“Prendre en charge les victimes de la traite des êtres humains est une forme de lutte” Patrick Hauvuy, directeur d’ALC – Lauréat du PPD 2014

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L’association ALC (Accompagnement, Lieux d’accueil, Carrefour éducatif et social) a reçu le Prix Prévention de la Délinquance 2014 pour son dispositif “accueil sécurisant” (Ac.Sé) de soutien aux victimes de la traite des êtres humains. Entretien avec Patrick Hauvuy, directeur d’ALC.

Patrick Hauvuy lors de la remise du PPD 2014

Patrick Hauvuy lors de la remise du PPD 2014

Pouvez-vous nous expliquer de quelle façon le dispositif Ac.Sé contribue à la prévention et à la lutte contre la traite des êtres humains ?

La prise en charge des victimes au sein du dispositif est une des formes de lutte contre la traite des êtres humains puisque son principe repose sur la protection et l’éloignement géographique des victimes qui se soustraient de la menace des trafiquants. Depuis presque dix ans, nous avons développé dans le cadre d’un projet européen coordonné par l’Organisation Internationale des Migrations un module de formation à l’identification des victimes de la TEH. Ce module s’adresse aussi bien aux associations et services d’assistance aux victimes qu’aux forces de l’ordre et aux magistrats. Plus de 1200 personnes ont été formées à ce jour. Les 70 organisations partenaires de notre réseau agissent également localement comme « site ressource » et contribuent aux politiques publiques mises en place sur la thématique.

Votre dispositif repose sur un partenariat exemplaire que le jury a souhaité récompenser. Pouvez-vous nous en dire quelques mots?

Il s’agit pour la majorité de Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale qui assurent l’accueil d’une victime par an (certains pouvant en accueillir davantage). Les services (associatifs ou institutionnels) qui sont en lien direct avec des victimes contactent la coordination qui se charge de trouver une place en hébergement après que l’orientation a été validée. Les partenaires qui s’engagent mettent leurs modalités d’accueil au service du dispositif sans moyen supplémentaire. Ils sont invités chaque année à 2 séminaires nationaux et bénéficient d’un support permanent de la coordination du dispositif. Enfin, il faut souligner que ce réseau s’est développé sur des structures généralistes d’hébergement qui se sont spécialisées sur la thématique de la traite, ce qui était notre choix initial. Le prix qui nous a été remis va à l’ensemble des partenaires de notre réseau qui font au quotidien un travail remarquable en direction des victimes.

« Le projet mené avec le Forum européen pour la sécurité urbaine en 1998 nous a “montré la voie » : une approche pluridisciplinaire et des relations bilatérales entre pays d’origine et pays de destination. »

Vous avez reçu un prix de 10 000€. Savez-vous quels aspects de votre dispositif cette somme va vous permettre de développer?

Cette somme viendra alimenter intégralement notre fonds d’aide pour les victimes. Pour financer, en lien avec les structures et les projets individuels, des projets de formation professionnelle, une assistance juridique, des transports pour celles et ceux qui doivent se déplacer…

Il faut souligner que les victimes de traite des êtres humains peuvent bénéficier de la CIVI (commission d’indemnisation des victimes d’infractions). Malheureusement la plupart des jugements sont prononcés pour des faits de proxénétisme voire de proxénétisme aggravé ce qui empêche les victimes d’en bénéficier.

Vous allez représenter la France au prix européen de prévention de la criminalité et avez cité lors de la cérémonie le rôle d’un programme piloté par le Forum européen pour la sécurité urbaine dans l’élaboration de ce projet. Quelle est selon vous la plus value d’une approche européenne de cette problématique ?

C’est une grande charge et un honneur que de représenter notre pays et les acteurs de notre réseau au niveau européen. Dès les premières apparitions de personnes originaires des pays d’Europe centrale et orientale sur les scènes de prostitution niçoises et françaises, la nécessité de travailler cette thématique en tenant compte de son aspect transnational est devenu une évidence. La TEH est un processus qui prend forme dans les pays d’origine mais aussi les pays de destination (offre et demande, législation sur les migrations et lutte contre le crime organisé, espace public et ordre public…).

Le projet mené avec le Forum européen pour la sécurité urbaine en 1998 (SécuCités Femmes. Villes et lieux de traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle) nous a de ce point de vue “montré la voie » : une approche pluridisciplinaire et des relations bilatérales entre pays d’origine et pays de destination. L’échange de bonnes pratiques, la possibilité de croiser nos informations sur l’évolution du phénomène, la coopération judiciaire sont autant d’éléments déterminants dans la lutte contre la TEH et l’assistance aux victimes.

Pour plus d’information sur le Prix prévention délinquance 2014, lire l’article sur le site du FFSU.