Comment créer une campagne de discours alternatif efficace ? Un webinaire LOUD

Also in... (English)

ddddParis, France, avril 2020 – Quel est le rôle des discours alternatifs dans la prévention de la discrimination, de la polarisation et de la radicalisation au niveau local ? À quoi ressemble une campagne réussie ? Quels acteurs impliquer ? Le projet LOUD (Local Young Leaders for Inclusion), mené par l’Efus (janvier 2019 – janvier 2021), a examiné ces questions lors d’une webinaire, le premier d’une série, qui a réuni 50 participants en ligne, le 19 mars.

Le webinaire était présenté par Maria Lozano du Radicalisation Awareness Network (RAN) de l’Union européenne, qui est experte pour le projet LOUD. Maria Lozano avait déjà collaboré avec l’Efus en tant qu’experte sur le projet Local Voices (« Stratégies locales de communication pour prévenir l’extrémisme »).


> L’importance de communiquer localement

L’un des facteurs de succès clés d’une campagne est son aspect local. « Les extrémistes ont une approche locale lorsqu’ils élaborent leur campagne, notamment parce que les jeunes sont plus enclins à croire aux discours qu’ils reçoivent localement. C’est aussi parce que c’est ce que font les extrémistes : ils répondent à des problèmes locaux », a remarqué Maria Lozano. « Les discours alternatifs doivent donc aussi être locaux : ils doivent avoir un contenu local, évoquer des vulnérabilités locales, et ils comptent sur des facteurs locaux de résilience. Ils doivent aussi utiliser des voix locales. Cette approche locale est applicable aussi bien hors qu’en ligne ».
Les autorités locales sont particulièrement bien placées pour diffuser des campagnes qui ont de l’impact parce qu’elles peuvent les élaborer et les produire localement à partir de leur connaissance approfondie du contexte local, de la population locale et des acteurs locaux pertinents. Les autorités locales ont un rôle clé à jouer dans la prévention des phénomènes de discrimination, polarisation et extrémisme violent, notamment par le biais de telles campagnes. De fait, c’est précisément le propos du projet LOUD.


> Les quatre approches de la prévention et des campagnes de contre-discours

1) Compétences médiatiques
La capacité à repérer les médias fiables ne doit pas être considéré comme un projet en soi mais plutôt comme faisant partie de la « formation à la démocratie ». « Le concept de la pensée critique doit être appliqué tous les jours, dans notre vie quotidienne », dit Maria Lozano.
2) Obtenir le soutien des entreprises de technologie
La deuxième approche consiste à rallier les entreprises de technologie pour qu’elles refusent les contenus extrémistes et les retirent si nécessaire. « La technologie permet de retirer du web les contenus extrémistes », dit-elle.
3) Promouvoir des discours alternatifs
La troisième approche est liée au projet LOUD et consiste à promouvoir des discours alternatifs avec des messages positifs, par exemple sur les valeurs universelles ou les modèles de comportement. « Il s’agit de renforcer le système immunitaire de la société, la résilience des individus et de la communauté ».
4) Utiliser les discours alternatifs pour dénoncer les discours et les organisations extrémistes
Elle aussi liée à LOUD, cette quatrième approche cherche à dénoncer les discours et les organisations extrémistes. Il s’agit d’abord de rechercher des informations sur les publics visés par de tels discours et ensuite de les cibler précisément, sinon la campagne risque de ne pas donner les résultats escomptés ou pire, de produire l’effet inverse.


> Le principe « ne pas nuire »…

Le principe « ne pas nuire » est fondamental et s’applique à toutes sortes de domaines autres que la communication (par exemple la recherche et la médecine). Cela signifie que l’on doit veiller à ce que la campagne ne produise pas d’effets contraires ou de dommages collatéraux, et donc être conscient de ce qui fonctionne ou non.


… et autres facteurs clés de succès

Quelle que soit l’approche choisie, toute campagne de communication suit le même modèle, c’est-à-dire des objectifs clairs et précis et une compréhension fine du public ciblé. Il ne s’agit pas seulement de connaître ses caractéristiques socio-économiques mais aussi son environnement de communication, c’est-à-dire ses opinions, les messages qu’il reçoit ou émet, ou ce qui le fait réagir émotionnellement.
Maria Lozano recommande d’associer des représentants du public-cible à l’élaboration et à la mise en oeuvre de la campagne, soit directement, soit par le biais d’associations ou autres organisations de la société civile en contact avec ce public.


> Être interactif et favoriser le dialogue

Afin qu’ils aient un impact, le ou les messages de la campagne doivent être relayés de façon interactive, c’est-à-dire à l’opposé d’une approche descendante. Une bonne campagne doit favoriser le dialogue et non pas prêcher.
Il convient d’éviter un certain nombre d’écueils lorsque l’on communique en ligne. Le premier est d’être trop long et d’enterrer le message sous des informations trop nombreuses et peu pertinentes (surtout en ligne où les messages sont courts et où les gens les lisent ou visionnent rarement en entier). Un autre est celui d’être invisible parce que le contenu n’est pas suffisamment actualisé. Un troisième est d’utiliser le mauvais canal de communication, par exemple Facebook (ou autre plateforme) est-il approprié pour un message ou une audience donnés, ou vaut-il mieux utiliser Instagram (ou autre plateforme) ?


> Le rôle crucial de l’évaluation

L’évaluation permanente est cruciale, depuis la conception de la campagne jusqu’à sa mise en oeuvre et son impact. « Il faut inclure l’évaluation aussi tôt que possible dans l’étape de planification afin d’ajuster si nécessaire la campagne et les activités, et ensuite de l’évaluer », affirme Maria Lozano. Elle recommande d’associer à l’évaluation des représentants du public visé. (Note : nous reviendrons sur le sujet fondamental de l’évaluation dans notre quatrième et dernier webinaire LOUD en juin, voir date ci-dessous).


> Associer les acteurs locaux

Les autorités locales sont vivement encouragées à associer les organisations de la société civile, les communautés locales et les représentants du public cible à toutes les étapes de leur campagne de communication, dont l’évaluation.
La participation des acteurs locaux donne de la crédibilité à la campagne, ce qui est d’autant plus important que les programmes de prévention et les campagnes de communication des autorités locales n’ont pas toujours la crédibilité souhaitée auprès de leur public cible. Une telle démarche permet aussi aux autorités locales d’utiliser les réseaux des organisations de la société civile.
Maria Lozano recommande vivement d’associer ces acteurs à l’évaluation des différentes phases de la campagne. Cela permettra aux organisateurs d’éventuellement adapter le contenu ou de modifier le canal de diffusion en fonction des retours qu’ils reçoivent.


> Plus d’information sur le projet LOUD
> Voir le webinaire (enregistré)
> Les trois prochains webinaires LOUD seront mis en ligne les 22 avril, 20 mai et 24 juin. Pour s’inscrire (gratuitement), voir la page web du projet LOUD (indiquée aussi ci-dessus).

2020-04-22

1587561874

19195