Troisième réunion de coordination du projet BRIDGE : comment la justice restaurative peut inspirer des actions préventives contre la polarisation

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Third coordination meeting of the BRIDGE projectDüsseldorf, Allemagne, mai 2020 – Le projet BRIDGE (« Renforcer la résilience pour réduire la polarisation et la montée de l’extrémisme ») a organisé une série de trois webconférences en ligne les 23 et 30 avril et 7 mai pour remplacer la conférence de deux jours qui était prévue à Düsseldorf (DE) les 23-24 avril et a dû être annulée en raison des mesures de confinement imposées en Europe en réponse à la crise de la Covid-19.


Les effets de la crise sanitaire sur la cohésion sociale

Tous les membres du consortium BRIDGE* sont affectés par la pandémie et par les mesures sanitaires mises en place dans leurs pays et régions respectifs. Nombre d’entre eux font partie des équipes locales d’urgence et de crise et leur calendrier de travail est bouleversé par la crise dans un contexte en évolution constante et rapide. D’autres travaillent en confinement et n’ont pas accès à leur clientèle, leurs équipes et leur bureau et doivent adapter leurs méthodes de travail à l’environnement numérique. Tous doivent gérer les effets directs de la crise sur la cohésion sociale et la coexistence et voient de nouvelles tendances de polarisation émerger dans leur territoire local et régional.

Dans ce contexte, les réunions étaient une occasion précieuse d’échanger sur la crise et de rétablir le contact avec les pairs et partenaires à travers l’Europe.


L’approche de Düsseldorf en matière de prévention et un programme de travail adapté

Bien que les membres du consortium n’aient pu se rendre à Düsseldorf, la ville demeurait l’hôte des réunions en ligne et a joué notamment un rôle important dans l’élaboration de la première session, le 23 avril. Tanja Schwarzer, directrice du Bureau de Prévention de la Délinquance du Conseil Local de Prévention a présenté l’approche de Düsseldorf en matière de polarisation, de radicalisation et d’extrémisme dans le cadre de la stratégie générale de prévention de la municipalité.

En ligne avec le modèle allemand de Conseils Locaux de Prévention de la Délinquance, le Conseil de Prévention de Düsseldorf est rattaché au cabinet du maire et dirigé par le maire adjoint en charge de la sécurité et de l’ordre public.

Le siège coordonne 10 groupes de travail d’experts permanents qui statuent sur divers problèmes tels que la violence domestique, la prévention à l’école, le développement urbain, le soutien aux victimes et l’extrémisme violent, ainsi que les relations avec les différents départements municipaux, le gouvernement régional y compris les autorités policières et la Justice (qui en Allemagne relèvent des autorités régionales), les secteurs de l’éducation et de la santé et la société civile.


Des programmes locaux pour contrer l’extrémisme

La municipalité de Düsseldorf et ses partenaires pilotent un certain nombre de programmes qui traitent de l’extrémisme, notamment un centre d’assistance pour les familles et proches des personnes à risque et des campagnes de discours alternatifs élaborées avec des jeunes locaux.

Bien que la ville ne soit pas un bastion d’extrême-droite, les autorités municipales ont noté l’émergence d’un nouveau groupe intitulé « Fraternité allemande » qui est à présent sous surveillance. De plus, il existe un certain degré de polarisation autour de thèmes tels que la discrimination raciale – que la municipalité appelle « racisme quotidien » – et la phobie anti-LGBT, qui font l’objet de plusieurs mesures et projets.

À partir de cette présentation, les participants à la réunion ont discuté des stratégies locales de réduction de la polarisation et des nouveaux défis et problématiques qu’ils voient émerger dans le contexte de la Covid-19, tels que l’accroissement des inégalités et le risque de polarisation entre différents groupes d’âge lié à leur différent degré de vulnérabilité au virus et aux mesures de protection du public.


Atténuer la polarisation – enseignements de l’approche de la justice restaurative

La deuxième session, le 30 avril, était un webinaire ouvert au public et intitulé « Atténuer la polarisation – enseignements de l’approche de la justice restaurative » auquel ont assisté environ 45 personnes. L’intervenant était Tim Chapman, membre du panel d’experts BRIDGE. Conférencier invité à l’Université de l’Ulster/Master en Pratiques restauratives, Tim Chapman a contribué au développement des pratiques issues de la justice restaurative dans le secteur public et la société civile en Irlande du Nord. Il est également président du conseil d’administration du Forum européen pour la justice restaurative.

Dans son intervention, il a souligné les bénéfices de l’approche de justice restaurative pour contrer la polarisation. Établir des liens entre les gens et construire et entretenir leurs relations est essentiel pour réparer les injustices et mettre en pratique, à l’échelle locale, certains aspects clés de la cohésion sociale tels que le respect, la vérité, la solidarité et la justice. Tim Chapman a présenté le concept de la « ville restaurative » en tant que modèle que les villes peuvent adopter pour utiliser les pratiques de justice restaurative afin d’encourager le dialogue local.

À la suite de cette présentation, les participants ont discuté des modalités d’application des enseignements tirés de la justice restaurative aux mesures locales de prévention de la polarisation. Le débat a essentiellement porté sur les questions d’éthique telles que la sécurité et le bien-être de ceux qui sont concernés par de telles mesures, mais aussi leur durabilité, la participation et leur faisabilité au vu des restrictions budgétaires.

Au-delà, la discussion a permis au groupe de comprendre que la polarisation n’est pas uniquement une menace contre la cohésion sociale. Elle peut aussi être une ressource, une expérience partagée par différents groupes locaux qui peuvent être utilisées pour entamer un dialogue, sensibiliser et encourager des processus de transformation sociale.


Les projets pilotes locaux dans le contexte de la pandémie

La troisième session, le 7 mai, était consacrée à la présentation par les partenaires de leur projet pilote : objectifs, étapes de mise en oeuvre, défis, partenariat local et autre réseaux de soutien, et budget prévisionnel. Les membres du panel d’experts de BRIDGE, qui accompagne et soutient les partenaires du projet dans l’élaboration et la mise en oeuvre de leurs actions locales, ont complété ces présentations avec des commentaires et conseils pratiques.


Un éventail de projets pilotes qui traitent de différents aspects de la polarisation

Les projets pilotes couvrent une large gamme de problématiques et de dynamiques qui alimentent la polarisation dans les différentes collectivités ainsi que diverses méthodes pour y faire face. Il s’agit, par exemple, de programmes de formation sur la polarisation et ses liens avec l’extrémisme pour le personnel de première ligne ainsi que les différentes méthodes d’intervention ; le développement d’un outil de diagnostic pour évaluer la polarisation dans une municipalité et ainsi alimenter les stratégies de réduction ; la création d’un programme de formation pour des groupes de médiateurs volontaires et de personnes-ressources, et une campagne de sensibilisation sur le risque de polarisation liée à la Covid-19 et aux mesures de confinement.


Adapter la méthode de travail du projet au contexte de distanciation physique

Tous les partenaires ont souligné que le contexte actuel freine la planification et la mise en oeuvre de leurs actions locales parce que celles-ci nécessitent des contacts entre les personnes. Afin d’adapter leur programme de travail, nombre d’entre eux envisagent d’organiser des événements en ligne, tels que des formations et des groupes de parole, ou de retarder ou réduire les activités prévues. Toutefois, tous les partenaires prévoient d’avancer et de continuer à développer leurs projets locaux dans les semaines à venir, tout en s’adaptant à l’évolution de la situation.


* Bruxelles (BE), Conseil départemental du Val d’Oise (FR), Düsseldorf (DE), Gouvernement de Catalogne (ES), Genk (BE), Igoumenitsa (GR), Louvain (BE), Reggio Emilia (IT), Région Ombrie (IT), Rotterdam (NL), Terrassa (ES), Stuttgart (DE), Vaulx-en-Velin (FR), Ufuq (DE), Real Instituto Elcano (ES)

> Plus d’information sur le projet BRIDGE

2020-05-22

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