Vers une voie africaine des questions de sécurité urbaine

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Abidjan (Côte d’Ivoire), 27 février 2013 – Construire une voie africaine des questions de sécurité urbaine, tel était l’enjeu fondamental du séminaire sur la sécurité communautaire organisé par le Forum ivoirien pour la sécurité urbaine les 25 et 26 février 2013 à Abidjan. Les Forums européen et français pour la sécurité urbaine ont pris part à cette réflexion aux côtés de partenaires de conviction que sont le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), UN-Habitat et l’Agence japonaise pour la coopération internationale JICA (Japanese International Cooperation Agency).

Les lignes directrices de cette « voie africaine » concernent toutes les villes africaines. D’autant plus que, si une telle voie se dessine, elle devra se construire et prendre racine au niveau local.

M. François Amichia, maire de Treichville et president du Forum ivoirien pour la sécurité urbaine avec Dr Annabelle Amoin Konan-Brou, maire de Djébonoua, et Michel Marcus, délégué général du FFSU

 

En quoi consiste la voie africaine en matière de sécurité urbaine ?

C’est tout d’abord un contexte qui s’impose aux villes :

–         Des défis urbains de grande ampleur où figure au premier titre une augmentation irréversible de la population urbaine : en 2000, 47% de la population mondiale était urbaine ; en 2030 ce chiffre sera de 60%.

A cela s’ajoutent d’autres défis tels que la planification urbaine et régionale, la production et la maintenance des infrastructures de base, l’accès aux logements décents, la disponibilité d’un transport public salubre et sécurisé, l’accès à l’eau et à l’assainissement, l’accès à l’emploi des jeunes, le respect des principes de bonne gouvernance.

–         Des enjeux liés à la criminalité avec notamment :

1)      le trafic des armes : c’est une banalité de dire que trop d’armes circulent en Afrique. Or l’apprentissage des armes, c’est l’apprentissage de la violence. De plus en plus, les  armes utilisées dans les conflits militaires le seront également dans les conflits civils.

2)      Le trafic de drogue : l’Afrique est une zone de transit dans le trafic international de drogue qui utilise des bases locales pour développer ses activités.

3)      La criminalité d’affaires : c’est un enjeu fondamental et mondial. Cette criminalité est sans doute celle qui est vécue le plus durement par des populations très largement touchées par la pauvreté. A ce titre, les participants au séminaire ont appelé de leurs voeux la création d’un tribunal pénal international sur la délinquance financière.

4)      La question du droit des enfants et des femmes. Elle est liée au trafic des êtres humains. C’est un enjeu aujourd’hui et ce le sera demain car la moitié de l’humanité a moins de 25 ans.

Cette voie africaine doit prendre en compte ces enjeux.

Elle doit aussi reposer sur une bonne compréhension des mécanismes de violence.

La criminalité n’est pas un phénomène spontané. Elle résulte de l’inégalité et de l’exclusion sociale, de la fragmentation sociale de l’urbanisme et de l’aménagement, du faible encadrement des enfants, de l’insuffisance criante d’habitations décentes et d’espaces publics accessibles à tous, de l’insuffisance du contrôle social et institutionnel, du cloisonnement de plusieurs actions des pouvoirs publics, de l’insuffisance d’opportunités d’accès ou de création de travail durable, de l’insuffisance des ressources humaines logistiques et financières à divers niveaux de territoires, de la perte des valeurs morales et d’une corruption croissante dans les hautes sphères publiques et privées.

Ces situations génèrent de la méfiance et de l’intolérance, qui à leur tour peuvent donner lieu à des phénomènes de justice populaire, de détérioration de la cohésion sociale et à une qualité de vie peu décente pour une grande partie de la population.

Pour y faire face, la voie africaine nous impose de développer des politiques locales de sécurité et de prévention intégrées, inclusives et solidaires. De telles politiques, doivent reposer sur quatre piliers, qui ne sont pas nécessairement exclusifs :

1)     Une vision de la sécurité à long terme accompagnée d’investissements en moyens humains et matériels. De véritables stratégies de territoires doivent être élaborées, dotées de moyens et d’outils pour des résultats probants sur la qualité de vie des citoyens.

2)     La question essentielle de l’éducation à la légalité. Le respect de la loi est un exercice de conviction. Une ville juste est une ville en sécurité. Les juges rendent des décisions mais ils ne rendent jamais de très bonnes décisions. Les réponses pénales sont insuffisantes. Des stratégies civilistes doivent être mises en place.

3)     La question de la citoyenneté. Elle est fondamentale et doit s’exercer au sein de Maisons de la Citoyenneté dont les enjeux et objectifs sont plus larges que les Maisons de Justice.

4)     La prévention de la délinquance est un impératif pour les villes africaines. L’expérience montre que les villes qui ont le plus résisté aux situations de crise et d’insécurité fortes (par exemple en Côte d’Ivoire) sont celles qui avaient mis en place des dispositifs de prévention de la délinquance, une sensibilisation de la population et une gouvernance locale efficace et cohérente des problématiques de sécurité, créant ainsi des habitudes de travail au niveau local.

Cette voie africaine est définie en filigrane. Elle doit s’affirmer au niveau local. Les Forums français et européen continueront à y contribuer, notamment en participant à la mise en œuvre des Maisons de la Citoyenneté.