenir des informations sur la radicalisation : ce que ce terme recouvre exactement, quelle est la problématique, quelle est la situation en Syrie, quelles sont les conséquences d’un départ pour le Djihad… Son public cible serait tout d’abord le grand public. Hormis cette mission d’information, la plateforme pourrait également apporter une assistance aux personnes qui observent des signes de radicalisation chez certains proches et qui ont besoin de conseils sur comment réagir face à de telles situations.  Ainsi, elle pourrait fournir des contacts à l’échelle locale et fédérale et auprès d’ONG présentes en Syrie. Elle pourrait également proposer une assistance psychologique personnalisée.

Cette plateforme serait hébergée sur internet et devrait être complétée par un numéro vert. Il s’agirait d’un site d’envergure nationale mais qui serait aussi fondé sur un partenariat étroit avec le niveau local, car c’est à ce niveau que la politique nationale sera mise en œuvre et que l’on pourra apporter un soutien personnalisé.


Les acteurs de la prévention ont besoin d’une formation spécifique

Les acteurs de la prévention ont eux-mêmes besoin d’échanger et  de s’informer pour accomplir leurs tâches. Les partenaires ont distingué diverses catégories de prévention : la prévention générale de la radicalisation, celle ciblée vers les personnes à risque qui sont en train de se radicaliser, voire sont sur le point de partir combattre, et enfin la « dé-radicalisation » des djihadistes à leur retour en Belgique.

Lors de la réunion, les partenaires  ont évoqué plusieurs pistes : par exemple l’action humanitaire, utiliser le témoignage de jeunes qui sont partis combattre et sont revenus en ayant perdu leurs illusions, mobiliser les familles, faire participer les religieux pour mettre en doute les affirmations des extrémistes musulmans, utiliser l’arsenal juridique et pénal pour dissuader et informer des sanctions possibles.

Beaucoup de participants sont convenus qu’il serait difficile de « dé-radicaliser » et qu’il faudrait déjà élaborer un discours alternatif crédible et démonter les croyances qui inspirent certains jeunes à partir pour le Djihad. Mais les connaissances dans ce domaine sont encore limitées et les partenaires étaient d’accord pour souligner le fort besoin d’échanger, d’accumuler des connaissances et d’élaborer des formations adaptées. Celles-ci pourraient par exemple intégrer certains aspects des formations existantes pour la police, dans le cadre du plan Coppra, mais elles devraient également inclure des exemples pratiques et des témoignages directs. Certains participants à la réunion ont insisté sur le fait que ces formations devraient pouvoir être adaptées au contexte local et au niveau de connaissances existant. De plus, elles devraient être spécifiquement consacrées à la radicalisation islamique et ne pas éviter la problématique en se focalisant sur des thématiques plus générales.

Les participants ont convenu de développer ces idées pour aboutir à une proposition concrète à proposer aux autorités fédérales, lors de la prochaine réunion du groupe de travail à Schaerbeek.