Article: Les nouveaux dispositifs pour la lutte contre la criminalité après les émeutes de décembre 2008 à Athènes


Les nouveaux dispositifs pour la lutte contre la criminalité après les émeutes de décembre 2008 à Athènes

D’Athéna Bouziouri, Avocate du Barreau d’Athènes

Le centre d’Athènes a été souvent le théâtre de violences urbaines depuis la restauration de la démocratie en Grèce en 1974 (émeutes contre la junte militaire en 1974, manifestations violentes qui font émerger des extrémistes-black blocs-, les émeutes de décembre de 2008).

Les faiblesses de la politique grecque dans la lutte contre la criminalité ont été révélées lors de la flambée de violence qui a suivi le meurtre d’un adolescent par un policier le 6 décembre 2008. Les réactions, à savoir la rage sociale, étaient facilement prévisibles. Or, les autorités compétentes n’ont pas pu gérer la situation; le pays était en proie à des émeutes urbaines pour une dizaine de jours.

Pendant le premier trimestre de 2009, particulièrement à Athènes, les violences se sont tournées à la routine. Les initiatives gouvernementales suite aux émeutes et à l’augmentation de la délinquance comprennent :

a) Un projet de loi déposé par le Ministre de la justice visant à la consécration du port de la cagoule et de la dissimulation des caractéristiques du visage en général comme facteur aggravant la peine de certains infractions, dont les crimes ou délits contre la paix publique, les violences contre la personne et la destruction et la dégradation des biens. Ce texte est actuellement débattu devant le Parlement.

b) L’embauche de 1.500 agents de Police.

c) La mise en place d’une brigade policière d’élite sous la dénomination « EQUIPE DELTA » chargée d’intervenir en cas de violences urbaines au centre d’Athènes.

d) Le renforcement de la présence policière aux quartiers.

La pénalisation, le renforcement des forces policières et le manque de perspective à long terme, qui caractérisent les mesures susmentionnées, sont frappants.

Beaucoup plus quand les infractions commises dans le cadre des violences urbaines portant atteinte à l’Etat et à la paix publique sont déjà soumises aux dispositions du Code pénal, notamment celles du 6ieme Chapitre « Des atteintes à l’ordre publique » (i.e. crime de participation délictueuse à un attroupement, délit d’atteinte à la paix publique etc.). Le 6ieme Chapitre du Code pénal a été complété en 2001 – en vue du dernier coup de l’Organisation Révolutionnaire ”17 Novembre” (homicide de Steven Saunders, attaché militaire britannique, en juin 2000) – par des dispositions mettant en place un cadre juridique spécifique sur la lutte contre le terrorisme. Les infractions contre les personnes et les biens éventuellement commises par les émeutiers sont également punies conformément au Code pénal (i.e. infractions de violence contre la personne, infractions de destruction, de détériorations ou de dégradation de biens). Les forces de Police et la Justice sont – bien entendu – chargées de l’application du droit pénal et du maintien de l’ordre public.

Selon le Barreau d’Athènes[1], le dispositif juridique et institutionnel pour la lutte contre la délinquance, mis en place par les textes, est suffisant surtout au niveau de la répression. Or, ce dispositif reste souvent lettre morte. Confus des compétences, manque de coordination et incapacité opérationnelle de la Police constituent les faiblesses du dispositif grec pour la lutte contre la délinquance[2].

Aucune initiative n’a été prise ou n’a été annoncée jusqu’aujourd’hui concernant l’élaboration d’une vraie politique publique contre la criminalité ; ou bien le début d’un dialogue avec les acteurs sociaux. Des mesures de caractère conjoncturel ont été annoncées dans une logique médiatique. Ces mesures ont déjà eu d’effets pervers : le premier trimestre de 2009, la capitale connait une hausse de la criminalité sans précédent. Le mois de mars 2009 a battu tous les records de criminalité jamais enregistrés avec 1 meurtre tous les 3 jours, 110 cambriolages et 2 cambriolages aux banques par jour[3] (sans mentionner les enlèvements et les évasions des prisons).

Le droit pénal et la répression ne sont que deux des outils de lutte contre la délinquance. Or, ces outils ont déjà failli d’empêcher la montée des violences et la délinquance. Pour cette raison il semble évident que les autorités compétentes doivent reconsidérer leur politique anticriminelle en mettant en valeur l’éducation, la justice, le système pénitentiaire, l’urbanisme, l’économie, la politique d’immigration, la culture.


[1]<//font><//font>http://www.dsa.gr/index.phtml?url=pr&categ=%C4%E5%EB%F4%DF%E1%20%D4%FD%F0%EF%F5&id=253216&search=&searchkeywords=<//font><//font>

[2]<//font><//font>Cette réalité se reflète aux derniers sondages concernant la criminalité et la délinquance en Grèce. La plus grande partie de la population grecque, comme le montrent tous les sondages, se sente en insécurité dans son propre quartier (61%) et a peur de la montée des violences (79%). En même temps la crise de confidence vis-à-vis le gouvernement et la Police est manifeste (69% des Grecs ne font pas confiance à la Police, 82% trouvent erronée la manière dont le gouvernement a géré les violences urbaines de décembre 2008, Source :

<//font>[3] <//font>Article du journal grec <//font><//font>’Ta Nea’’ (Les Nouvelles) le 27/03/09<//font>