La situation des migrants à Malte : visite du centre de détention Safi

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Hal Safi, Malte, 7 mars 2012 – Le Centre de détention Safi pour migrants est situé sur une base de l’armée à Hal Safi, au sud-est de Malte, près de l’aéroport international. Il occupe un immeuble de trois étages à l’arrière de la base. Entouré de barbelés et avec des barreaux aux fenêtres, derrières lesquelles on aperçoit les détenus qui interpellent les visiteurs, le centre ressemble à une prison. Il est géré par le lieutenant-colonel Brian Gatt, qui reçoit la délégation du Comité exécutif de l’Efus.

Le lieutenant-colonel Gatt et ses collègues de l’armée et de la police, qui gèrent le centre conjointement avec des civils, présentent Safi aux visiteurs. Ce centre de détention pour migrants est le deuxième plus important de Malte. Dans la mesure où Malte a une politique de détention systématique des immigrants illégaux, tous les nouveaux arrivants sont dirigés vers un centre de détention. Les autorités procèdent alors à l’examen de leur situation et les inscrivent sur la base de données Eurodac de l’Union européenne, qui rassemble les empreintes digitales de tous les candidats à l’asile et immigrants illégaux. Ils sont aussi examinés par un médecin et reçoivent les soins nécessaires, si besoin.

Identifier les migrants et obtenir les papiers de leur pays d’origine est un processus long. Il est suivi d’une autre procédure pour déterminer au cas par cas si la personne a droit à l’asile, ce qui peut prendre jusqu’à un an bien que selon les autorités maltaises, la plupart des cas sont résolus en cinq mois. Lorsqu’ils reçoivent l’asile, les migrants sont relogés dans des centres ouverts où ils ont une chambre et des repas quotidiens. Ils reçoivent également un permis de travail et bénéficient des mêmes services sociaux et médicaux que les citoyens maltais.

Ceux qui ne reçoivent pas l’asile sont rapatriés dans leur pays d’origine, soit avec l’aide de Frontex (l’agence européenne des frontières) ou par des vols affrétés par le gouvernement maltais. Si la procédure d’octroi de l’asile n’est pas aboutie au terme de 18 mois, les migrants sont relogés dans un centre ouvert en attendant que leur cas soit résolu. Les enfants non accompagnés, les familles avec enfants, les femmes enceintes, les personnes handicapées et les personnes âgées sont toutes envoyées dans des centres ouverts, après examen administratif.

Lors de la visite de la délégation de l’Efus, en mars 2012, 218 personnes étaient détenues à Safi, dont 45 femmes. Le centre est divisé en cinq zones, toutes pourvues de chambres et de toilettes ainsi que d’une cuisine, un salon et une infirmerie. Un médecin est présent chaque jour. Il y a aussi une salle de classe où les migrants reçoivent des cours d’anglais et « d’adaptation ».

Selon le lieutenant-colonel Gatt, la situation à Safi s’est nettement améliorée depuis les émeutes qui y ont eu lieu l’année dernière. Lors de notre visite, de nombreux détenus nous interpellaient et essayaient d’attirer notre attention pour nous raconter leurs épreuves. Selon le lieutenant-colonel Gatt, le principal problème est que la majorité de ces migrants ne veulent pas rester à Malte. Ils sont arrivés ici alors qu’ils cherchaient à rejoindre, par mer, l’Europe continentale, pour y retrouver des proches et chercher du travail.

Notre guide précise que ce centre est relativement récent, depuis la recrudescence de l’immigration illégale qui a fait suite à l’entrée de Malte dans l’Union européenne, en 2004. Il reconnaît qu’il a fallu du temps pour que les services de détention s’améliorent mais ajoutent que les autorités maltaises ont fait d’importants efforts pour améliorer le traitement des migrants, notamment les plus vulnérables et ceux qui sont détenus dans ces centres.

La difficulté, dit-il, est de gérer la diversité culturelle des migrants. Ainsi, 36 nationalités sont représentées à Safi et, ajoute-t-il, il y a souvent des conflits entre Africains de l’Est et de l’Ouest, musulmans et chrétiens, et les diverses tribus et groupes ethniques. Des procédures spéciales ont été mises en place à Safi, avec l’aide notamment du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), en particulier pour les réfugiés somaliens qui constituent environ 55% des nouveaux arrivants et dont la majorité reçoit l’asile.

De plus, le centre de Safi coopère avec diverses ONG, notammentla Croix Rouge.En effet, lors de notre visite, nous avons croisé des délégués de cette organisation. Les autorités maltaises ont également amélioré les procédures d’octroi du droit d’asile, qui sont aujourd’hui plus rapides qu’il y a quelques années.

Selon le lieutenant-colonel Gatt, tous ces efforts portent leurs fruits. Lorsqu’il rencontre d’anciens détenus dans la rue, raconte-t-il, la plupart le saluent amicalement. « C’est un bon signe. »