9TH GERMAN PREVENTION DAYS 2004

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Discours prononcé à l’occasion de l’ouverture de la 9ème Journée Allemande de la Prévention de la Criminalité , Stuttgart, 17 mai 2004

Monsieur le Président du Congrès,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Président,
Mesdames Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier les organisateurs de la Journée Allemande de la Prévention de la Criminalité de l’invitation qu’ils m’ont faite à intervenir à cette conférence. C’est un honneur pour moi à la fois en tant que Président du Forum Européen pour la Sécurité Urbaine mais aussi en tant que Bourgmestre de Bruxelles, d’être parmi vous aujourd’hui. C’est également une grande satisfaction pour notre organisation de participer pour la troisième fois à cet événement. Ceci témoigne d’un intérêt réciproque pour la prévention de la criminalité qui, je le souhaite, se renforcera encore dans le futur.

Je vais ici brièvement vous présenter 3 points qui me paraissent aujourd’hui essentiels. Je vais d’abord vous dire pourquoi les échanges à l’échelle européenne sont indispensables à l’amélioration de nos politiques de prévention. J’aborderai ensuite les raisons de notre souhait d’une coopération renforcé avec vous, acteurs allemands de la prévention et enfin, je vous présenterai les principes qui à mon sens doivent guider toute politique de prévention de la criminalité.

J’en viens donc au premier point de mon propos à savoir mon plaidoyer pour le renforcement des échanges entre les acteurs de la prévention de la criminalité  à l’échelle européenne.

Vous le savez peut-être, le Forum Européen pour la Sécurité a été crée en 1987 par le français Gilbert Bonnemaison et néanmoins très européen, il l’a prouvé notamment en mettant en place d’autres organismes comme le Centre International de Prévention de la Criminalité (CIPC) . Le FESU rassemble aujourd’hui près de 300 villes et collectivités locales européennes dont certaines sont regroupées au sein de Forum nationaux (en Belgique, en Espagne, en Italie, en France et bientôt au Portugal) et essaye depuis sa création d’être un accélérateur d’expériences.

C’est là notre raison d’être : favoriser les échanges entre collectivités à l’échelle européenne. L’échange ce n’est pas facile  pour celui qui s’y engage car c’est prendre le risque d’avouer ses faiblesses. Mais c’est aussi et surtout, une formidable opportunité pour enrichir ses pratiques et peut être celles de ses interlocuteurs. Cet  enjeu est crucial à l’heure où l’Europe réunit en son sein 10 nouveaux pays desquels nous avons sans doute à apprendre et auxquels en retour nous devons transmettre notre expérience pour participer à la consolidation de l’espace de sécurité, de liberté et de justice consacré par le Traité d’Amsterdam.

Si l’échange d’expériences à l’échelle nationale, comme vous le pratiquez tous dans le cadre du DPT semble naturel à beaucoup, il semble souvent, et je pense à tort, plus difficile voire moins concret à une échelle supranationale. Oui, les contextes et priorités diffèrent sensiblement d’un pays à l’autre.

Mais qui peut prétendre encore que les citoyens n’ont pas les mêmes attentes et que nous n’avons pas les mêmes difficultés à les résoudre ? De même comment faire aujourd’hui l’impasse sur la criminalité transfrontalière ? Voici des points qui doivent nous rassembler et l’Europe constitue ici un formidable facilitateur.

L’Europe nous permet de dépasser nos origines et nos sensibilités culturelles, cultuelles et politiques qui parfois nous empêchent d’aborder les questions de sécurité avec sérénité. La sécurité doit rester un domaine où tous puissent s’unir malgré leurs différences.

L’Europe nous permet aussi d’apprendre plus vite et de réagir ainsi plus rapidement et efficacement aux évolutions de notre société marquée par de nouvelles formes de la criminalité peut-être plus visibles et mobiles.

En retour, c’est aussi à nous, acteurs de la prévention de la criminalité, qu’il revient d’enrichir l’Europe de nos expériences. Cette Europe, je l’ai dit, a reconnu la prévention de la criminalité comme un élément concourant au maintien d’un espace de liberté de sécurité et de justice. Elle s’est fixée des objectifs en matière de prévention de la criminalité (la criminalité urbaine, la délinquance juvénile et la criminalité liée à la drogue) et s’est dotée d’outils comme Réseau Européen de Prévention de la Criminalité qui rassemble des représentants de tous les Etats européens mais aussi des organismes tels que le Forum Européen pour la Sécurité Urbaine afin de renforcer la coopération entre ces Etats.

Malgré ses récents développements, nous devons rester attentifs ensemble à faire de la prévention de la criminalité une priorité pour l’Europe et à ce qu’elle reconnaisse plus ouvertement les collectivités locales comme un acteur essentiel de la prévention aux côtés de la Police et de la Justice.

Dans sa volonté de valoriser les acteurs locaux de la prévention auprès de l’Union Européenne, le FESU avait par exemple très tôt défendu la mise en place d’un budget européen spécifique pour la prévention de la criminalité désormais inscrit dans le programme AGIS. Cependant beaucoup d’efforts nous restent à fournir. C’est dans cet état d’esprit que nous avons notamment mis en place en partenariat avec le Conseil de l’Europe un Observatoire européen de la Sécurité pour améliorer la connaissance des phénomènes de criminalité et des réponses à y apporter à l’échelle européenne

Il est temps maintenant pour moi de vous exposer ma motivation à apprendre plus de l’exemple allemand et pourquoi je plaide pour un renforcement de la coopération avec vous.

Vous le savez, je viens de Belgique, un pays qui s’est enrichi, parfois contre son gré il est vrai ( !), des influences étrangères y compris en matière de prévention. En cette matière, il est des pays qui sont traditionnellement étudiés. Je pense ici aux modèles développés au Royaume –Uni, en France ou encore dans les pays nordiques qui ont très tôt mis en place des politiques de prévention structurées.

Je suis convaincu que nous avons aussi beaucoup à  apprendre de l’Allemagne dont les développements en matière de prévention de la criminalité sont depuis plusieurs années flagrants. Je pense notamment aux 2.000 conseils locaux de prévention, à la mise en place du Deutsches Forum für Kriminalprävention (DFK- Forum Allemand pour la Prévention de la Criminalité) dont le réseau de villes compte parmi nos membres ou encore au Deutsches Präventionstag. Cet événement qui fait se rencontrer un si grand nombre d’acteurs de la prévention chaque année constitue une initiative quasiment unique en Europe. Il faudrait pourquoi pas initier un jour à l’échelle européenne un événement de ce type. 

Comme je l’ai évoqué, je suis convaincu que la rencontre entre professionnels est l’occasion pour chacun d’enrichir ses pratiques et d’améliorer ainsi le quotidien de nos concitoyens. C’est bien là, pour reprendre Goethe, qui ne pensait certainement pas ce jour là à la Prévention de la criminalité, le devoir, notre devoir qui doit être l’exigence de chaque jour[1]. Ce souci doit nous inciter à rechercher les solutions les plus adaptées en faisant preuve à la fois d’inventivité, d’innovation et de pragmatisme.

Nous avons récemment travaillé dans le cadre de projet européens avec plusieurs villes allemandes je pense notamment à Lübeck, à Bonn, à Düsseldorf ou encore au Conseil de Prévention du Land de Basse-Saxe. Je ne peux que me réjouir également que le réseau des villes du DFK ait souhaité organiser avec nous des rencontres avec des villes de notre réseau pour mieux réfléchir ensemble aux voies qui peuvent permettre à chacun d’améliorer ses politiques et la vie de nos concitoyens.

Nous avons donc beaucoup à apprendre de vous et j’espère aussi que nous pourrons ensemble défendre et améliorer nos politiques de prévention de la criminalité en mettant en œuvre des initiatives communes.

J’en viens enfin, au dernier élément de mon exposé : les principes qui rassemblent les membres du FESU et qui, selon nous, doivent guider toute politique de prévention de la criminalité.

Nous n’avons jamais caché notre attachement aux principes développés en France dès 1982 par Gilbert Bonnemaison, le Président Fondateur du FESU. Ces principes, il les a exporté jusqu’à des contrées lointaines comme les Etats-Unis ou encore l’Australie. C’est parce qu’ils se basaient sur un pragmatisme farouche que nous nous en avons fait les nôtres. C’est ainsi qu’en Belgique nous avons mis en place des contrats de sécurité et de prévention dès 1992 pour permettre la mise en place de politiques locales volontaristes.

Je rappellerai ici brièvement trois de ces principes que  avons enrichi à l’occasion de la rédaction d’un Manifeste sur lequel ont travaillé plus de 800 participants de tous horizons lors d’une conférence que le FESU avait organisé à Naples en 2000:

Les problèmes de délinquance ont des spécificités locales : même s’il y a en matière de délinquance des tendances lourdes, il faut aller plus en détail dans l’étude de la nature de la criminalité pour comprendre les maux dont souffrent parfois nos villes ;

La criminalité doit être traitée localement, car une politique identique ne peut être appliquée uniformément sans être adaptée au terrain si elle se veut réaliste ;

Et enfin, ce traitement de la délinquance doit être partenarial car la délinquance ne peut se combattre efficacement de manière isolée. Laisser le traitement de la délinquance du ressort d’un seul acteur c’est se priver du potentiel que fournissent nos territoires pour agir

Plus important encore, nous affirmons qu’il n’y a de sécurité que dans le respect de la démocratie. Il nous faut refuser toutes les tentations extrêmes en matière de sécurité qui nous détournent de notre pragmatisme et sont contreproductives.

*  *  *
*  *

En conclusion, permettez moi de répéter que la prévention de la délinquance alliée intelligemment à la répression n’est pas une utopie. Elle n’est pas évidente non plus. Il faut la soutenir pas des moyens humains et financiers à hauteurs de nos ambitions. Il nous faut aussi l’évaluer pour se donner les moyens de l’améliorer. N’oublions pas non plus que c’est une politique relativement jeune, une vingtaine d’année dans la majorité des Etats Européens, qui a encore beaucoup de progrès à réaliser. Ces progrès devront être accomplis ensemble à tous les niveaux, local, fédéral et européen, et j’espère que tous ici nous participerons à cette entreprise démocratique.

Je vous remercie de votre attention.

Stuttgart, le 17 mai 2004
Freddy THIELEMANS
Bourgmestre de Bruxelles
Président du FESU
[1] « Qu’est ce que ton devoir ? L’exigence de chaque jour », Extrait des Pensées, Goethe.

Cliquez ici pour télécharger l’intervention de Nel Vandevannet, Fonctionnaire de Prévention de la ville de Bruxelles donnée à l’occasion de l’atelier thématique « Prévention de la crininalité en Europe ».

Au sujet de la précédente Journée Allemande de la prévention: cliquez ici

2008-03-06

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