Cutting Crime Impact : ce qui fonctionne ou non dans les projets européens centrés sur la prévention de la petite délinquance

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Dans le cadre du projet Cutting Crime Impact (CCI), l’Efus a étudié les projets européens destinés à prévenir ou réduire la petite délinquance. Quels outils et solutions sont le plus généralement recommandés ? Quels sont les freins à leur adoption par les utilisateurs finaux (polices et décideurs politiques) ?

Paris, juin 2019Il est bien connu que la petite délinquance a un impact sur les habitants des quartiers où elle s’exerce comparé à la gravité des infractions : les vols de scooters ou le vandalisme dans les halls d’immeuble génèrent un sentiment d’insécurité qui, à terme, peut dégénérer en perte de confiance dans les institutions démocratiques ; à cause des cambriolages, par exemple, les riverains se sentent en insécurité chez eux. 

Le projet européen Cutting Crime Impact (CCI), mené depuis le mois d’octobre 2018 par l’Université de Salford (GB) et auquel participe l’Efus, a pour objectifs d’outiller les forces de police et autorités locales et nationales concernées pour qu’elles puissent mieux et davantage prévenir ce type de délinquance.


>>Une analyse de 45 projets européens

Dans le cadre du projet CCI, l’Efus a analysé les projets de recherche financés par l’Union européenne, dans le cadre des programmes H2020, FP7 et FP6  de recherche et innovation, ayant produit au cours des 10 dernières années des outils liés aux problématiques de délinquance et au sentiment d’insécurité qu’elle génère. Cette étude a permis d’identifier les outils existants qui serviront de référence pour le projet CCI et de mieux connaître les obstacles et les difficultés à leur application, en particulier pour les utilisateurs finaux – essentiellement les polices et autorités locales. 

Pour ce faire, l’Efus a analysé la base de données européenne CORDIS, qui comprend des données sur tous les programmes de recherche et développement soutenus par l’UE, ainsi que les programmes de sécurité développés par la Commission européenne. Des entretiens téléphoniques ont été réalisés avec les coordinateurs et les praticiens de certains de ces projets et quelques utilisateurs finaux.


>>Deux types d’outils

L’analyse montre que ces projets européens préconisent essentiellement deux types d’outils :  d’une part ceux destinés à approfondir les connaissances, la collecte de pratiques et les concepts de référence afin  de fonder les politiques de sécurité sur des données probantes, et d’autre part ceux destinés à améliorer les pratiques des polices et leur capacité à communiquer avec les communautés locales.      

Les premiers comprennent le plus souvent des plateformes de savoir innovantes (qui incluent notamment des concepts, des recommandations politiques, des pratiques de mise en oeuvre fondées sur des données probantes et des retours d’expérience de villes européennes), ainsi que des applications mobiles.

Les deuxièmes sont d’ordre pratique et ont pour but de développer des solutions physiques et technologiques qui comprennent des prototypes, des systèmes d’alarme mobile, ou encore des plateformes pour signaler les délits, ainsi que des pratiques telles que des programmes de formation pour les policiers et des mécanismes de protection des données et de la vie privée.


>>Les principaux obstacles repérés

Un autre aspect de l’étude consistait à identifier les freins ou obstacles à l’adoption par les villes des outils et solutions préconisés dans le cadre de ces projets européens. L’Efus a identifié cinq catégories d’obstacles.

1) La difficulté de partager ou de transférer

L’expérience des projets européens montre qu’il convient d’améliorer les mécanismes d’échange d’information entre villes européennes et l’identification des meilleures pratiques de prévention de la délinquance.

2) L’écart entre les objectifs du projet et les capacités réelles de mise en oeuvre

Cet écart concerne les capacités organisationnelles, les ressources en temps et les procédures des gouvernements locaux, mais aussi la résistance au changement. La difficulté d’accès aux ressources nécessaires pour l’adoption de tels outils est un autre frein (notamment pour les polices).

3) L’écart technologique

Certains projets européens nécessitent le développement de technologies ou programmes qui demandent non seulement un financement supplémentaire, mais aussi du temps, des ressources humaines et de la formation.

4) Les barrières humaines

Certains projets impliquent une collaboration entre les forces de police et les communautés locales, ce qui nécessite l’engagement et la confiance de ces dernières.

5) Le respect de la vie privée et la protection des données

Pour les projets mettant en oeuvre des outils technologiques, les questions de protection des données et de respect de la vie privée peuvent être un frein, d’autant que les législations varient d’un pays européen à l’autre.


>>Solutions et recommandations

Pour surmonter ces obstacles et améliorer les résultats des projets européens portant sur les questions de petite délinquance et de sentiment d’insécurité, l’Efus et CCI préconisent de :

  • associer les utilisateurs finaux dès le démarrage des projets et obtenir leur retour tout au long de ceux-ci ;
  • prévoir une phase post-mise en oeuvre dans laquelle l’UE financerait et soutiendrait l’accompagnement méthodologique et technologique des utilisateurs finaux ;
  • améliorer le transfert de connaissances, par exemple en fournissant un guide d’utilisation des recommandations/outils résultant des projets européens ;
  • veiller à la protection des données, soit par des solutions technologiques (serveurs dédiés), soit par le biais d’un comité indépendant de surveillance.

Le consortium du projet CCI prendra en compte les conclusions du rapport de l’Efus lors des différentes phases de son projet de 36 mois. 


En savoir plus sur le projet Cutting Crime Impact (CCI)

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