S’ouvre dans un nouvel onglet
European Forum for Urban Security logo

Médiation éducative : l’expérience de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur 

Octobre 2026 – La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), qui est partenaire du projet européen SafeSkills sur les métiers de la sécurité, a mis en place depuis une dizaine d’années un dispositif de médiation éducative autour des lycées afin d’accompagner les jeunes et de prévenir les incivilités et la délinquance. Nous avons rencontré Mortal Yahi, directeur de l’unité Prévention Citoyenneté et Insertion de l’association Montjoye, qui est le partenaire choisi par la Région PACA pour mettre en œuvre cette politique. 

Mortal Yahi (MY) : Notre unité  regroupe environ 70 personnes sur des dispositifs multiples. Son champ d’action principal est la prévention spécialisée, l’accompagnement des publics et la cohésion sociale, avec une attention particulière aux jeunes (de 10 à 25 ans) en situation de vulnérabilité.

Notre intervention repose principalement sur nos compétences en matière de travail social éducatif. C’est d’abord la relation éducative qui prime, la protection des publics vulnérables, la prévention des ruptures, l’accompagnement et l’accès aux ressources. 

MY : Nous avons une équipe de prévention spécialisée rattachée au code de l’action sociale et des familles. C’est une mission de protection de l’enfance. Nous intervenons également par convention avec le Conseil départemental et la métropole de Nice Côte d’Azur, sur des territoires distincts et auprès d’un public qui va de 10 à 25 ans. 

Nos équipes sont constituées d’éducateurs spécialisés qui font du travail de rue dans les quartiers dits sensibles, les quartiers prioritaires, en centre-ville ou en zone rurale et péri-rurale. On établit une relation avec ces jeunes dans la rue, sans mandat. Lorsque le jeune entre dans la relation, l’éducateur peut lui proposer une aide, un accompagnement, un soutien personnalisé pour répondre à ses besoins et à ses difficultés : désœuvrement, décrochage scolaire, relations familiales, problèmes liés au harcèlement, violences, réseaux sociaux, radicalisation, prostitution… C’est le cœur du service à son origine. 

MY : Dans le cadre de notre mission pour la Région PACA, notre activité de médiation éducative s’adresse principalement  aux lycéens qui se trouvent aux abords de l’établissement scolaire : c’est un public de grands ados et de jeunes adultes. Pour cette activité spécifique, nous avons une équipe de 22 professionnels sur le terrain qui, généralement, opèrent en binôme avec un moniteur-éducateur certifié et un apprenti moniteur éducateur. 

Nous intervenons uniquement aux abords des lycées, dans la rue et dans les classes sur des actions collectives de prévention. Nos équipes assurent une présence régulière et identifiable, matérialisée par une tenue spécifique avec les logos de la Région et de notre association. C’est aussi un prétexte à la relation et cela permet de distinguer les professionnels des autres usagers de l’espace public. Les équipes sont présentes du lundi au vendredi dans chaque établissement scolaire. Nous couvrons 80% des lycées des Alpes Maritimes (il en existe au total une trentaine). 

MY : Il peut s’agir de violences entre jeunes, de harcèlement, de cyber harcèlement, de comportements à risque, de consommation de substances, de signaler la présence d’individus adultes inquiétants aux abords de l’établissement, de violences sexuelles, de situations de détresse… 

MY : La différence, c’est qu’il y a 10 ans, les jeunes étaient moins marqués par les réseaux sociaux. Les dangers liés aux réseaux n’étaient pas exprimés comme tel, ce n’était pas encore un sujet phare, alors qu’aujourd’hui, il est primordial. Les problématiques sont quasi-similaires, mais elles sont aujourd’hui amplifiées par les réseaux sociaux. 

MY : Nous travaillons autant avec des garçons que des filles. C’est une évolution qui s’est produite au cours des 10-20 dernières années : la rue est aujourd’hui occupée également ou presque par les garçons et les filles. Les questions d’occupation de l’espace public ne sont pas genrées. 

MY : Nos médiateurs vont au-devant des jeunes, ils se présentent, leur demandent s’ils sont intéressés ou non. Le fait que nos équipes soient présentes régulièrement permet d’établir la relation. Nous expliquons clairement qui nous sommes et qui nous ne sommes pas : nous ne sommes pas des vigiles, nous ne faisons pas partie du personnel de l’établissement Cela permet d’établir la confiance et de nouer une relation.

MY : Le personnel de l’établissement est pour nous une ressource vers laquelle orienter un jeune, comme le sont d’autres acteurs du territoire : services de santé, missions locales, acteurs du loisir, services de police, aide aux victimes… Cela dépend des besoins exprimés. Nous avons aussi une fonction d’alerte lorsqu’il y a une mise en danger. 

MY : Nous utilisons un logiciel pour consigner toutes nos interventions de façon quantitative : le nombre de contacts, d’interventions, de rencontres individuelles, d’actions. Cet outil nous permet de retracer l’intégralité de notre activité. À partir de ces éléments, nous ajoutons des aspects qualitatifs, par exemple sur l’ambiance aux abords de tel ou tel établissement. Ceci nous permet de produire des bilans périodiques qui sont envoyés aux proviseurs des lycées, ainsi qu’une cartographie des risques aux abords des lycées que les proviseurs peuvent croiser avec les données dont ils disposent sur les ambiances à l’intérieur. Le bilan est aussi envoyé au Rectorat et à la Région. 

Par ailleurs, nous rédigeons des notes d’alerte après chaque intervention ayant un caractère de danger ou de mise en danger : environ 200 pour les deux derniers cycles scolaires. Celles-ci font apparaître des situations très diverses. Elles permettent aussi aux différents corps professionnels d’agir dans leur domaine. Pour vous donner un exemple, nous avons eu un cas où la police a dû intervenir suite à une alerte pour éviter un guet-apens.

MY : Je ne peux pas vous donner de montant chiffré pour des raisons de confidentialité. Cela étant dit, le principal poste de dépense est la masse salariale, sachant que nos équipes sont des professionnels spécialistes de l’enfance et de l’insertion, avec un bac + 2 ou +3. Ce qui est certain, c’est qu’il est moins coûteux d’intervenir en amont comme nous le faisons, dans une approche préventive, plutôt que d’intervenir après coup. C’est un investissement. 

MY : Oui il est spécifique à la Région PACA et donc unique en France. La Région avait la volonté d’investir dans ce champ de la tranquillité publique par le prisme de l’action éducative. Il s’agit d’une approche qui peut tout à fait intéresser d’autres régions et d’ailleurs, les représentants de certaines d’entre elles sont venues ici pour comprendre et voir ce qui se fait. Cela montre le bien-fondé de notre approche fondée sur la prévention et la médiation éducative. Notre méthodologie peut être transposée à d’autres territoires à condition bien sûr qu’elle soit adaptée aux réalités propres à chacun. 

MY : Je dirais que nous avons mis en place un laboratoire d’innovation sociale et préventive. Notre expérience montre que les métiers du travail social peuvent constituer une ressource pour maintenir et renforcer la sécurité urbaine tout en conservant leurs valeurs propres fondées sur la relation humaine. 

> sites web de l’association passaj.fr,  Montjoye et de l’Unité Prévention Citoyenneté et Insertion
> en savoir plus sur le travail de l’Efus en matière de médiation
> en savoir plus sur le projet SafeSkills