Comment renforcer la sécurité réelle ou perçue la nuit ? Retour sur la webconférence de l’Efus sur la vie nocturne et la sécurité

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Europa-bei-nacht_1-1024x768 zoomParis, France, décembre 2020 – Les deux groupes de travail de l’Efus Vie nocturne et Sécurité et Innovation ont organisé une webconférence sur la vie nocturne et la sécurité dans le cadre des États généraux du droit à la fête du collectif Culture Bar-Bars, un partenaire de longue date de l’Efus, le 24 novembre. Les informations issues de ces états généraux, qui ont réuni quelque 160 000 participants en ligne selon les organisateurs, seront rassemblées au sein d’un Livre Blanc qui sera présenté à l’Assemblée nationale et aux collectivités territoriales françaises.

Nous revenons ci-dessous sur les thèmes de débat et les enseignements de cette webconférence qui a réuni des élus locaux et des représentants d’institutions de recherche, de la société civile, du secteur privé et de think tanks.


Pourquoi faut-il tenir compte du sentiment d’insécurité ?

Le sentiment d’insécurité est un phénomène complexe, varié et qui n’est pas nécessairement lié au taux réel de criminalité. Certaines études montrent que ce sont souvent les groupes statistiquement les moins touchés par la victimisation qui sont les plus inquiets sur la criminalité.
Comprendre les facteurs affectant la perception de sécurité des différents groupes de population permet de dissocier la peur du crime d’autres réactions émotionnelles telles que l’anxiété situationnelle, le choc, la colère ou la détresse. Le sentiment d’insécurité a un impact sur le bien-être individuel et collectif, le comportement politique et économique et sur la façon dont nous utilisons les espaces publics.
Ce dernier point est particulièrement important la nuit. La façon dont les résidents et visiteurs utilisent la ville change la nuit et leurs besoins et attentes ne sont pas les mêmes que dans la journée. Les réponses doivent donc refléter ces différences. La nuit, les références habituelles disparaissent ; les citoyens ressentent un certain malaise et une inquiétude qui alimente un sentiment d’insécurité spécifique. Pouvoir identifier et évaluer ces sentiments est une première étape afin de prendre des mesures correctives qui répondent aux besoins de toute la population.


Une approche de recherche participative

Elena Guidorzi, d’Experientia, cabinet de conseil en conception d’expériences utilisateurs et partenaire du projet TONITE, a présenté la méthodologie utilisée pour identifier les sentiments d’insécurité la nuit à Turin (Italie). Dans deux quartiers de la ville, les chercheurs ont collecté des informations au travers de marches exploratoires, d’entretiens et d’un sondage en ligne. Les résultats montrent que de multiples facteurs ont un effet sur le sentiment d’insécurité, notamment la fréquentation et les caractéristiques physiques d’un lieu. Les facteurs sociaux tels que la cohésion sociale, le réseau d’associations locales, le capital culturel des personnes interrogées et leur familiarité jouent aussi un rôle.
Randy Bloeme, de l’institut de recherche en politiques et innovation sociale DSP-Groep,
a expliqué comment celui-ci utilise aussi les marches exploratoires pour mesurer la façon dont les habitants perçoivent la nuit. Une bonne idée peut aussi être de demander aux habitants et aux acteurs de la nuit quelles solutions ils envisagent. Les associer au processus d’idéation permet de réfléchir sur les opportunités existantes et sur le rôle que peuvent jouer les individus. De même qu’Experientia, DSP-Groep observe que même des changements mineurs dans un espace public peuvent avoir un impact important sur le sentiment d’insécurité la nuit.
Aušra Pocienė et Aleksandras Dobryninas de l’Université de Vilnius (Lituanie) ont eux aussi insisté sur le besoin de bien comprendre un problème avant de concevoir une intervention. Cela comprend aussi un examen de la littérature existante et de la couverture presse. Dans le cadre du projet SHINE, ils étudient comment réduire le harcèlement sexuel dans les lieux de vie nocturne.


Mesures de prévention et de réduction des risques associant de nombreux acteurs

Les trois intervenants de la webconférence ont souligné que ce n’est pas seulement le processus de recherche qui peut bénéficier de la participation de nombreux acteurs mais aussi l’élaboration et la mise en œuvre de solutions. Randy Bloeme a souligné que souvent, la réponse aux problèmes consiste à intensifier les mesures de police. Mais il existe des alternatives, telles que l’approche festival, qui consiste à mettre en place un système logistique clair permettant aux gens de bouger vite et facilement. Un tel système comprend des équipements basiques et une signalétique claire. L’approche festival demande la collaboration entre les services d’assistance et les institutions tels que la police, la gestion des déchets et les premiers secours.
L’Université de Vilnius a observé que pour réduire le harcèlement sexuel dans les lieux de nuit, une bonne méthode consiste à mettre en place des réseaux de soutien entre les habitants, les responsables de lieux de nuit, les autorités locales et la police. Il s’agit d’éduquer le public et de le sensibiliser sur la responsabilité sociale et le harcèlement de genre et sexuel. Une telle approche demande la participation des établissements de nuit, qui doivent être encouragés à remettre en question leurs perceptions et à mettre en place des standards d’intervention en cas de harcèlement sexuel.


Le rôle des collectivités territoriales

Elena Guidorzi a souligné que la collaboration et la coopération ne sont pas toujours aussi faciles qu’on le souhaiterait, mais qu’associer de nombreux acteurs à un projet peut faciliter le dialogue et la sensibilisation. Les municipalités ont une grande expertise dans la compréhension de problèmes complexes. Elles ont aussi des relations bien établies avec les associations et les leaders locaux et peuvent jouer un rôle d’intermédiaire.
Un autre outil important à disposition des autorités locales consiste à établir un dialogue entre les acteurs impliqués dans les activités festives, qui souvent associent aussi les habitants. L’essentiel est de garantir que la vie nocturne soit sûre et saine pour tout le monde (fêtards, habitants et ceux qui travaillent la nuit).
Dans l’exemple donné par Randy Bloeme, le dialogue avec les habitants des quartiers de vie nocturne d’Amsterdam (Quartier Rouge, Place Rembrandt et Place Leidse) fait partie intégrante de l’approche festival et favorise un climat de collaboration qui bénéficie à tout le monde. Les habitants savent que les activités ont lieu mais que la municipalité fait tout ce qui est en son pouvoir pour réduire les nuisances excessives.
Si une telle approche fonctionne très bien dans les quartiers de nuit bien établis, elle est plus difficile à mettre en place dans les quartiers moins fréquentés. Là, il peut être intéressant d’aller plus loin en impliquant directement les habitants dans la création d’un calendrier concerté d’activités.
Un tel outil est déjà utilisé par certaines villes en Europe, telle que Bordeaux en France, pour pallier les fausses nouvelles sur ce qui se passe dans un quartier et ainsi renforcer le sentiment d’appartenance des habitants, qui est très lié à leur sentiment de sécurité.


> Vous pouvez suivre les activités des groupes de travail Vie nocturne et Sécurité et Innovation sur Efus Network

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