La police prédictive est-elle efficace ? Une conférence en ligne organisée par le groupe de travail de l’Efus Sécurité & Innovation

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Paris, France, juillet 2020 – Dans le cadre de son groupe de travail Sécurité & Innovation, l’Efus lance une série de webconférences sur les nouvelles technologies et la sécurité urbaine afin de promouvoir l’échange d’expériences entre pairs. Ainsi, une conférence a eu lieu en ligne le 25 juin sur le thème de la police prédictive au cours de laquelle participants et experts ont échangé sur l’efficacité et les impacts de cette approche relativement nouvelle dans les pays européens.


La police prédictive : prévoir la probabilité d’un délit

La police fonde son travail sur le renseignement depuis bien avant l’arrivée de l’intelligence artificielle et des big data. Aujourd’hui, le développement de la puissance informatique et la numérisation des informations rendent possible l’accès à de très grandes quantités de données. Cela permet à la police de travailler plus rapidement à la collecte et l’analyse des données et de développer des méthodes de police prédictive. L’utilisation des données et de méthodes statistiques permet de « prévoir » la probabilité de criminalité dans deux domaines-cibles : les lieux où les délits sont commis et les individus qui peuvent être impliqués dans des activités criminelles, soit comme victimes, soit comme auteurs.

Dans le cadre du projet européen Cutting Crime Impact (CCI), Maximilian Querbach, chercheur au Bureau des enquêtes criminelles de Basse-Saxe (Allemagne), a analysé l’état de l’art de la police prédictive dans les pays membres de l’Union européenne.

Les Pays-Bas ont mis en place dès 2017 leur Système d’Anticipation des Délits (Crime Anticipation System, CAS), qui identifie les points chauds d’un territoire. Les données proviennent de nombreuses bases de données, notamment la base de données nationale sur la criminalité, et comprennent des informations sur les délits passés et les délinquants connus des services de police.  

L’État de Basse-Saxe a opté pour l’approche de police prédictive en réponse à une recrudescence des cambriolages. Le programme PreMAP, développé en interne, utilise une approche near-repeat (« presque-répétition ») pour identifier des facteurs prédictifs tels que le type de biens volés et le modus operandi des cambriolages. D’autres états allemands utilisent le programme PreCOPS qui est aussi fondé sur l’approche near-repeat. Outre les données historiques sur la criminalité, ce programme s’appuie sur des données issues de la criminologie et de la psychologie.


Les aspects éthiques, légaux et sociaux de la police prédictive

Alors qu’une série d’événements dans le monde a déclenché un débat international sur les méthodes de police, notamment en matière de racisme présumé et d’usage inapproprié de la force, il est important de comprendre comment les préoccupations éthiques sont prises en compte. Le professeur Oskar Gstrein de l’Université de Groningen (Pays-Bas), expert auprès du projet CCI, a analysé les aspects éthiques, légaux et sociaux de la police prédictive en insistant notamment sur les questions de sélection des données et de biais-machine, de transparence et de responsabilité, ainsi que la stigmatisation de certains groupes de population et quartiers. Ces problèmes peuvent être mitigés si l’on associe ces groupes au processus et si l’on résout de façon systématique les questions liées aux processus de sélection des données et à l’équité des évaluations d’impact.

Günter Okon et Kira Langanki, de l’Institut allemand de Prédiction Fondée sur les Modèles (Institute for Pattern-Based Forecasting, IfmPt), qui développe PreCOPS, a partagé quelques enseignements. Les agents de police doivent suivre des formations régulières pour comprendre le fonctionnement de la technologie et évaluer et répondre aux résultats obtenus. Toutefois, certains peuvent douter de l’efficacité de cette approche et les agents de police n’ont pas toujours et le temps nécessaires pour élaborer des réponses innovantes aux prédictions. Il est important de comprendre les attentes d’un service de police afin de développer des programmes qui répondent à de telles attentes.

Le professeur Gstrein a renchéri dans ce sens en soulignant que la police doit comprendre le fonctionnement d’un système en ce qui concerne la protection des données. Les intervenants sont convenus que l’approche de police prédictive doit être mise en place dans le cadre des systèmes déjà en place et compléter les techniques existantes. Bien que l’évaluation des méthodes de police prédictive ait montré ses limites, elle constitue néanmoins un outil intéressant pour améliorer le management et la communication au sein des départements de police.


Quelques points clés :

  • Les avancées en matière de numérisation des informations facilitent le travail de la police en matière de collecte et d’analyse des données et donc de « prédiction » quant à la probabilité de délits.
  • Malgré le potentiel de la police prédictive, certains agents doutent de son efficacité pour prévenir les crimes et délits.
  • Les méthodes de police prédictive demandent que les agents soient dûment formés à l’utilisation des programmes informatiques et qu’ils comprennent bien leur fonction et leurs avantages. Ce sont les agents qui évaluent cette approche et choisissent de répondre en fonction des résultats obtenus.
  • Comprendre la technologie qui sous-tend la police prédictive et débattre de son efficacité nous permet de dépasser les discours faciles – soit trop optimistes, soit trop pessimistes – et d’engager un dialogue fructueux sur les aspects éthiques, légaux et sociaux.
  • Les évaluations montrent que les méthodes de police prédictive ont une efficacité limitée, mais la méthode permet de remettre en question les biais dans les données de police historiques et la façon dont les données sont collectées et sélectionnées. Si l’évaluation est utilisée correctement et en coopération de la société civile, elle permet de responsabiliser davantage la police.
2020-07-27

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