Enquêtes de victimation en Europe

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Enquêtes de victimation en Europe
Dans le cadre des ateliers organisés par Crimprev, le réseau des chercheurs européens associés au Forum, une série de workshops sont consacrés aux enquêtes de victimation . En attendant le rapport de synthèse de Renée Zauberman, voici une note de synthèse sur l’atelier.
Il convient de bien faire la distinction entre les enquêtes sur le sentiment d’insécurité et les enquêtes de victmation. Beaucoup de ces dernières mélangent les deux questions rendant parfois très ambigus leurs résultats, notamment dans les commentaires qui les accompagnent.
Hormis l’Angleterre et la Hollande, les autres pays européens ne font usage de ces enquêtes que depuis les années 90  (en 97 pour la Belgique et pour l’Italie, en 90 pour un timide essai et en 97 pour la France[1]) et ce avec des usages très irréguliers rendant difficile la mesure des évolutions. La diversité des échantillons et la disparité des questions mettent en cause la comparabilité des résultats à un niveau européen.
Les deux premiers pays avec l’Allemagne sont fortement dominés par la recherche d’économies monétaires, sous entendu ces enquêtes doivent avoir une visée évaluative des actions mises sur pied. Encore faut il qu’il y ait un lien entre les résultats de ces enquêtes et le choix des actions.
La plupart de ces enquêtes sont annexées, du moins au niveau national à des enquêtes sur la vie des ménages. Ainsi il en va ainsi de la Flandre belge ou de la France avec l’enquête de l’Insee sur la vie des ménages ou encore de l’Italie avec l’enquête de l’Istat[2]. En Espagne, c’est le centre de recherches sociologiques, organe administratif indépendant qui est chargé de l’étude des problèmes de la société espagnole qui a commencé à susciter des questions autour de la question. Cela ouvre un débat sur le titre de ces études. Le crime survey de l’Angleterre  se confronte à l’enquête de  « sécurité publique » en Catalogne ou au « safety monitor » des hollandais ou au « security monitor » belge. Les évolutions des titres marquent l’évolution de la question de la sécurité. En intégrant la question des désordres civils,  les questions ont des tonalités plus sociologiques, plus sociales. Différentes formes d’insécurité apparaissent à travers les questions.
  Les enquêtes de victimisation sont plus fréquentes quand elles portent sur un thème, sur un public comme celui des femmes ou de la violence à l’école. La question des jeunes devient un thème de plus en plus pris en compte. Jusqu’il y a deux ans, la question des jeunes était ignoré en Italie, elle devient l’objet de commandes. L’unique enquête de victimisation concernant les touristes a été menée à Séville en 92. La criminalité organisée est totalement ignorée, à part l’Italie et la  mafia qui en a fait son thème dominant pendant longtemps.
Les thèmes sont majoritairement concentrés sur la cellule familiale, sur le ménage. Avec même pour l’Italie, la prise en compte de la maltraitance des animaux domestiques ! Les espaces publics se réduisent au proche voisinage. Ce sont les vols et les agressions qui représentent l’essentiel des comportements décrits. Les délits dans la maison ou autour de la maison sont l’essentiel de l’insécurité décrite.
La régularité des enquêtes est très faiblement assurée à part l’Angleterre, la Catalogne et la Hollande qui font tous les ans l’enquête. Le Ministère fédéral de la justice allemand annonce une enquête nationale régulière à partir de l’année prochaine. Le reste des autres pays connaissent  plutôt une floraison d’enquêtes au gré des commandes du niveau national, régional ou local. Un autre obstacle à la comparabilité des enquêtes est la grande variabilité des échantillons au gré des budgets attribués.
Les niveaux d’enquête se concentrent majoritairement au national et au régional. L’Italie connaît avec citta secure un projet régional régulier depuis 1995 et intitulé « devianza, sicurezza ed opinione publica » appliqué à l’Emilie Romagne. La France et l’Allemagne connaissent des enquêtes au niveau des villes. Ainsi, dans les années 2000, Munich, Dortmund, Stuttgart, Lyon, Gand, Liège, Modene et Bologne sont parmi ces exceptions. L’Italie considère que le niveau local est difficile à atteindre pour la définition des échantillons. Il faut remarquer que la plupart des enquêtes ayant des applications locales se font sur des échantillons réduits (de l’ordre de 400 ) comme en Catalogne. Le « security monitor- belge et hollandais fait la synthèse du national et du local, ce dernier étant représenté par les villes sous contrat avec l’Etat.
Toutes les enquêtes se heurtent de plus en plus au problème des téléphones portables qui ne sont pas répertoriés. L’ex Allemagne de l’est comporte plus de mobile que de téléphones fixes. On peut penser que c’est le cas de tous les pays de l’Est. A défaut de téléphone reste le « face à face » méthode plus coûteuse. L’Allemagne recourt aux envois postaux. Son taux de retour est au maximum de 40- 50% ! Le défaut de  pertinence scientifique des échantillons est compensée, semble t’il , par la plus grande qualité des réponses des personnes qui répondent seules.
Il semble que les enquêtes menées sur des thèmes plus précis ont un meilleur taux de réponse. Les enquêtes espagnoles et italiennes sur les femmes ont eu un taux de non réponse de 5 points. Peut être la nouveauté favorise t’elle le taux de réponse. Il est même fortement conseillé d’analyser les refus de répondre en raison de la matière sensible donnant au refus une prise de position personnelle dans de nombreux cas.
Les Allemands s’orientent sur une « national survey on students » car le cadre de l’école permet un taux de réponse plus important en raison de l’encadrement apporté par les enseignants. Le public est à portée de main.
 L’usage  des résultats de ces enquêtes est majoritairement peu développé. Bien souvent le responsable ayant commandé l’étude ne s’en souvient plus[3] ou n’est plus en poste ; il apparaît que la commande est un moment important, la publication peut l’être comme en Catalogne ou en Belgique pour alimenter un débat politique mais apparemment ces enquêtes n’influent pas sur la détermination des actions ou indirectement. La scientificité de l’enquête n’est pas vraiment exigée, il suffit qu’elle soit attestée ou qu’elle en ait la forme. Les évolutions de la politique de sécurité et de prévention de la ville de Barcelone se sont faites au gré de la volonté des maires successifs et très peu au regard des résultats de l’enquête annuelle. Il en va autrement en Angleterre où les résultats sont intégrés dans les discours politiques et dans les décisions financières. Il faut noter la publication par le forum italien pour la sécurité urbaine des résultats de l’enquête nationale et régionale de 2002, montrant un grand effort de  sensibilisation des élus locaux à la question.
Le coût des enquêtes est très varié, mais reste à des niveaux compromettant leur régularité. La plus élevée en prix est celle du Royaume Uni avec un échantillon de 40 000 personnes pour un coût de 6 Millions de livres.

MMarcus
2007

[1] Mise en place en 2002 d’un Observatoire national de la délinquance avec enquête en 2003
[2] « indagine multiscopo sulle famiglie » portant sur 50 000 personnes
[3] Etude de Kasperzak T  montrant la mémoire courte des dirigeants politiques « Stadtstruktur, Kriminalitätsbelagstung und Verbrechensfurcht »