« Pour renforcer nos propositions en matière de sécurité urbaine, nous avons besoin des meilleurs alliés » Monica de Greiff, Chambre de Commerce de Bogota

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Monica de Greiff, Executive President of the CCBEntretien avec Monica de Greiff, présidente exécutive de la Chambre de Commerce de Bogota, qui vient de rejoindre le réseau de l’Efus en tant que partenaire.

Quelles sont les raisons qui ont amené la Chambre de Commerce de Bogota (CCB, Colombie) à devenir partenaire du Forum européen ?

Monica de Greiff : La Chambre de Commerce de Bogota contribue de façon permanente à promouvoir et soutenir les initiatives en faveur de l’amélioration de la qualité de la vie et de la compétitivité de la ville. Nous sommes très actifs en matière de sécurité urbaine depuis les années 90, notamment au travers de l’Observatoire de la Sécurité, fondé il y a 17 ans.

Nous avons été reconnus comme étant une bonne pratique à l’échelle nationale et internationale, permettant au secteur privé de contribuer de façon significative à l’acquisition de connaissances, à la réduction des risques pour les entreprises et à la consolidation institutionnelle d’entités telles que la police nationale.

Cela dit nous sommes conscients que pour continuer à renforcer nos propositions et nos projets, nous devons avoir les meilleurs alliés possibles. C’est le cas du Forum européen pour la sécurité urbaine, qui est une référence à l’échelle internationale. Notre alliance avec le plus grand réseau de villes et d’institutions promouvant les meilleures pratiques pour mieux comprendre et prévenir la violence et la délinquance en milieu urbain sera très productive.

Quels sont les principaux enjeux de sécurité de Bogota ?

Toute grande ville, et en particulier en Amérique latine, doit faire face à des problèmes de sécurité variés et complexes. Nous mesurons en permanence les conditions de sécurité de notre ville à travers l’Observatoire de Sécurité et l’enquête semestrielle sur le sentiment de sécurité et la victimation. Ces données montrent que le défi le plus urgent est de réduire les niveaux de violence. Nous avons amélioré notre taux d’homicide pour cent mille habitants qui aujourd’hui est de 17. Mais l’augmentation du nombre de cas depuis deux ans nous préoccupe.

Nous souhaitons également avancer en ce qui concerne les mécanismes permanents d’évaluation des politiques publiques de sécurité afin d’utiliser nos ressources de façon plus efficace et de maximiser l’impact de l’amélioration des indicateurs. Enfin, nous devons renforcer tous les aspects liés à l’attention du public, notamment l’accès à la justice grâce à un système de dépôt de plainte plus rapide et un service qui ne re-victimise pas le citoyen ainsi que les interventions d’urgence dont la rapidité et la qualité peuvent être améliorées grâce à une technologie de pointe.

Nous devons également renforcer les compétences de la police dans le traitement des conflits quotidiens qui aujourd’hui se terminent souvent en violence. En 2014, nous avons eu à Bogota 45 000 cas de violence entre personnes. C’est un défi auquel est confronté tout le pays, bien qu’il soit engagé dans un processus de paix.

Enfin, étant donné que Bogota est le coeur économique du pays, elle concentre la criminalité financière comme par exemple le blanchiment d’actifs, la corruption et l’extorsion. Approfondir notre culture de la légalité est aussi un défi majeur.

De quelle manière la Chambre de Commerce de Bogota contribue-t-elle à la sécurité urbaine ?

Un domaine dans lequel nous avons particulièrement contribué est celui de la coopération public-privé. Nous avons consolidé un modèle de coopération fondé sur des outils d’analyse et d’évaluation qui nous permettent d’étayer chacune de nos recommandations de politique publique par des données techniques. De plus, ces outils nous permettent de prévoir quelles initiatives auront le meilleur impact.

Donc la CCB a contribué en apportant un système d’évaluation indépendante et fondée sur des données scientifiques de la sécurité dans la ville, notamment au travers de l’enquête sur le sentiment de sécurité et sur la victimation et de nos bilans de sécurité pour le développement de politiques publiques. De même, nous faisons la promotion d’outils pour les entreprises qui permettent de prévenir les risques liés au blanchiment et à la corruption et nous promouvons une culture de la légalité qui favorise le développement durable de la ville et de l’économie.

Par ailleurs, nous avons établi des liens forts et productifs avec la police nationale, notamment en contribuant au renforcement de ses compétences en matière de services. Nous avons également proposé de nouvelles initiatives comme la mise en place, dans tout le pays, de la médiation policière, ce qui devrait renforcer la confiance et la perception de sécurité des citoyens.

Enfin, la CCB est engagée dans le processus de construction de la paix en Colombie. Nous sommes convaincus que le secteur entrepreneurial doit jouer un rôle important pour soutenir les processus de réintégration, de reconstruction et de réconciliation, lesquels auront bien sûr un impact très positif sur la sécurité.

Quels sont les principaux partenaires avec lesquels la CCB travaille en matière de sécurité ?

Nos partenaires naturels sont les chefs d’entreprise. Mais nous coopérons également avec l’administration du district, la police nationale et les organismes et institutions publics qui interviennent dans les domaines de la sécurité et de la Justice (ministère de la Justice, Parquet, ministère de la Défense). Nous travaillons avec ces institutions pour développer des politiques et des actions en matière de sécurité urbaine.

Nous avons également des partenariats avec le monde universitaire, par exemple avec l’Université des Andes, et avec des ONG comme la Fondation Idées pour la Paix (Fundación Ideas para la Paz) et la Fondation Pays libre (Fundación País libre). Enfin, nous travaillons avec certaines organisations des Nations Unies comme l’UNODC (Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime) et le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement).

Selon vous, que peut apporter la CCB à l’Efus ?

Dans la mesure où les membres de l’Efus sont surtout des villes et des organismes de la société civile, nous espérons apporter notre vision du rôle que peut jouer le secteur privé dans l’amélioration des conditions de sécurité urbaine et sur ce que peut signifier la construction collective d’initiatives dans ce domaine.

Nous considérons aussi que notre expérience de gestion de l’Observatoire de la Sécurité peut être très intéressante pour le Forum, ainsi que notre expérience en matière de transfert de connaissances et d’échange d’informations sur l’analyse et l’évaluation de la sécurité.

Quels sont les domaines de la sécurité urbaine qui sont particulièrement intéressants pour la CCB ?

Pour la Chambre de Commerce, il est fondamental d’oeuvrer pour une ville et un environnement plus compétitifs. A partir de cet objectif général, il y a une série de thèmes et d’opportunités de collaboration avec l’Efus, entre autres connaître les expériences européennes en matière de technologie de prévention, de modèles d’attention aux victimes, de programmes de prévention de la violence et des conflits, et de mécanismes d’évaluation des politiques publiques.