Le comité populaire de sécurité de Grand Yoff à Dakar (Sénégal)

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Problématique de la sécurité urbaine en  » milieu périurbain défavorisé  » et émergence des mouvements populaires de sécurité : Le comité populaire de sécurité de Grand Yoff à Dakar (Sénégal)

Présenté par :

– SEYDOU SOW
 (Gestionnaire Urbain, Consultant Specialiste des villes en développement)
& – OMAR SOW
 (Mediateur/communicateur social, superviseur du comite de vigilance de  Grand Yoff)

avril 2000
 
INTRODUCTION

Le développement des villes africaines (notamment subsahariennes) s’est effectué de manière extrêmement rapide au cours des dernières années. Les taux de croissance de la population urbaine ont été entre 1960 et 1980  trois fois plus importants que ceux enregistrés en Europe au plus fort de la révolution industrielle. En effet  » la population d’Afrique Noire a triplé entre 1980 et 1990, et le  nombre de citadins a été multiplié par 8, passant de 20 à près de 155 millions. Même si le rythme annuel de la croissance fléchi dans les  années 90, il y’aura probablement 260 millions de citadins en l’an 2000 et un africain sur deux vivra en ville en 2020 « 

Cette urbanisation galopante commence à avoir de nombreux impacts sur la vie quotidienne des populations en termes d’accès aux services urbains de base, à l’emploi et à la sécurité entre autres.
Conséquence des difficultés budgétaires, des manifestations parfois violentes de la ‘crise urbaine’, de la dévaluation du franc CFA, de l’ajustement structurel, de l’inégalité des termes de l’échange et des pressions extérieures, la pauvreté urbaine se massifie davantage notamment dans les  grandes banlieues.
En effet, cette urbanisation à la fois rapide et incontrôlée des villes en développement a donné naissance à des établissements humains où la violence urbaine a atteint des proportions inquiétantes.

menacés par le grand banditisme, etc.).
A côté de ces faits sociaux constatés au quotidien on peut noter la  recrudescence d’une violence d’un autre genre à caractère massive et parfois ciblée. Elle peut avoir une forme politique, syndicale, militaire, ethnique, voire religieuse. C’est le cas lors des descentes de jeunes dans la rue pour manifester
contre un régime comme se fut le cas un peu partout en Afrique dans les années 80
(Mali, Sénégal) et récemment en Côte d’Ivoire, au Burkina Fasso et en Gambie.

Certaines formes de violence sont dirigées contre les étrangers et peuvent avoir des relents de xénophobie ( » l’étranger considéré bouc émissaire symbolisant l’échec des nationaux qui croupissent dans la misère, le chômage, etc. »), de racisme ou de revendications nationalistes pour accéder  » aux richesses nationales  » (comme c’est le cas au Zimbabwe avec le problème foncier entre autochtones et fermiers blancs).  Elles peuvent parfois provenir de ceux -là même qui sont supposés assurer la sécurité des biens et des personnes (ex-Zaïre, révolte de 1991 où les hommes de tenues réclamaient une augmentation de salaire).
Ces revendications violentes peuvent être instrumentalisées et aboutir à des guerres civiles, des guérillas urbaines (Congo Brazzaville), ou déboucher sur un changement violent de régime. Dans ce présent document nous nous intéresserons seulement à une partie des formes d’insécurité telle que définie par le PNUD et relative aux délits contre la propriété, les incivilités, les crimes violents, la criminalité liée au trafic de drogues. Dans ce lot de délits, nous nous limiterons à un phénomène très répandu au Sénégal et désigné sous le vocable  » d’agression à mains armées « .
Ainsi, il s’agira surtout de voir comment se manifeste cette forme de violence urbaine dans les banlieues pauvres d’Afrique (à travers un exemple a Dakar, Sénégal) et d’analyser les réponses apportées localement notamment par les populations.
 Pour illustrer nos propos, nous verrons comment de jeunes dakarois,
 organisés à travers un comité, s’y prennent pour assurer la sécurité de
leur quartier.

 Après avoir sommairement décrit le contexte d’urbanisation de Dakar, nous présenterons le cas d’un comité local de sécurité avant de tirer des enseignements et d’indiquer quelques pistes de réflexions.

 I. DAKAR : ‘une macrocéphalie urbaine’ :

Pour une population totale estimée en 1988 à 682.489 Hbts avec 52% âgés de moins de 20 ans une population en âge d’activité (20- 59 ans) représentent 44,7% du département de Dakar, la commune de Dakar couvre une superficie de 82, 5 km2. Elle est ceinturée par le département de Pikine et par l’Océan
Atlantique. Sans possibilité d’extension, elle ploie sous le poids démographique.
 Faisant partie d’une région la plus densément peuplée du Sénégal, la commune atteint le record de densité de 8.303 hbts/ km2 qui est supérieure à celle de la région de Dakar (2. 707 hbts / Km2) alors que la densité nationale n’est que de 35 hbts / Km2. Certaines localités de la ville, situées à sa périphérie immédiate sont fortement peuplées. Elles sont constituées généralement de quartiers dits  » populaires  » à cause de la façon dont ces quartiers ont été construits, des conditions de vie des populations et notamment de la densité qui occasionne une promiscuité hors- norme. C’est le cas du quartier de Grand Yoff qui abritait en 1988 une population de 43. 750 hbts avec un total de 2.901 concessions avec une moyenne de 15 individus par concession. La concession pouvant contenir plusieurs  ménages; le lieu abritant ces derniers, elle est communément appelée  » maison « . Sur la base d’une superficie moyenne de 150 m2 par concession, on mesure l’exiguïté et partant la promiscuité de l’habitat dans ces quartiers sans lotissement avec des ruelles étroites non éclairées et des voies sans issues (endroits propices aux agressions). Avec une forte déperdition scolaire, une ‘crise de l’autorité'(parents, Etat, société), un chômage et un sous- emploi endémiques, les populations  sont livrées à elles-mêmes.
Aujourd’hui on constate un partout à Dakar, l’émergence de comités populaires chargés de veiller à la sécurité des quartiers moyennant une participation financière par concession ou lieu de production, de service ou de commercialisation.
Les populations de Grand Yoff qui ne sont pas épargnées par ce fléau connaissent-elles aussi de telles organisations à l’image du comité de vigilance du quartier de Djidah.

II. La commune d’arrondissement de GRAND YOFF et les contraintes d’une
‘urbanisation périphérique’ :

 Ø Situation géographique :

Grand Yoff est une agglomération urbaine située à la périphérie immédiate de  la ville de Dakar et dans son axe de croissance.
Récemment érigé en collectivité locale ( loi 96-06 portant code des collectivités locales) la commune d’arrondissement de Grand Yoff est  limitée :
– au Nord par la route de l’aéroport, entre le rond-point de la Patte d’oie et l’échangeur de la foire ;
– au Sud par la route du Front de Terre et l’échangeur de Hann,
– à l’Est par l’autoroute, entre l’échangeur de Hann et le rond- point de la Patte d’Oie ;
– à l’Ouest par la Voie de Dégagement Nord (VDN) jusqu’à son  intersection avec la route du Front de Terre.

Ø Historique du peuplement :

Ancien terroir d’exploitation agricole et de pâturage du village traditionnel des lébous de Yoff, Grand Yoff a connu une croissance urbaine exponentielle à  l’image des  » bidonvilles  » du tiers-monde. Zone  » spontanée  » de recasement des premières familles déguerpies de la capitale sénégalaise dans les  » années 60 « , Grand Yoff a fini par devenir le quartier de relogement du ‘trop- plein’ de Dakar et le  » terrain d’atterrissage  » des populations issues de l’exode rural. Sa position géographique qui le situe à équidistance du centre ville et de la grande  banlieue, fait de lui un des  » quartiers centraux  » de la prés-qu’île du  Cap-Vert les plus accessibles en termes de transport. De l’image de  » quartier pauvre  » qui le caractérisait à ses débuts, Grand Yoff passe rapidement à celle d’un  » quartier moyen  » où cohabitent toutes les couches sociales et catégories socio – professionnelles composant la population dakaroise . On y retrouve pratiquement toutes les ethnies que compte le Sénégal (voir même des personnes originaires de pays limitrophes comme la  Guinée Bissau, la Gambie, la Guinée Conakry ) et les religions dominantes
 islam et christianisme) y cohabitent de manière exemplaire.
 L’économie populaire ou  » secteur informel  » est très développée à Grand Yoff qui abrite un marché dynamique, de nombreux autres lieux de commerce non structurés ainsi que plusieurs unités artisanales prestataires de service (menuiserie, tailleur, maçonnerie, mécanique, etc.) Ce secteur, grand pourvoyeur d’emploi structure l’économie locale et continue à combler le « déficit zéro  » d’industrie (manque notoire de Petite et Moyennes Entreprises/Industries). Aujourd’hui il est loisible de constater que bon nombre de propriétaires d’immeubles de ce quartier sont des immigrés de première génération (Europe) et que les jeunes autochtones ont suivi le chemin de l’immigration tracé  par les anciens avec de nouvelles destinations comme les Etats- Unis d’Amérique. Tout cela contribue à renforcer l’image de ce quartier. L’évolution socio – démographique se traduit ainsi par l’apparition de quelques immeubles de grand standing représentant d’importants efforts d’investissements privés. Malgré ces efforts notoires des populations, ces dernières restent confrontées à de multiples problèmes de développement local et
d’amélioration de leur cadre de vie.

C’est ainsi qu’on peut retenir entre autre la faiblesse de l’épargne locale et de l’investissement, le chômage des jeunes, les déperditions scolaires et la délinquance juvénile, l’amoncellement des ordures ménagères et la stagnation des eaux usées, insuffisance des infrastructures urbaines. C’est dans ce contexte de contraintes majeures de développement que les populations ont essayé d’apporter des solutions en relation avec les autorités communales et l’appui technique et méthodologique de l’ONG Enda Tiers- Monde / GRAF .

Ø Un Diagnostic dynamique centré sur les potentialités du milieu :

· Infrastructures et équipements collectifs :

* santé :
– 1 hôpital général
– 4 postes de santé (1 poste pour environ 30.843 HBTS)
– 1 maternité
– 4 pharmacies (1 pharmacie pour 30.843 HBTS)
– 3 cabinets privés médicaux
– 1 service de l’éducation pour la santé (1 structure d’éducation et de  formation pour 2 355 jeunes)
– 1 centre de rééducation des enfants handicapés moteurs
– 1 centre social islamique.

 * éducation et formation :
– 21 écoles élémentaires dont 15 privées et 6 publiques
 – 4 écoles secondaires (moyen général)
– 6 centres socio-éducatifs
– 2 centres de formation professionnelle

 * sport et culture :
– 8 terrains de foot- ball
– 6 terrains de basket- ball
– 2 foyers des jeunes
 Soit 1 infrastructure pour 2 355 jeunes.

* autres infrastructures :

– 3 marchés

– 1 salle de cinéma
– 7 grandes mosquées
– 32 petites mosquées
– 2 églises
– 1 centre d’état civil
– 1 poste de police
– 2 casernes ( gendarmerie et police).

Grand Yoff est bien desservie par deux axes pénétrants et par de nombreuses ruelles internes. Cette situation rend les sous quartiers plus accessibles notamment par le transport en commun (‘cars rapides’) dont les tarifs appliqués restent relativement accessibles aux populations dont le revenu  est faible. Ces infrastructures qui structurent l’espace communal contribuent   grandement à l’amélioration du cadre et de la qualité de vie des populations.


· Ressources humaines et activités :
 
La population totale est estimée à plus de 123. 372 HBTS (1, 47 %  population totale du Sénégal) avec une forte proportion de jeunes (63 %), de femmes  (57%) et de musulmans (75%).
Cette population reste caractérisée de manière générale par :
– un sous -emploi chronique,
– une pauvreté diffuse atteignant toutes les couches de la société,
– une déperdition scolaire importante ( phénomène de mendicité, enfants de la rue) et un taux élevé d’analphabètes ( taux d’analphabétisme chez les femmes estimé en 1995 à environ 78% de la population),
– une forte mobilité spatiale (émigration, Afrique, Europe, USA),
– un dynamisme et une ingéniosité hors paire( secteur ‘informel’ dynamique)
– une hétérogénéité ( mosaïque ethnique nationale et sous régionale)
– un amour de leur quartier ( solidarité chez les autochtones),
– une jeunesse dynamique (1 équipe de foot- ball très renommée) et studieuse (Grand Yoff reste un creuset d’intellectuels de haut niveau).

L’image que bon nombre de sénégalais ont de Grand Yoff reste celui d’un grand faubourg très grouillant qui reste toujours animé même au-delà de certaines heures de la nuit (jours fériés comme jours ouvrables) !
Certains de ses sous quartiers à l’image de Harafat rappellent ces ‘quartiers irréguliers’ où s’installent la quasi-totalité des délinquants et autres bandits de grand chemin de la Capitale. L’alcool y coule à flot dans des ‘maquis’ distillant une musique au rythme de laquelle se déhanchent des filles vivant du métier le plus vieux du monde.


III. LES AGRESSIONS A MAIN ARMEE : ‘LA HANTISE DES POPULATIONS’

Les quelques exemples suivants, tirés des faits divers du journal national ‘le soleil’, montrent comment se manifeste le phénomène des agressions à Grand-Yoff. » Après l’accalmie notée durant le mois de mars, voilà que les attaques à main armée reprennent dans le secteur de Grand- Yoff avec une kyrielle d’agressions perpétrées au cours de la période allant du 4 au 9 avril 2000. C’est ainsi qu’au soir de la célébration de la fête nationale, un militaire en service à la présidence de la république a été pris à partie par huit individus armés de coupe-coupe (machettes) qui l’on délesté de son
téléphone portable et d’une somme de 15.000 francs CFA, alors qu’il rentrait chez
lui. « 
 » Le lendemain, 5 avril, un certain B. Sané, demeurant au quartier Maka III de Grand Yoff, fut subitement encerclé par un groupe de personnes et agressé  aux alentours de l’école publique élémentaire  » Mor Fall « , au moment où il  se rendait chez un ami. Blessé à l a tête par ses assaillants, B. Sané a également été dépossédé d’un porte document contenant de l’argent. «  » Quant à un autre infortuné du nom de Y. Diattara, qui revenait de la  ‘Patte d’Oie’ en direction de la ‘Cité Millionnaire’ (toujours dans la zone   de Grand Yoff), il a tout simplement été basculé par un coup d’épaule donné   par un individu qui n’a pas fait dans la dentelle pour lui subtiliser son portable.  »  » Les agresseurs qui n’entendaient par lâcher du lest, ont à nouveau agi en s’attaquant à un ressortissant nigérian le 6 avril vers 21 heures. Cordonnier de son état, A. I. Emegwlu n’a pu rien faire devant les malfrats armés de couteaux qui lui ont soutiré 15.000 francs CFA, ainsi que son passeport.  »  » Le nommé D. Mendy a été quant à lui, la cible de trois individus qui
l’ont terrassé à la sortie d’un bar du quartier, pour le délester de son  portefeuille, de ses chaussures, de ses lunettes et de sa carte nationale d’identité « .
 » Les agressions perpétrées dans le secteur de Grand Yoff, devaient se  multiplier dans la nuit du 9 avril avec d’abord un assaut contre le nommé F.  Diédhiou qui, rentrant en moto avec son épouse, fut poursuivi par trois  individus usant du même moyen de locomotion. Pris en filature par ses agresseurs, il fut dépossédé, de force, de son engin sans pouvoir tenir tête  aux malfrats qui l’ont blessé à la main.  »   » G. Casset, employé à l’ASECNA sera délesté aux environ de 00 H 30 de son téléphone cellulaire par des hommes armés qui se sont jetés sur lui. »   » La dame A.Cissé a subi le même sort vers 6h 10 du matin à la hauteur de  l’Hôpital Général de Grand Yoff.  »  » Le nommé B. Ndao, chauffeur dans une société de la place cédera quant à lui, la somme de 75.000 francs CFA et son permis de conduire à six
individus  armés de coupe- coupe aux environs de 21 Heures.  »   » B. Fall, sapeur pompier, fut victime d’un vol avec violence non loin de la  pharmacie de DJIDA Où 7 gaillards l’ont dépossédé d’une somme de 35.000  francs CFA, d’un chéquier et de sa montre. » Ces faits divers montrent la recrudescence du phénomène d’agression qui se pratique maintenant à tout endroit, en toute heure et sur n’importe qui, comme si les agresseurs n’avaient peur de rein. Il s’agit de groupes armés en général d’armes blanches, mais parfois d’armes à feu) comprenant la plupart du temps un leader avec de plus en plus de jeunes.
Quelles sont les raisons qui pourraient permettre de comprendre un tel phénomène ?

· Causes des agressions :

Les causes peuvent être multiples et variées. Cependant on peut en retenir les quelques-unes unes suivantes :
– Une grande pauvreté,
– crises (économique, sociale ; crise parentale, crise sociétale, manque d’une autorité étatique, non-respect des institutions),
– 1 chômage endémique, 1 génération ‘frustrée'(‘génération boule falé’) qui se sent comme sacrifié et qui essaye de faire une sorte de « péréquation « ,

Un Etat faible, des institutions en déliquescence, des institutions policières et judiciaires obsolètes ( une police sans moyens avec des agents  corrompus),
– la mondialisation, phénomène ‘hip hop’,
– la drogue, l’alcoolisme,
– une circulation non contrôlée des armes notamment les  » armes blanches »
– une sorte  » d’impunité par le Haut  » qui finit par avoir des conséquences au niveau des ‘sans emplois'( des gens du peuple)
– la recherche du gain facile, ‘la sape Haut de gamme’ pour des jeunes sans emploi,
– problème de communication entre les gouvernants /gouvernés : 2 vitesses

C’est dans ce contexte de ‘société éclatée’ et d’insécurité totale que des jeunes essayent de se trouver une issue de sortie de crise en s’insérant dans le créneau de la ‘sécurisation des quartiers populaires’ via des
‘brigades  populaires’ dénommées ‘comité de sécurité de quartier’.

IV. Présentation du comité de sécurité du quartier Djidah :
· Genèse du comité:
Sur l’initiative de quelques habitants notamment les jeunes, une demande d’appui fut adressée à une Organisation Non Gouvernementale qui a des  bureaux dans le quartier. Après plusieurs rencontres, un Comité de Développement Local (CDL) fut mis en place en 1997 avec la participation de personnes ressources locales préalablement formées par l’ONG. Afin de couvrir  l’ensemble des sous quartiers qui compose la commune d’arrondissement, le comité local fut divisé en 12 secteurs.
Les objectifs du CDL consistaient à lutter contre les fléaux suivants :
 – la pauvreté
 – l’insécurité
 – l’insalubrité
 – le chômage (notamment des jeunes filles et garçons).

 Cette initiative populaire avait à sa tête une personne ressource principale qui coordonnait les activités. Des visites de proximités furent organisées pour à la fois informer, sensibiliser les familles et aussi faire un recensement du nombre de concessions que compte le quartier de Djidah (englobant les sous – quartiers de Djidah 1, 2 et3). C’est ainsi que 76  îlots furent dénombrés correspondant à 407 maisons. En appliquant une moyenne de 10 personnes par ménage, on peut estimer la population de Djidah à plus de
4000 habitants avec une forte dominance jeune (les jeunes filles étant plus nombreuses que les jeunes garçons).
Ces enquêtes permirent de créer des banques de données par zone, de  d’esquisser les contraintes du milieu et des populations et d’indiquer « les besoins prioritaires des populations « . Ces informations ( » doléances « ) qui  furent remisent à la structure d’appui, l’ONG Enda Graf peuvent- être résumées comme suit :
– besoin de mettre en place une caisse de crédit et d’épargne populaire pour soutenir les initiatives locales notamment des femmes ;
– un centre de formation (  » récupération  » des jeunes pendant les vacances)
– une école franco- arabe ;
– une coopérative d’achat et de vente pour les personnes du 3éme âge,
– soutien des activités portées par les jeunes filles ( commerce, teinture, coiffure, etc.)
– sécuriser le quartier.

Cette initiative populaire fut portée à la connaissance des autorités municipales. Ces dernières, fortes de leur nouvelle légitimité, auraient voulu  absolument avoir une main- mise sur toute initiative locale de grande envergure allant jusqu’à impliquer leurs sections politiques et élus locaux (on note une coïncidence troublante entre le nombre de sections politiques et de zones
du  CDL qui sont toutes égales à 12). Cette tentative de  » récupération politique  » aurait été mal appréciée par certains acteurs locaux (populations, associations, structure d’appui).
Néanmoins la municipalité mise en place une commission chargée de la sécurité de la commune d’arrondissement.
La commission va-t-elle aussi s’appuyer sur ce découpage en 12 zones pour mettre en place sa  » politique  » de gestion locale de la sécurité. Dans sa stratégie, la mairie semble vouloir s’appuyer sur une initiative populaire faisant en sorte que ses militants soient les premiers employés («
retour de l’ascenseur « ), tout en évitant de s’afficher officiellement et de s’engager financièrement. En effet elle met un certain nombre d’outils matériels (sifflets, tenues militaires camouflets, lampes torche, fiches
 d’adhésion/famille jamais signées par le représentant de la mairie).
Le recrutement des vigiles se fait au niveau de chaque section par le comité de pilotage qui les envoie par la suite à la commune où un espace leur est réservé pour suivre la ‘formation’ assurée par des bénévoles (anciens militaires habitant le quartier) . Il s’agit, après des exercices physiques de musculature et d’endurance, de les initier aux arts martiaux (‘self défense’), de leur inculquer quelques règles de disciplines, de leur rappeler quelques principes de sécurité et de prudence.
Le comité de pilotage de la section est composé du délégué de quartier, d’un chef de troupe, de l’élu local représentant la commission municipale chargée de la sécurité.
 La mission de ce comité se résume comme :
– recrutement des vigiles
– formation,
– supervision des activités de gardiennage.

· APPRECIATIONS DES ACTIVITES DU COMITE :
Malgré les craintes émises pour d’éventuels excès de zèles de la part de jeunes qui ne sont pas des hommes de loi quelle que soit leur bonne volonté, le président du comité de sécurité soutien que sa structure entretien de bonnes relations avec les autorités locales notamment celles de la police.
Car dira-t-il,  » il nous est arrivé d’appréhender des voleurs voir même de faire arrêter des trafiquants de chanvre indien en collaborant avec les policiers qui ont beaucoup de respect pour nous « . Interrogée sur la qualité des services rendus par le comité de vigilance, une dame dira que  » depuis que ces jeunes veillent sur notre sécurité, nous dormons maintenant  tranquillement « .
Cependant, ces bonnes appréciations ne doivent pas cacher le fait qu’il puisse exister parfois quelques manquements et des dérives car seule la justice est habilitée à sanctionner les ‘hors la lois’.
Par ailleurs le rôle des comités de vigilance populaire devrait être davantage défini et limité (persuasion, dénonciation, sensibilisation) avec un encadrement rapproché de la police d’Etat. Un statut légal et une couverture sanitaire et juridique leur rendraient plus crédibles et permettraient de les professionnaliser
et partant d’en faire un créneau pourvoyeur d’emplois en ces temps de crise.

CONCLUSION SOMMAIRE


Le phénomène de l’insécurité urbaine ne cesse de s’exacerber et d’inquiéter à la fois les décideurs et les particuliers. En plus des forces républicaines naissent ça et là des initiatives populaires à l’image des comités populaires de sécurité ainsi que des entreprises privées de gardiennage.
Quelle que soit la bonne volonté qui anime les porteurs de telles initiatives populaires, ils doivent être suivis et appuyés par les autorités à qui  reviennent cette prérogative de puissance publique qui consiste à assurer la sécurité des biens et des populations en tout lieu et sur tout le territoire national. N’est-il pas judicieux de tendre vers leur professionnalisation à l’image des services privés de gardiennage ce qui leur permettrait d’élargir la gamme de leurs activités et de diversifier leur clientèle ?
Au-delà de la propension naturelle de la répression, il existe d’autres pistes à explorer pour réduire la pauvreté urbaine et ses corollaires chômage, sous-emplois, insuffisance des services urbains de base, etc..)
Dés lors il s’avère nécessaire qu’il soit effectué un diagnostic beaucoup plus poussé sur la problématique de l’insécurité urbaine pour pouvoir apporter les corrections nécessaires.
Dans la même lancée, les moyens d’intervention des forces républicaines doivent être améliorés.

Cependant, ces dernières doivent faire plus de  prévention que de répressions et essayer des pistes innovantes pour l’insertion des jeunes.
Si des efforts considérables ont été réalises dans le domaine de l’éducation formelle, d’autres pistes doivent être exploitées telles que des formations adaptées au contexte via la sensibilisation et l’accompagnement étatique  nécessaire pour trouver une articulation entre le travail effectue par les
comités de vigilance populaire et la police républicaine./.

 

 

 

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