Portrait: Willy Demeyer, Maire de Liège, février 2008

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Willy Demeyer est, depuis 1999, Bourgmestre de la Ville de Liège. Très attaché au niveau local, il a auparavant exercé, au sein de sa ville, les fonctions de Conseiller Communal et d’Echevin. Il a aussi été, entre 2004 et 2005, Député régional.

Willy Demeyer est également, depuis 2007, Président du Forum Belge pour la Prévention et la Sécurité Urbaine. Comme nous le verrons dans l’interview qui suit, la Ville de Liège, membre du Forum Européen pour la Sécurité Urbaine depuis près de 15 ans, est une ville très active en matière de prévention de la criminalité et de pratiques innovantes.

FESU : Il y a quelques mois, la Ville de Liège a présenté son projet de ville 2007-2015. Au chapitre sécurité, on retrouve, parmi les grandes priorités, le renforcement de la police de proximité et du travail de prévention sur le terrain. Selon vous, cela constitue-t-il deux orientations indispensables à donner aux politiques de sécurité au niveau d’une ville telle que Liège?

Willy DEMEYER : Prévention et répression sont deux axes incontournables dans la lutte contre l’insécurité. Cela les citoyens l’ont bien compris et soutiennent cette vision des choses. Je suis convaincu que c’est par l’action sur la voie publique et la connaissance des gens qui y vivent que la police et l’ensemble des acteurs peuvent contribuer, par une présence active et visible, à la réduction des tensions. Ainsi, depuis le début de mon mandat, j’essaye de mettre en place une politique de sécurité globale et intégrée, qui allie proximité et solidarité.
Le projet de Ville pour Liège, c’est aussi casser les ghettos, retrouver le sens de la vie en commun, offrir à chacun un logement décent, des commerces attractifs, des rues propres: tout cela représente un immense chantier. Il s’agit d’une autre façon d’envisager le problème de la sécurité.
FESU : La Ville de Liège est, depuis 2007, présidente du Forum Belge pour la Sécurité Urbaine. Que vous inspire le travail en réseau et que faut-il attendre de cette présidence ?
Demeyer : Dès la mise en oeuvre des politiques de prévention en Belgique, Liège a toujours privilégié le travail en réseau, que ce soit au niveau local ou en concertation avec d’autres villes. Nous avons d’ailleurs été parmi les initiateurs du Forum Belge. Cette stratégie nous a permis de développer intelligemment de nombreuses politiques, notamment en matière de Drogues ou d’encadrement des supporters; 2 secteurs dans lesquels le travail Liégeois est largement reconnu, y compris à l’étranger.
Comme Président du Forum Belge, je suis très attentif à la mise en place des « plans stratégiques de prévention et de sécurité 2007-2010 » qui remplacent les anciens Contrats de Sécurité. Je suis satisfait de la pérennisation obtenue, sur 4 ans, ce qui nous a évité bien des incertitudes lors de la formation du Gouvernement fédéral.
Par ailleurs, en 2008, nous mettrons l’accent sur l’harmonisation des métiers de la prévention dans l’espace public (Assistants de Prévention et de Sécurité, Gardiens d’espaces publics, Stewards urbains,….) qui s’appellent désormais des Gardiens de la Paix.

FESU : Depuis plusieurs années, la Ville de Liège s’est positionnée comme une des spécialistes de la médiation en Belgique (Service exclusivement consacré à ce sujet, activités diverses telles que la médiation de quartier, la médiation parentale ou la médiation de dette, mais aussi beaucoup de projets innovants et une participation au réseau Euromédiation). Quelles sont les principales raisons de telles démarches ?

Demeyer : Nos villes modernes sont caractérisées par un grand niveau de conflictualité. Cela est notamment du au fait que les villes rassemblent toujours plus d’habitants sur des espaces géographiques qui eux sont limités. De plus, Liège, comme d’autres grandes villes européennes rassemble une population caractérisée par une grande diversité culturelle. Je pense que cette diversité constitue à coup sûr une grande richesse, source d’innovation, si et seulement si, les conflits sont bien dépassés. Voilà pourquoi Liège s’est inscrite de façon volontaire et dynamique dans le mise en place de dispositifs de médiation de quartier en ce qui concerne les conflits de voisinage, la médiation parentale pour ce qui est des conflits entre parents, enfants et institutions. Citons encore la médiation de dettes, la médiation scolaire mais aussi tous les dispositifs de médiation de première ligne ou d’intermédiation que constituent nos stewards urbains, agents de convivialité ou autres éducateurs de rue. Forts de cette expérience, et soucieux d’encore nous améliorer, nous avons souhaité confronter nos pratiques à celles de nos confrères européens dans quelques groupes de recherche ou de réflexion. Je citerai notamment le groupe de travail Urbact « Sécurité urbaine et diversité culturelle » dont nous étions les leaders ou encore « Euromédiation- Sécurcités » dont nous avons été une des figures de proue. La médiation constitue donc pour Liège une réponse adaptée à sa réalité dans la construction d’un bien vivre ensemble pour ses habitants.
FESU : Dans le cadre de son plan de prévention, la Ville de Liège peut également compter sur le service Fan Coaching, qui s’occupe de l’encadrement socio-préventif des supporters à risque du Standard de Liège, l’équipe locale. De plus, vous êtes également impliqué à titre personnel en tant que membre du Comité de Direction de l’Asbl Eurofan-Fan Coaching. En tant que Bourgmestre et grand amateur de sport, pouvez-vous brièvement nous décrire les avantages que présentent de telles structures ?
Demeyer : Il est évident que la mise sur pied d’un dispositif tel que le Fan Coaching a largement contribué à réduire les incidents lors des matches et que cela représente un grand avantage, y compris pour les forces de l’ordre, dans la gestion des manifestations sportives. Nous nous sommes d’ailleurs inspiré à plusieurs reprises de ces méthodes de travail lors d’autres grands événements tels que le Prologue du Tour de France, la City Parade, le Giro,…. Encore une fois, le travail mené localement nous a permis d’acquérir une reconnaissance et de pouvoir la valoriser au niveau européen dans des programmes comme EUROFAN, qui regroupe les plus grands Clubs d’Europe et où Liège est reconnu comme un acteur important de la prévention dans cette matière.
FESU : La fiche de pratique du mois, publiée en parallèle à votre portrait, porte sur un projet de prévention et d’assistance aux victimes de la violence conjugale (« La violence conjugale, ca fait toujours mal. Ma force, c’est d’en parler »). Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce projet et sur les raisons de sa mise en œuvre ?
Demeyer : Malheureusement, notre intérêt pour ce thème vient d’un fait divers particulièrement  douloureux où une jeune femme a été assassinée en pleine rue. Lors de ce drame, nous nous sommes rendus compte qu’il était urgent de sensibiliser la population à ces comportements et aux dangers qui peuvent en découler. Toutefois, nous souhaitions également sensibiliser les auteurs de violence afin qu’ils prennent conscience de l’anormalité de certains comportements. Ce fut la première d’une série d’actions que nous avons développées avec le secteur associatif. Action qui a depuis lors été étendue à l’ensemble de la Communauté française de Belgique. J’espère, prochainement, pouvoir mettre en oeuvre le système d’alerte visant à protéger les femmes, en grave danger, des attaques de leur ex-compagnon.
FESU : Pouvez-vous enfin nous dire quels sont, pour cette année 2008, les grands challenges pour la Ville de Liège, en termes de sécurité et de cohésion sociale ?
Demeyer : La gestion de la toxicomanie occupera, cette année encore, une place importante en matière de santé publique, de prévention et de sécurité. Ainsi, nous devrions, dans les prochains mois, concrétiser notre projet pilote de « délivrance d’héroïne sous contrôle médical » avec l’aide de nos différents opérateurs hospitaliers et le soutien de l’Université de Liège. Et bien entendu je continuerai à défendre auprès des autorités belges la mise en oeuvre de l’ensemble du Plan stratégique en matière de toxicomanie.
En matière de cohésion sociale, nous mettrons l’accent sur le travail de quartier où nous amplifierons les projets en cours avec, dans des domaines comme celui de la médiation, une extension possible vers d’autres quartiers.Par ailleurs, nous maintenons l’ensemble des projets menés depuis de nombreuses années par nos services en matière intergénérationnelle et interculturelle avec désormais un prolongement dans le cadre du Label « Egalité-Diversité » que la Ville s’est vue décerné par le Gouvernement fédéral.
Dans ce cadre, nous souhaitons renforcer la diversité sur les lieux de travail, lutter contre les discriminations et les stéréotypes par la conception et la mise en oeuvre d’une politique de diversité interne à la Ville de Liège. Cela suppose de relever 2 défis:
– rencontrer la diversité croissante des usagers notamment au niveau culturel;
– rencontrer la diversité croissante des travailleurs par rapport notamment à l’allongement des carrières, l’augmentation de la présence des femmes dans le marché du travail, l’immigration, l’embauche de personnes handicapées,… et ce en étant attentif au respect des législations en vigueur.

2008-03-20

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