Un monde entièrement nouveau (au Royaume-Uni)

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Suite à l’élection d’un gouvernement de coalition libéral/conservateur en mai, et dans le cadre de réductions financières drastiques à tous les niveaux de l’action publique, des changements radicaux dans la manière de gérer la sécurité de la collectivité sont sur le point d’être mis en œuvre au Royaume-Uni. Le 20 Octobre, un rapport général sur les dépenses publiques sera émis. La police pourrait perdre 25% de son budget. Grant Ardern, chargé de mission au National Community Safety Network (NCSN) commente ces nouveaux développements.

Un monde entièrement nouveau
(au Royaume-Uni)

«S’attaquer au crime ensemble» est le titre du chapitre 5 du document stratégique issu du gouvernement de coalition et intitulé « Les services policiers au 21e siècle ». Il expose la manière par laquelle les partenariats locaux de sécurité vont être amenés à faire partie du changement le plus radical qu’aient connus les services de police au Royaume-Uni depuis 50 ans. Dans ce chapitre, il est reconnu qu’au cours des 13 dernières années, les partenariats locaux de sécurité ont joué un rôle important dans la prévention du crime, ce qui est très gentil, et puis il y a une section qui envisage :

« la suppression des directives centrales inutiles axées sur des partenariats locaux qui fonctionnent à différents niveaux géographiques, mais dont un certain chevauchement des rôles et des missions sème la confusion sur les rôles respectifs et implique une bureaucratie qui limite leur capacité à travailler efficacement ensemble».

Comment cela fonctionnera t-il ? Pour mieux comprendre, le conseil d’administration du NCSN a récemment participé au processus de consultation, qui doit faire partie intégrante du projet de loi sur la responsabilité sociale et la réforme de la police qui sera présenté cet automne.

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Ce qui émergera de la consultation ne sera révélé qu’après la divulgation du rapport général sur les dépenses publique car l’ensemble des plans des différents ministères doivent être mis en commun. Toutefois, le NCSN a recueilli une vue d’ensemble des futures orientations stratégiques, effectivement décrites comme « un monde entièrement nouveau ». Voici donc ce à quoi ressemblera l’avenir pour les partenariats locaux de sécurité au Royaume-Uni.

Les praticiens de la sécurité sont déjà habitués à un environnement dans lequel un mot-clé ou un nouvel acronyme vient de prendre subitement une nouvelle signification importante. De manière rassurante, à cet égard, rien n’a changé. Le nouveau mot est «transition» et il faudra faire avec pour les 30 prochains mois. Cette période couvre les deux années nécessaires pour que les nouveaux « Commissaires Police et Criminalité » (Police & Crime Commissionners) soient sélectionnés et se mettent à travailler concrètement. La date butoir est 2012, plus six mois supplémentaires pour permettre aux Commissaires de s’installer dans leurs nouveaux rôles ce qui d’après mes calculs nous amène jusqu’en 2013. On peut s’attendre dès cet automne à une législation décrivant exactement comment les Commissaires travailleront avec les autorités locales, mais il est probable que la loi suive ce calendrier.

Les Commissaires Police et Criminalité sont la clé de voûte des plans du gouvernement pour les partenariats locaux de sécurité. Ces derniers travailleront au niveau de la force de police locale ; ils auront une petite équipe de soutien et s’appuieront sur la police locale et les observatoires de la criminalité afin de vérifier les équilibres entre les différentes agences publiques. Grâce à cette méthode, les partenariats locaux et les agences publiques seront tenus de rendre des comptes aux citoyens qu’ils servent et non plus au gouvernement central. Un document sur la manière d’effectuer cette transition sera publié plus tard dans l’année afin de fournir plus de détails à ce sujet.

Pour pousser plus loin la réflexion, le gouvernement reconnaît que les collectivités locales sont mieux aidées par des agences de services publics déconcentrées, travaillant en partenariat, car c’est un moyen efficace de maintenir une bonne prestation de service au niveau local. Afin de soutenir les partenariats locaux de sécurité au sein du modèle de la «Big Society»[1], l’intention est de promouvoir une approche de «désencombrement» du paysage institutionnel local. Cela se fera par la dérèglementation et la suppression des enchevêtrements inutiles de bureaucratie, tout cela, bien sûr, avec l’objectif fondamental de réduction du déficit.

Un choc culturel

Alors, que signifie tout cela ? En réalité, cela va être un choc culturel énorme pour de nombreux techniciens de la sécurité au Royaume-Uni qui avaient l’habitude d’être nourris de force par les exigences normatives du gouvernement central. Il en résultera un renversement complet de l’approche verticale-descendante, ce qui entraînera de plus grandes possibilités d’actions concrètes comme conséquence non seulement de la réduction des barrières administratives chronophages et de moins, si ce n’est pas du tout, d’objectifs et de directives à satisfaire, mais également – fort probablement – du fait qu’il n’y aura aucun financement ni soutien de la part du gouvernement central.

NCSN a informé le gouvernement qu’un passage trop rapide d’un mode de régulation contraignant et un contrôle fort du gouvernement central à la dérèglementation pourrait être source de confusion, de mauvaises interprétations et de disparités entre les territoires. Le Réseau a donc proposé de soutenir les partenariats locaux de sécurité en diffusant les directions du gouvernement et en apportant des informations de feedback qui permettraient d’adapter les partenariats pendant la période de transition, tout en maximisant les opportunités engendrées par une liberté locale accrue et une plus grande flexibilité.

Le NCSN soutient déjà les partenariats locaux de sécurité en fournissant des sessions de formation très cotées, conduites par des spécialistes expérimentés. Il est donc idéalement placé pour aider le gouvernement à atteindre ses objectifs de promotion de partenariats tournés vers l’action, pour améliorer l’échange d’informations et diffuser les bonnes pratiques fondées sur ce qui fonctionne au niveau local. Cela pourrait permettre aux partenaires locaux de bénéficier de la liberté de définir des priorités locales avec la communauté des citoyens.

Mettre fin au désordre

Il s’agit donc de réduire les doubles emplois, clarifier les compétences et encourager l’utilisation des articles 17 et 115 du Crime & Disorder Act. En bref, cela signifie que tous les services travailleront désormais ensemble et échangeront des données afin de réduire la criminalité. Le gouvernement estime également que des partenariats locaux de sécurité et les organismes de justice pénale peuvent travailler ensemble, en partenariat, d’une manière plus efficace et efficiente. […]

NCSN a proposé que la clarification des compétences soit mise en œuvre par les partenariats locaux de sécurité qui deviendraient une plaque tournante pour des structures locales plus flexibles et fourniraient ainsi un lien entre toutes les structures, y compris les Commissaires Police et Criminalité.

Le Réseau, à travers ses membres, a également une base puissante pour fournir un soutien solide, de la formation, de l’accompagnement, des jumelages, des conseils et des informations pour aider à la transformation vers un monde nouveau. Cet objectif sera atteint grâce à la mise en œuvre d’une politique nationale de Sécurité communautaire axée sur l’échange des meilleures pratiques, fondées sur le bon sens, tout au long de cette période de transition et au-delà.

Grant Ardern

Policy Officer, NCSN

[1] http://www.guardian.co.uk/politics/2010/may/18/david-cameron-big-society-plan