Union européenne : une présidence polonaise optimiste et ambitieuse

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La Pologne a pris la tête du conseil de l’Union européenne pour six mois le 1er juillet 2011. Elle travaille en trio avec ses deux successeurs, le Danemark et Chypre, et un programme commun a été établi entre les pays de cette troïka[1]. Présidente de l’UE pour la première fois depuis son accession en 2004, la Pologne fait aujourd’hui partie des six poids lourds économiques de l’UE et elle est l’un de ceux à avoir le mieux résisté à la crise financière. Préparée de longue date et avec un important dispositif de communication, cette présidence se veut euro-optimiste, forte et ambitieuse, prenant la suite d’une présidence hongroise en demi-teinte marquée par de vifs débats sur la politique intérieure (révision constitutionnelle et loi restrictive sur la liberté de la presse[2]).

 
Les priorités affichées sont l’encouragement de la croissance économique en Europe et le « sauvetage » de la zone euro, même si la Pologne n’en est pas membre. Alors que doivent commencer les débats sur le budget à long terme de l’UE (2014 – 2020), la présidence polonaise est placée sous le signe de la « solidarité », comme le suggère le logo choisi pour la présidence qui rappelle celui du mouvement Solidarnosc[3]. La solidarité financière est notamment l’un des enjeux principaux de la « politique de cohésion » de l’Union, avec le maintien des fonds de cohésion et structurels dont la Pologne est l’un des principaux bénéficiaires.

 
Un autre axe majeur de travail pour les Polonais est la poursuite de l’élargissement de l’Union et en particulier la finalisation du traité d’adhésion avec la Croatie, qui pourrait être signé avant la fin de l’année. Varsovie cherchera aussi à promouvoir l’entrée de la Serbie, du Monténégro, de la Macédoine et de l’Islande et avancer dans les chapitres de négociations avec la Turquie.

 


En matière d’affaires intérieures et de justice
[4], la présidence s’est fixé comme objectif de mettre effectivement en œuvre le programme de Stockholm. Ainsi, elle engagera des activités visant à protéger les citoyens de l’UE et faciliter leur accès à la justice. En ce sens, les négociations commencées en juillet 2010 en vue de l’adhésion de l’UE à la Convention européenne des Droits de l’Homme pour une plus grande reconnaissance et protection des droits fondamentaux, devraient continuer.

 
Une des priorités de la présidence est la défense de la liberté de mouvement des biens et des personnes ainsi que l’amélioration de la gestion de la zone Schengen[5], ce qui devrait être une gageure dans le contexte actuel de tensions (rétablissement récent de contrôles à la frontière franco-italienne et entre le Danemark et l’Allemagne).

 
Le développement de nouveaux outils dans le cadre de la politique d’asile et de migration est aussi une grande priorité notamment au vu des situations de crise engendrées par l’afflux massif et soudain de citoyens venus de pays du sud de la Méditerranée. La présidence ambitionne de développer des mesures efficaces contre l’immigration illégale, par exemple une politique « durable » de retour volontaire dans le respect des droits fondamentaux. L’amélioration des mécanismes pour lutter contre la criminalité organisée et notamment les crimes liés aux drogues est aussi en haut de la liste des priorités de la présidence polonaise de l’UE.

 
Enfin, en matière de prévention de la ciminalité, notion toujours absente en elle-même des programmes généraux relatifs à la justice et aux affaires intérieures (même si la prévention en matière de protection civile et prévention de la radicalisation sont mentionnés), il est à noter que le Réseau européen de Prévention de la Criminalité (REPC) sera présidé par Juliusz Galkowski, chancellier (haut fonctionnaire) et directeur de l’unité Anticorruption au sein du ministère de l’Intérieur polonais. En décembre aura lieu à Varsovie la conférence annuelle de bonnes pratiques du REPC, au cours de laquelle le prix européen de la prévention de la criminalité sera remis. [6]


[1] Section Justice et Affaires Intérieures, page 78 http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/11/st11/st11447.en11.pdf

[3] sur ce point voir cet article « présidence polonaise, budget et solidarité » http://www.euractiv.com/fr/avenir-europe/pr-sidence-polonaise-de-lue-budget-et-solidarit-linksdossier-505561 ;

[5] sur ce point voir cet article sur la « désintégration » européenne http://www.nouvelle-europe.eu/geographie/est-ouest/l-europe-elargie-contre-la-desintegration-europeenne_2.html