Les défis auxquels sont confrontés les villes et les citoyens grecs pris dans la double crise économique et des réfugiés

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Athènes, Grèce, mai 2016 – Depuis six ans, la Grèce est frappée par un déclin économique sans précédent lié en partie à l’intensité et à la durée de la dépression économique récente. Les salaires ont chuté, le chômage augmente rapidement et les revenus des familles ont drastiquement diminué.

Selon une étude de l’Office du Budget du Parlement grec sur les revenus et conditions de vie des ménages en Grèce, 6,3 millions de Grecs vivent sur le seuil de pauvreté. Dans ce total, 2,5 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté relative calculé à partir du revenu moyen des ménages (60%) et 3,8 millions de personnes sont en risque de pauvreté à cause du chômage et des privations matérielles  (source: www.reporter.gr).

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De plus, selon Eurostat, le risque de pauvreté en Grèce est le plus élevé de toute l’Europe des 28. C’est l’un des pays avec le taux le plus élevé de pauvreté (23,1%) et l’écart de pauvreté est au quatrième rang de l’UE après l’Espagne, la Roumanie et la Bulgarie. Cette pauvreté croissante résultant de la crise économique est la cause de l’émergence d’une série de problèmes sociaux graves, notamment en matière d’inclusion et de cohésion sociales. Ceux-ci affectent particulièrement les groupes de population vulnérables, qui subissent de plein fouet les conséquences de la crise.

Le deuxième groupe le plus exposé est constitué des individus au chômage, ceux qui n’ont pas d’assurance, qui travaillent au noir, les immigrants rapatriés et autres groupes particuliers. Cette nouvelle pauvreté se manifeste également par des carences graves en ce qui concerne la qualité de vie, le logement, le chauffage, la possibilité d’accéder aux services de santé et d’éducation, aux espaces de culture et de loisirs (pauvreté extrême), de même que par un phénomène d’exclusion sociale engendré par l’inégalité économique. Tous ces facteurs affectent la sécurité personnelle des citoyens et accroissent leur sentiment d’être marginalisés.

La crise des réfugiés/migrants est devenue un problème national en Grèce et est rapidement en passe de devenir une question de démocratie. C’est une question nationale parce qu’à l’heure actuelle, et à l’avenir, il s’agit d’un problème crucial pour l’Europe et parce que la Grèce est maintenant le principal point d’entrée des réfugiés et des migrants. En parallèle, le durcissement des règles régissant les mouvements des personnes et les réticences croissantes des autres nations à laisser passer sur leur sol les réfugiés et les migrants ont créé un phénomène de « surpopulation » aux frontières, ce qui accroît le risque d’incidents. Le « mur » érigé par la Hongrie n’est qu’un début : la fermeture des frontières nationales conduit à une abolition de facto des accords de Schengen.

De plus, la mobilisation européenne à la suite des attentats atroces de Paris, qui comprend le contrôle des mouvements aux frontières, limite nécessairement le mouvement des populations en Europe, y compris dans la zone Schengen.

Tout ceci nous amène à poser cette question : de quoi ont besoin aujourd’hui les villes et les autorités municipales afin de contenir les effets de la double crise financière et des réfugiés, d’une part, et pour favoriser le développement et mettre fin à l’isolation et à l’exclusion sociales, d’autre part ?

Je crois qu’il est nécessaire de :

Α.  Établir des partenariats actifs entre les villes grecques et d’autres villes européennes, notamment celles d’Europe centrale. L’objectif clé serait d’amoindrir les inégalités et de renforcer une compréhension mutuelle des problèmes mais aussi des angoisses qui tourmentent les sociétés locales.

Β.  Au sein des instances de gouvernance de l’Efus (Comité exécutif et Assemblée générale) développer et débattre d’un « plan d’action » qui soit flexible et applicable rapidement afin de mobiliser davantage de villes grecques et d’encourager leur adhésion au réseau. En parallèle, l’Efus devrait échanger avec les instances institutionnelles représentant les autorités locales, notamment l’Union centrale des municipalités et communes de Grèce (KEDE selon l’acronyme en grec), et les autorités régionales (Unions régionales des municipalités).

  1. Organiser immédiatement des visites d’études, courant 2016, dans les villes frontalières et les îles auxquelles participeraient un nombre aussi grand que possible de membres de l’Efus d’autres nations européennes. Les représentants des villes de toute l’Europe doivent visiter les frontières européennes et manifester leur résolution et engagement à résoudre la crise. Ceci serait d’autant plus efficace s’il y avait une couverture presse dans les pays et régions d’origine des municipalités invitées et si des membres du Parlement européen ou du Comité des Régions (CdR) participaient également.

Je crois que tout ceci renforcerait l’importance de la collaboration entre les villes et municipalités situées le long de la « Route des Réfugiés » et démontrerait (enfin !) une coopération positive. Par « Route des Réfugiés », j’entends la côte d’Asie mineure, les îles Egée, le nord de la Grèce, et la vallée d’Axios tout du long jusqu’à l’Europe centrale. De « Route de la Peur et de l’Hostilité », celle-ci deviendrait la « Route de l’Humanité et de la Compréhension mutuelle », ce qu’elle a été pendant des milliers d’années. C’est en effet le long de cette route que les pratiques agricoles modernes, la culture et les idéaux de la civilisation moderne se sont répandus dans toute l’Europe.

Faire de la solidarité entre villes européennes une priorité et promouvoir les efforts pour la renforcer, couplé à une coordination efficace des actions locales et des activités présentées ci-dessus, aurait pour effet de soulager les populations, notamment celles des îles, qui se sentent « attaquées » par les crises et qui ont vu leur vie changer radicalement ces dernières années.

Il est possible de renforcer la compréhension mutuelle en Europe par l’échange de bonnes pratiques, par la mise en pratique d’idées utiles, par l’ouverture d’esprit et une planification intelligente. Nos seuls ennemis sont les terroristes, les fascistes et le malheur ; personne d’autre, à l’intérieur ou à l’extérieur de nos frontières, ne nous menace.

Rossakis_DimPar Dimitris Rossakis
Économiste et coordinateur de projets européens