Un nouveau projet européen conçu et piloté par l’Efus vise à développer des outils concrets pour prévenir les violences et méfaits liés aux marchés de la drogue au niveau local, et pour réduire leur impact sur les communautés urbaines. Il réunit des municipalités, des chercheurs, des forces de police et des associations locales.
Octobre 2026 — La violence liée aux marchés de la drogue constitue un défi de plus en plus complexe pour les villes européennes, dont les conséquences vont bien au-delà de la criminalité elle-même, affectant la santé publique, la cohésion sociale et la confiance des habitants envers les institutions publiques.
La réponse ne peut se limiter à la répression. Les autorités municipales, la police, les professionnels de santé, les services sociaux et les associations locales détiennent chacun une partie du puzzle, mais leurs réponses sont souvent fragmentées.
Un projet conçu et piloté par l’Efus
Une nouvelle initiative européenne vise à contribuer à combler ces lacunes. PRISM (Prévenir les violences et méfaits liés aux marchés de la drogue par des stratégies municipales innovantes), un projet financé par l’UE et conçu et dirigé par le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus), travaillera avec les villes pour développer des approches fondées sur des données probantes qui combinent sécurité publique, prévention sociale et santé publique.
Ce projet viendra alimenter la Coalition of the willing contre les violences liées aux drogues et aux trafics mise en place par l’Efus pour réunir les villes et régions européennes engagées dans le renforcement et la promotion de politiques locales de lutte contre la violence et les méfaits liés aux drogues.
Comprendre les réalités qui se cachent derrière la violence
PRISM, qui se déroulera jusqu’en mars 2030, rassemble 12 partenaires et 12 partenaires associés : collectivités locales, instituts de recherche, forces de police et organisations spécialisées dans la prévention, la technologie et l’éthique. L’objectif général est de réduire les violences liées aux marchés de la drogue au niveau local en dotant les municipalités et les professionnels de première ligne d’outils pratiques, de connaissances et de compétences.

Les citoyens européens sont très préoccupés par l’impact des drogues sur leur environnement immédiat : 60% pensent que l’usage de drogues chez les jeunes et très jeunes est un problème dans leur quartier. Source : Commission européenne, Direction Migrations et Affaires intérieures, Eurobaromètre 2024
Les jeunes sont particulièrement vulnérables
Les jeunes sont particulièrement exposés à certains de ces risques. Les adolescents et jeunes adultes en situation d’itinérance ou d’exclusion sociale peuvent être recrutés par des réseaux criminels, tandis que les mineurs non accompagnés peuvent être exploités comme dealers de rue ou passeurs. Les jeunes adultes vivant dans des quartiers défavorisés peuvent être exposés à des scènes de consommation de drogue au grand jour, tandis que les réseaux de trafic par livraison, qui recourent aux plateformes en ligne et aux coursiers de la gig economy pour approvisionner les consommateurs, peuvent attirer des étudiants vers les marchés locaux. Parallèlement, la consommation récréative de drogues s’étend désormais à toutes les catégories de population et reste largement invisible pour les pouvoirs publics.
Reconnaître les dimensions sociale et sanitaires de la consommation
Ces différentes situations exigent des réponses qui tiennent compte des dimensions sociale et sanitaire du problème, parallèlement à ses aspects criminels. Une approche axée exclusivement sur la répression risque de négliger les vulnérabilités exploitées par les réseaux criminels ainsi que le soutien dont ont besoin les personnes et les communautés touchées.
Or, les collectivités locales n’ont pas toujours une compréhension suffisamment globale de ce qui se passe sur leur territoire. Les informations peuvent être dispersées entre les services de police, les services municipaux, les prestataires de soins de santé et les organisations de la société civile, tandis que les possibilités de tester et de partager des approches de prévention efficaces restent limitées.
Le projet testera son approche dans quatre villes membres de l’Efus : Barcelone (Espagne), Bruxelles (Belgique), Lisbonne (Portugal) et Montpellier (France). Chaque ville offre un contexte différent pour examiner la relation entre les marchés de la drogue, la violence, la santé publique et la gouvernance locale.
Les collectivités locales au cœur de l’action
PRISM place les collectivités locales au cœur des efforts visant à pallier ces lacunes. En associant la recherche, l’expérience de terrain et la prise de décision municipale, le projet vise à aider les villes à développer une compréhension plus intégrée des violences liées aux marchés de la drogue et à identifier des réponses adaptées à leur contexte particulier.
Le projet testera son approche dans quatre villes membres de l’Efus : Barcelone (Espagne), Bruxelles (Belgique), Lisbonne (Portugal) et Montpellier (France). Chaque ville offre un contexte différent pour examiner la relation entre les marchés de la drogue, la violence, la santé publique et la gouvernance locale.
Quatre villes, quatre contextes différents
À Barcelone, l’accent sera mis sur la dynamique des marchés de la drogue et les tensions dans les espaces publics, en particulier dans les quartiers fortement peuplés. Le projet explorera les moyens d’améliorer la coordination entre les forces de l’ordre, les services sociaux et les initiatives locales visant à renforcer la sécurité urbaine.
Bruxelles examinera les défis liés à son rôle de grand pôle de transit et administratif, en accordant une attention particulière à la coopération entre les différents services publics, aux protocoles d’alerte précoce et à la coordination entre les autorités locales et les intervenants de première ligne.
À Lisbonne, chercheurs et praticiens se pencheront sur la violence locale et la réduction des risques pour la santé publique dans le cadre de la politique poursuivie de longue date par le Portugal de dépénalisation de certaines drogues. L’amélioration de la coopération entre les différents services publics et le renforcement des interventions auprès des habitants seront au cœur de ces travaux.
Montpellier se concentrera sur la prévention, la protection de la jeunesse et la sécurité dans les quartiers, notamment grâce à un meilleur partage d’informations entre les acteurs municipaux, la police et les associations locales.
Bien que les quatre villes travaillent dans un cadre commun, PRISM ne cherche pas à imposer un modèle unique. Au contraire, les projets pilotes examineront comment les stratégies de prévention et les outils opérationnels peuvent être adaptés à chaque territoire.
Les enseignements tirés de ces projets pilotes ont aussi vocation à informer et inspirer d’autres municipalités européennes confrontées à des défis similaires.
De la recherche aux solutions concrètes
La première phase du projet permettra de constituer une base de données factuelles combinant recherche scientifique, analyse des politiques et travail de terrain. Dirigée par l’université de York, cette recherche s’appuiera sur des disciplines telles que la criminologie, la sociologie, les sciences politiques, l’économie, la géographie, la psychologie et la santé publique.
La recherche de terrain, coordonnée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), étudiera les dynamiques locales dans les quatre villes pilotes à travers des entretiens, des groupes de discussion et des observations ethnographiques impliquant les parties prenantes concernées. L’Efus recensera les réponses municipales et de terrain prometteuses, notamment les approches en matière de prévention, d’alerte précoce, de réorientation des jeunes, de maintien de l’ordre, de réduction des risques et de coordination interinstitutionnelle.
Ces travaux alimenteront un cadre comparatif destiné à aider les villes à comprendre comment les différentes structures des marchés de la drogue, les modèles de gouvernance, les niveaux de violence et les vulnérabilités locales façonnent les réponses qui s’offrent à elles.
PRISM développera un programme de formation destiné aux professionnels et aux autres parties prenantes, combinant apprentissage en ligne, ateliers intensifs en présentiel et travaux pratiques dans les villes pilotes.
Un outil d’aide à la décision
L’une des innovations majeures du projet sera PRISM-LENS, un outil numérique d’aide à la décision développé par le partenaire technologique ITTI. Cet outil est destiné à aider les autorités locales à rassembler les informations pertinentes et à analyser de manière plus exhaustive les violences liées aux marchés de la drogue, leur permettant ainsi de prendre des décisions mieux éclairées et de mieux coordonner les différents services impliqués.
Afin de garantir que cet outil réponde bien aux besoins opérationnels, il sera développé en associant des acteurs municipaux et des professionnels de terrain. Sous réserve de modalités d’accès et de garanties appropriées, les informations pertinentes pourront provenir des données sur la criminalité, des services sociaux, de la santé publique, de sources ouvertes et des habitants.
Le respect de la vie privée, la protection des données, la non-discrimination et le principe de proportionnalité feront partie intégrante du processus. Le projet vise à établir des règles claires régissant la propriété, la qualité et l’utilisation des données, y compris l’anonymisation ou la pseudonymisation le cas échéant.
Élément crucial, PRISM ira au-delà de la recherche et du développement technologique pour tester et valider des approches de prévention innovantes dans des contextes urbains réels. L’objectif est d’évaluer le fonctionnement concret de l’outil et des interventions associées, d’identifier leurs limites et de définir les conditions dans lesquelles ils peuvent être utilisés efficacement.
Investir dans les personnes et l’innovation locale
La technologie à elle seule ne suffit pas à améliorer la prévention. PRISM développera également un programme de formation destiné aux professionnels et aux autres parties prenantes, combinant apprentissage en ligne, ateliers intensifs en présentiel et travaux pratiques dans les villes pilotes.
La formation portera sur les réponses fondées sur des données probantes, l’utilisation pratique de l’outil LENS et les approches adaptées aux besoins locaux. Une masterclass en ligne distincte, destinée aux élus, examinera la manière dont les violences liées aux marchés de la drogue sont représentées dans les médias traditionnels et les réseaux sociaux, et proposera des conseils pour favoriser un débat public éclairé.
Fonds d’impact local
Le projet mettra également en place un Fonds d’impact local destiné à soutenir le développement et la diffusion d’initiatives locales. Parmi les activités prévues figurent la définition des critères de financement, le lancement d’un appel à candidatures, la sélection des initiatives et l’accompagnement pendant leur mise en œuvre. Les petites collectivités et les associations de terrain sont spécifiquement ciblées par cette démarche.
En encourageant l’expérimentation locale et les échanges entre pairs, le fonds vise à favoriser l’émergence d’approches prometteuses au-delà des quatre villes pilotes. Les partenaires associés à PRISM contribueront également à un échange plus large de connaissances et d’expériences.
Ce réseau élargi est essentiel à l’ambition du projet de mettre ses conclusions au service de collectivités dans la lutte contre les violences liées aux marchés de la drogue, quelles que soient leurs ressources, leur structures institutionnelles ou leur niveau d’expérience.
Instaurer la confiance et garantir un impact durable
Pour l’Efus et les partenaires du projet, le succès dépendra non seulement de l’efficacité des outils mis en place, mais aussi de la manière dont ils sont perçus – équitables, légitimes et utiles – par les utilisateurs et les citoyens.
Le projet évaluera donc l’acceptabilité sociale de LENS en examinant les questions de confiance, d’équité, de respect de la vie privée et d’adéquation aux besoins locaux. Un suivi éthique sera assuré tout au long du projet, avec une attention particulière sur le genre, l’inclusivité, l’utilisation responsable des données et la conformité avec la législation.
La communication et l’engagement politique joueront également un rôle central. Menées par l’agence de conseil italienne Deep Blue et l’Efus, ces activités viseront à diffuser les résultats, à élaborer des recommandations politiques et à sensibiliser le public grâce à un storytelling éthique, sans préjugé et qui tienne compte des traumatismes.
La prévention des violences liées aux marchés de la drogue nécessite non seulement de s’attaquer à l’activité criminelle, mais aussi de comprendre les conditions sociales et de santé publique dans lesquelles elle s’enracine.
Renforcement des capacités des collectivités locales
D’ici la fin du projet, PRISM vise à fournir aux municipalités un outil d’aide à la décision validé et convivial, ainsi que des pratiques de prévention testées et documentées pouvant être adaptées à différents contextes locaux. Parmi les autres résultats escomptés figurent le renforcement des capacités des autorités locales et des professionnels, une meilleure coopération entre les institutions et organismes impliqués, et une confiance accrue des citoyens envers leurs institutions.
Le projet veillera également à ce que ses résultats soient pris en compte dans l’élaboration des politiques au niveau européen et contribuent à l’échange de données factuelles et d’expériences pratiques sur le crime organisé, la réduction des risques, la politique en matière de drogues et la sécurité urbaine.
Des réponses mieux adaptées aux habitants
La concrétisation de ces ambitions en améliorations mesurables dépendra des données recueillies et des enseignements tirés des quatre villes pilotes. PRISM offre néanmoins une occasion structurée de tester comment la recherche, l’innovation locale et la coopération entre institutions peuvent aider les villes à dépasser les réponses fragmentées.
Son postulat central est que la prévention des violences liées aux marchés de la drogue nécessite non seulement de s’attaquer à l’activité criminelle, mais aussi de comprendre les conditions sociales et de santé publique dans lesquelles elle s’enracine. En réunissant des autorités locales, des chercheurs et des professionnels de terrain, le projet ambitionne d’aider les villes européennes à élaborer des réponses mieux fondées, plus coordonnées et mieux adaptées aux communautés qu’elles servent.
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Photo ©iStock Gabrijelagal


