La prévention doit-elle se faire de façon participative ? Un débat autour du Manifeste d’Aubervilliers et Saint-Denis lors de la conférence du NCSN à Londres

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Londres, 17 septembre 2013 – L’Efus a organisé un débat autour du Manifeste d’Aubervilliers et de Saint-Denis lors de la conférence annuelle du National Community Safety Network (NCSN), qui a eu lieu le 17 septembre à l’Université du Middlesex à Londres.

Alors que les coupes budgétaires ont drastiquement réduit la marge de manoeuvre des autorités locales, celles-ci licencient du personnel en perdant savoir-faire et des bases de partenariat. Sur un plan plus optimiste, les participants ont tenu à souligner que cet état de fait les oblige à penser différemment la sécurité et la prévention. Le thème général de la conférence du NCSN était justement l’avenir de la sécurité locale (community safety). Le choix de la prévention, tel qu’exprimé en préambule du Manifeste comme « une option rationnelle, stratégique et bénéficiant du meilleur rapport coût / bénéfice », a trouvé écho parmi les quelque 150 délégués présents, venus de tout le Royaume-Uni.

Vice-président de l’Efus, Erich Marks est intervenu pour présenter 10 constats et 10 suggestions en matière de prévention (voir sa présentation). Il faut déjà savoir ce que l’on entend par prévention, a-t-il dit. S’agit-il de la prévention de la criminalité ? De la sécurité urbaine dans un sens plus large ? Du traitement de la criminalité ? Citant un grand nombre de sources, y compris l’Efus et la base de donnée Beccaria, Erich Marks a argumenté le bien-fondé d’une prévention plus large et multi-disciplinaire qui intègre la criminologie, la santé publique, la victimologie, la sociologie, l’éducation, la psychologie, l’économie, etc. C’est l’approche défendue dans le Manifeste d’Aubervilliers et de Saint-Denis, en faveur d’une prévention fondée sur des données probantes, qualitatives et quantitatives. Mais aussi, de façon plus large, parce que « c’est une ville plus juste qui rendra la ville plus sûre. »

Mark Burton-Page, chargé de mission à l’Efus, a ensuite présenté le Forum européen et les principales recommandations du Manifeste, en précisant qu’il s’agit du résultat d’un travail collectif de préparation qui s’appuie sur plusieurs années, mais aussi sur les échanges avant et pendant la conférence de décembre 2012. Il a ajouté que l’année 2013, et ce avec le soutien financier de la Commission Européenne, donnait lieu à l’initiative « Sharing the Manifesto”, qui a pour but d’encourager le débat au niveau local entre les décideurs et la société civile (citoyens et ONG) à partir du Manifeste et de ses recommandations thématiques.

Après une présentation de la recommandation du Manifeste relative à la « participation des citoyens à la sécurité », un débat s’est ouvert avec l’assemblée. Voici un résumé des principaux thèmes abordés par les participants :

Comment faire participer davantage la communauté ?
« Comment être au plus proche de la communauté pour l’élaboration et la mise en place des programmes de prévention ? C’est un thème clé au Royaume-Uni, » demande un participant. Une déléguée du Sussex explique que son comté a mis au point des enquêtes de proximité par internet auprès de la population sur les questions de sécurité et sur la police et que celles-ci « rencontrent un franc succès ».

Un délégué cite le fait qu’aujourd’hui, les délinquants utilisent les réseaux sociaux pour commettre des délits, alors que les partenariats locaux de prévention fonctionnent encore de façon traditionnelle. Plusieurs intervenants ont par la suite évoqué l’intérêt de développer des applications web et téléphone stimulant la participation des habitants (en matière de police, mais aussi de planification urbaine, de médiation, de propreté, etc.).

L’implication bénévole des citoyens dans les activités de sécurité est aussi mentionnée : Robert Greaves, le président du NCSN relate l’expérience lancée en 2003 des « pasteurs de rue », très bien reçue par les habitants et la police (voir l’analyse de cette expérience dans le projet CECOPS, piloté par la Metropolitan Police de Londres et auquel a participé l’Efus).

Un autre participant évoque une expérience positive de panels citoyens ayant accès à une enveloppe budgétaire pour la gestion des politiques de sécurité. Sur le même registre, Erich Marks cite une expérience à Brême : à la suite de la parution d’un article de presse dans lequel les autorités locales affirmaient avoir investi 150 000 euros pour renforcer la sécurité dans une cité où il y avait de nombreux problèmes de délinquance, « un gars de la cité est allé voir les autorités locales et leur a dit : ‘donnez-nous ces 150 000 euros directement et nous nous chargerons de rétablir la sécurité’. Cette initiative d’auto-gestion a donné des résultats impressionnants, notamment une forte baisse de la criminalité »

Comment définir les groupes cibles et s’assurer d’une bonne représentativité ?
La question était soulevée car, très souvent, les consultations publiques s’adressent aux mêmes personnes qui reviennent avec les mêmes revendications catégorielles. D’autre part, si on s’adresse directement à la société civile, n’y a-t-il pas un risque de supplanter les organes légitimement élus (en référence par exemple au nouveaux « Police and Crime Commissionners » élus en 2012 au Royaume-Uni avec très peu de votants, mais exerçant désormais de larges compétences en matière de sécurité) ? Dans certains comtés britanniques, les autorités locales ont mis en place des « ambassadeurs de la communauté » chargés de relayer la parole des citoyens. Là encore, il est souligné l’intérêt pour les outils basés sur le web et les réseaux sociaux qui permettent d’atteindre les jeunes notamment, mais aussi d’autres couches de la population active. Pour atteindre les groupes défavorisés et en marge de la société, des efforts supplémentaires sont nécessaires et des outils adaptés doivent être développés.

Comment ne pas décevoir les citoyens après les avoir consultés ?
C’est une question clé lorsqu’on met en oeuvre des systèmes participatifs, qui demeure sans véritable réponse à ce stade. En effet, souligne un participant, « c’est d’autant plus important que la plupart des projets au Royaume-Uni sont financés pour seulement un an. Donc par exemple dans les programmes en faveur des jeunes, nous suscitons des attentes fortes et parfois, au bout d’un an, les budgets sont retirés, ce qui provoque un véritable désenchantement. »

En conclusion, au vu des débats, on peut confirmer que le thème de la participation citoyenne à la prévention est d’actualité au Royaume-Uni et qu’un échange entre villes européennes s’impose afin de rechercher et transférer des bonnes pratiques et en susciter d’autres. Si les autorités locales doivent encourager les citoyens à participer au débat sur la construction et la mise en œuvre des politiques de sécurité urbaines, elles doivent aussi donner un cadre logique et fournir un accompagnement aux expériences de participation, au risque sinon de rencontrer très vite les limites de l’exercice.

Lire le Manifeste d’Aubervilliers et Saint-Denis

Site web du NCSN