Les collectivités européennes se mobilisent contre les discriminations dans le sport amateur

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L’Union européenne a posé les fondations d’une politique sportive européenne avec le Livre blanc sur le sport de 2007 et le plan d’action « Pierre de Coubertin » qui lui est annexé. Depuis le traité de Lisbonne (2009), elle dispose d’une base juridique pour soutenir le sport de manière structurelle grâce au programme Erasmus+. Le Plan de travail de l’Union européenne en faveur du sport (2017-2020), adopté en 2017, constitue le document stratégique le plus complet de l’UE dans ce domaine. Ces axes principaux sont : l’intégrité du sport ; sa dimension économique, et le sport et la société.

C’est ce troisième point qui intéresse tout particulièrement le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus). Association créée en 1987 et regroupant 250 collectivités locales et régionales européennes, l’Efus travaille sur ces questions de longue date dans le cadre de sa mission de prévention de l’insécurité urbaine. Aujourd’hui, il mène un projet européen, MATCH-SPORT, centré sur la prévention de la discrimination dans le sport amateur.


> Un tiers des Européens inquiets de la discrimination dans le sport

Selon diverses études de l’Union européenne, 60% de la population de l’UE pratique un sport amateur, avec de fortes variations entre pays. Mais lorsqu’on demande aux Européens quels en sont les aspects négatifs, 18% répondent la violence et 32% mentionnent la discrimination¹. De même, un rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (Fundamental Rights Agency, FRA) datant de 2010 confirmait la présence de violences discriminatoires dans le sport et notamment un phénomène relativement nouveau d’agressions contre les musulmans, les Rom, les minorités ethniques, les homosexuels et les réfugiés.

Pour autant, le sport professionnel et amateur est aussi un domaine par excellence permettant de promouvoir, notamment auprès des jeunes, la tolérance et les valeurs civiques. De fait, l’Union européenne met en avant le rôle du sport pour favoriser l’inclusivité sociale dans son Plan de travail pour le sport 2017-2020.


> Un projet de coopération européenne pour agir localement

Par définition, le sport amateur s’exerce localement et c’est donc à ce niveau qu’il est possible d’agir de façon concrète et directe pour prévenir le racisme et toutes formes de discrimination, notamment (mais pas exclusivement) celle qui vise les filles, souvent moins visible et moins rapportée. C’est dans ce sens que l’Efus a notamment mené le projet Sport + (2015-2016) et créé le Prix européen pour l’intégration sociale par le sport, qui a inspiré la Commission européenne à lancer les #Beinclusive Awards.

Auparavant, l’Efus avait initié le projet « Euro 2000 – Villes contre le racisme » visant à lutter contre le racisme lors du championnat d’Europe de l’UEFA co-organisé en Belgique et aux Pays-Bas. Plus récemment, en 2010, l’Efus a été officiellement reconnu par l’UE comme interlocuteur privilégié en matière de prévention des violences lors de grands événements sportifs, notamment en ce qui concerne la coopération des institutions avec les autorités locales².


> Six municipalités européennes

Cofinancé par Erasmus +, les principaux objectifs du projet MATCH-SPORT de l’Efus sont de développer ou renforcer des programmes pour contrer et prévenir les violences et discriminations dans le sport amateur ; aider les autorités locales à acquérir une meilleure connaissance des violences, des discriminations et des stratégies pour les prévenir, et donner aux partenaires locaux (clubs de sport, associations, institutions autres que les autorités locales) des outils adéquats pour répondre aux problèmes de façon cohérente et globale. En effet, ces derniers sont souvent bien conscients de ces problèmes mais s’estiment mal outillés pour y répondre.

MATCH-SPORT réunit six municipalités européennes – Liège (Belgique), Lisbonne (Portugal), Loano (Italie), Maranello (Italie), Nea Propontida (Grèce) et Valence (France) – ainsi que l’Académie européenne des sports Brandenbourg (Allemagne), l’Union italienne sport pour tous (UISP), et le ministère de l’Administration interne du Portugal.


> Une vision panoramique des problèmes et des projets pilotes locaux

L’un des aspects importants du projet est qu’il permet à des autorités locales de divers pays, chacune avec leurs spécificités, d’échanger leurs expériences et ainsi de s’enrichir mutuellement dans un domaine où l’on manque encore de données et de politiques globales. Cette approche de terrain correspond aux aspirations des municipalités qui recherchent des solutions concrètes.

Un autre volet consiste à établir un panorama de la discrimination et des violences à travers l’Europe. Les partenaires du projet ont consacré plusieurs mois à réaliser cette étude pan-européenne : il s’agissait tout d’abord de définir précisément ce qu’on entend par violence discriminatoire, puis d’analyser le phénomène à travers deux axes – comment se fait la récolte de données et le niveau de sensibilisation des acteurs – et enfin d’étudier comment les autorités locales y répondent. Ils ont ainsi rassemblé une série de 18 bonnes pratiques (trois pour chaque municipalité participant au projet), qui seront incluses dans un recueil. Pour donner un exemple, la municipalité italienne de Maranello a développé une « Charte éducative pour les jeunes et le sport » qui propose un ensemble de principes régulant l’activité sportive locale centrés notamment sur les besoins et les attentes des jeunes. L’une des activités déployées dans le cadre de cette charte est le championnat Fair Play qui récompense les clubs, tous sports confondus, ayant manifesté le meilleur esprit civique et de tolérance.


> Un festival pendant la Semaine européenne du sport

Parallèlement, le projet développera des modules de formation destinés aux clubs mais aussi aux bénévoles, en incluant les parents, pour les aider à détecter, prévenir et contrer la discrimination.

La prochaine phase du projet consistera à concevoir et mettre en place des projets pilotes dans les six villes partenaires, qui seront tous assortis de cette formation.

MATCH-SPORT s’achèvera par un festival qui sera organisé par l’UISP en collaboration avec l’Efus pendant la Semaine européenne du sport, à l’automne 2020.


Mariaelena Mililli
Maire adjointe au tourisme, la promotion du territoire, le sport, la culture et aux événements, à la légalité, au commerce et aux activités productives et à l’égalité des chances
Ville de Maranello (Italie)


1 : Eurobaromètre spécial, Les citoyens de l’Union européenne et le sport, 2004

2 : Conclusions du 3051ème Conseil JUSTICE et AFFAIRES INTERIEURES Bruxelles, les 2 et 3 décembre 2010, Conseil de l’Union européenne

2019-12-18

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