PACTESUR – Un entretien avec la spécialiste en sécurité Susanne Skov Diemer

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Susanne Skov Diemer est consultante, spécialiste en sécurité et réduction des risques, avec 25 ans d’expérience dans ce domaine. Depuis 2019, elle est membre du Comité consultatif d’experts de PACTESUR. Son nouveau livre explore comment les citoyens peuvent mieux se préparer face aux menaces, qu’il s’agisse de terrorisme, de cyberattaques ou de catastrophes naturelles.

L’entretien a été réalisé en anglais. Vous pouvez trouver la version originale ici.

Quel est le thème de votre livre ? 

forbered_dig-1-scaledCe livre est un guide moderne de survie urbaine, étape par étape, sur comment se protéger et demeurer (relativement) sain d’esprit en cas de crise, d’urgence ou de catastrophe, par exemple lors d’une cyberattaque ou d’une attaque terroriste. Il traite également des situations de troubles sociaux, d’inondations ou quelque chose d’aussi simple qu’une panne électrique. Il s’agit de prévention, de préparation et de sensibilisation. 

Le livre met l’accent sur la participation des citoyens à la gouvernance locale et à la gestion des risques et explique pourquoi et comment les citoyens doivent assumer leur  part de responsabilité en cas de crise. Mon livre offre un guide pratique sur les menaces potentielles actuelles et comment nous pouvons les gérer.

L’un des principaux objectifs du projet PACTESUR est de sensibiliser les citoyens et les responsables politiques locaux à leur rôle préventif et de promouvoir la co-production des politiques de sécurité urbaine. En quoi votre  livre contribue-t-il à ce débat ? 

Un point important du livre est d’améliorer la compréhension, la préparation et la sensibilisation des citoyens face aux menaces potentielles, en particulier dans les espaces publics. Les collectivités doivent mieux sensibiliser les citoyens pour mieux les préparer face aux menaces telles qu’une attaque terroriste. Par exemple, nous savons qu’en cas d’incendie, nous ne pouvons pas utiliser l’ascenseur. Nous avons internalisé ce comportement à adopter en cas d’incendie parce que nous sommes habitués à voir le panneau « Ne pas utiliser l’ascenseur en cas d’incendie ». Cependant, nous n’avons pas encore développé une culture de sécurité collective contre le terrorisme ou d’autres menaces actuelles. 

Si les citoyens avaient une meilleure compréhension de ces menaces, le travail des autorités locales et nationales et de la police en matière de protection des espaces publics ne serait pas entravé. Ceci est un objectif clé de mon livre : réduire ces écarts en partageant des savoir-faire et des recommandations destinés aux citoyens. 

Comment pouvons-nous améliorer la communication dans la gestion de crise ?

Il est essentiel que les citoyens soient préparés face à une crise, surtout mentalement. Le stress et la peur peuvent provoquer des comportements irrationnels et préjudiciables. La crise sanitaire du COVID-19 nous a montré que les citoyens ne réagissent pas tous de la même manière face aux recommandations des autorités publiques. Au début de la pandémie, les gens ont paniqué et stockaient du papier toilette, des conserves ou de la farine. Des informations souvent insuffisantes et peu claires, ainsi que des recommandations contradictoires de la part des gouvernements ont joué un rôle énorme dans la réaction des citoyens face à cette crise. De plus, les premières mesures prises par les autorités n’ont pas rassuré les citoyens, et certains d’eux ont même perdu confiance dans leurs gouvernements. 

Les autorités locales et nationales doivent donc améliorer la fiabilité, la rapidité et l’efficacité de leurs canaux de communication afin de mieux expliquer les menaces et les comportements à adopter en cas de crise. La sensibilisation du public, la transparence et l’ouverture sont essentielles : lorsque les citoyens comprennent mieux les menaces, ils réagissent de manière plus constructive et responsable. Il est plus facile de guider un public  informé qui comprend les risques et ses conséquences. 

Il est également essentiel de privilégier l’utilisation des canaux de communication officiels afin de mettre un terme à la diffusion de fake news, de renseignements trompeurs, de demi-vérités ou d’hypothèses. Cela peut être la mise en place de sites web officiels ou de plateformes de réseaux sociaux, où les autorités locales et nationales peuvent poster des informations fiables ou ajouter des mises à jour en direct. Par exemple, la police danoise a publié sur ses réseaux  sociaux des informations clés, des faits et des recommandations sur le Covid-19. En cas de crise, elle utilise un hashtag spécial, qui est #kriseinfodk (informations sur la crise au Danemark), où elle s’attaque également aux rumeurs pour contrer les fake news. Le service des urgences, des crises et des catastrophes du Danemark est également très actif sur les réseaux  sociaux. Ils partagent des conseils sur la manière de prévenir les conséquences des catastrophes naturelles et fournissent des recommandations simples en cas d’incendie ou d’explosion (voir photo ci-dessous). Ces plateformes sont devenues une ligne de communication efficace, rapide et directe avec les citoyens avant, pendant et après une crise. En cas de catastrophe, de crise ou d’urgence, les citoyens et les médias danois savent qu’ils peuvent compter sur ces canaux de communication officiels pour éclaircir les faits et obtenir les dernières mises à jour et des recommandations. 

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En résumé, les autorités doivent mieux communiquer le fait qu’elles ne peuvent pas – et ne doivent pas – gérer une crise seules. Il s’agit d’un effort conjoint qui implique les citoyens. Il s’agit de faire en sorte que nous, les citoyens, puissions prendre soin de nous-mêmes afin que les forces de l’ordre disposent du temps et de l’espace nécessaires pour faire ce qu’elles ont à faire. Cela est conforme à l’un des objectifs clés de PACTESUR : sensibiliser les citoyens et les décideurs politiques à leur rôle dans la prévention des menaces dans les espaces publics. Les citoyens doivent être impliqués dans la coproduction de la sûreté et de la sécurité. 

Comment les citoyens peuvent-ils aider les autorités locales à protéger les espaces publics contre les menaces ?

Si les citoyens sont préparés sur le plan émotionnel et pratique, les autorités publiques peuvent mieux se concentrer sur la gestion des crises et des situations d’urgence. Dans mon livre, je donne des conseils aux lecteurs sur comment mieux se préparer et mieux répondre aux menaces potentielles. On ne peut pas attendre tout des autorités ; les citoyens doivent prendre leur part de responsabilités dans la préparation d’une crise à tous les niveaux. 

Sur le plan personnel, j’encourage les familles à établir un plan en cas d’urgence : que faire en cas de crise ou d’accident ? Qui fait quoi et où ? « Ne pas utiliser les transports publics », « dans ce cas là signaler l’incident »,  « demander de l’aide », « rentrer chez soi ». Ces recommandations comprennent également le stockage de nourriture et d’eau et s’assurer qu’on a une trousse de premiers secours. Cela peut sembler élémentaire, mais cela permettrait aux autorités locales de mieux gérer leur temps et leurs efforts sur les questions clés. J’encourage également les citoyens à créer ce que j’appelle une « cellule » Une telle cellule peut être composée de parents, d’amis ou de voisins qui établissent ensemble un plan en cas d’urgence. C’est particulièrement important si vous avez des enfants qui font des allers-retours entre les domiciles  de leurs parents divorcés, ou si vous avez des parents âgés. Un tel plan permet non seulement d’éviter la panique et le stress en essayant de retrouver vos proches, mais aussi que les services d’urgence ne soient débordés, par exemple lorsque les lignes téléphoniques sont saturées. À l’école, les enfants doivent recevoir une formation, avec des directives et des conseils pour les situations d’urgence. À Copenhague, je donne des conférences de sensibilisation aux risques pour les étudiants étrangers, par exemple pour prévenir et réduire le risque d’enlèvement dans les espaces publics.

Dans les années 1970, les pays scandinaves étaient mieux préparés aux scénarios les plus pessimistes. À l’époque, les citoyens savaient quoi faire en cas d’attaque nucléaire soviétique, des bunkers communautaires étaient construits et de la nourriture était stockée. Aujourd’hui, le monde a changé, les attaques terroristes ont pris différentes formes et les mêmes réponses et outils ne suffisent plus. J’appelle cela « la vérité qui dérange », mais le risque existe et nous devons nous attaquer au problème de front. Une communication ouverte et claire est cruciale pour une gestion de crise réussie. 

Vous avez été nommée conseillère en matière de sécurité pour le projet européen MONICA, un projet sur la manière dont les villes peuvent utiliser les technologies de l’Internet des Objets (IdO) pour gérer la sécurité lors des grands événements. Vous avez également aidé des architectes à intégrer des solutions de sécurité et des mesures de prévention du terrorisme dans la planification et l’aménagement urbain. Qu’avez-vous appris de ces expériences ? 

En travaillant avec les secteurs public et privé dans différents domaines économiques et différents pays, j’ai pu apprécier l’importance de la coopération public-privé dans la conception et la mise en place de solutions adaptées pour gérer la sécurité lors de grands événements et assurer la sécurité des villes et des pays. Ces expériences  m’ont conforté dans l’idée que nous avons besoin d’une coopération mieux coordonnée et plus définie entre les secteurs public et privé en matière de sécurité. Nous devons maximiser les synergies et partager les informations, les meilleures pratiques et les expériences dans l’intérêt et pour la sécurité de tous. 

Le projet MONICA, qui regroupe 29 partenaires de 9 pays, montre comment les villes peuvent utiliser les technologies IdO pour mieux gérer la sécurité de grands événements culturels. En revanche, il montre également à quel point une société est vulnérable en cas de défaillance technologique et comment il est facile pour les hackers de saboter les réseaux internes. Une solution IdO parfaite n’est malheureusement plus parfaite en cas de panne d’électricité. C’est pourquoi je pense que nous devrions toujours disposer d’une sauvegarde analogique sur ses questions. C’est particulièrement dans le domaine de la sûreté et de la sécurité, lorsque la santé et la sécurité des citoyens sont en jeu. Il s’agit en effet d’une tâche très compliquée, mais c’est un processus où tout le monde est gagnant

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? Diemer (1)

Le livre a été élaboré pendant des années et c’est le premier du genre au Danemark. Depuis 25 ans, je suis consultante en réduction des risques et analyste en sécurité et je suis ravie de partager un guide pratique après toutes ces années dans le monde de la sécurité, autant dans le secteur public que privé que dans le secteur associatif, en Europe et aux États-Unis.

Je souhaite donner aux lecteurs des outils et des recommandations pour mieux se préparer aux situations d’urgence, aux catastrophes et aux crises, et pour mieux collaborer avec les autorités. Nous ne pouvons pas attendre des autorités qu’elles fassent tout pour nous. Nous pouvons – et devons – faire la différence en assumant nos responsabilités. Nous le devons à nous-mêmes, à nos familles, à notre communauté et à notre pays. 

Les opinions exprimées dans cette publication sont celles des auteurs. Elles ne prétendent pas refléter les opinions ou les points de vue de l’Efus.

À propos de l’autrice

  • Susanne Skov Diemer est une spécialiste en sécurité et réduction des risques, avec 25 ans d’expérience dans ce domaine. Depuis 2019, elle est membre du Comité consultatif d’experts du projet PACTESUR. 
  • Elle a également participé à la gestion de la sécurité et à la coordination de visites d’État, de la présidence danoise du Conseil de l’UE, de la COP15, de la réunion du Comité olympique international, parmi d’autres grands événements.
  • Elle a reçu plusieurs prix du gouvernement américain pour son travail au sein du Service de Sécurité diplomatique du Département d’État des États-Unis.

À propos du livre 

  • Publié par People’s Press, Forbered dig bedst på det værste (Préparez-vous le mieux au pire) est sorti au Danemark en septembre et figure depuis lors dans le top 10 des best-sellers hors fiction.
  • Une version en anglais est en cours de préparation et peut être pré-commandée à l’adresse suivante : book@susanneskovdiemer.com 

LE PROJECT PACTESUR

  • Le projet PACTESUR vise à renforcer les capacités des villes et des acteurs locaux dans le domaine de la sécurité des espaces publics confrontés aux menaces, entre autres, terroristes.
  • A travers une approche ascendante, le projet fédère décideurs locaux, forces de sécurité, experts de la sécurité urbaine, urbanistes, développeurs informatiques, formateurs, designers et autres professionnels afin d’élaborer de nouvelles politiques locales européennes pour sécuriser les espaces publics contre le risque d’attentat terroriste.
  • Le projet est financé à 90% par le programme Sécurité Intérieure de la Direction générale Migration et Affaires intérieurs de la Commission européenne.
  • Consulter le site officiel du projet PACTESURLogo PACTESUR

Contact:

2020-11-24

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