Le Comité exécutif de l’Efus rencontre des responsables politiques de Malte autour de la question des migrants

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Le dernier Comité exécutif de l’Efus s’est réuni le du 7 au 9 mars 2012 à Haz-Zebbug, sur invitation de cette ville de l’île de Malte (elle-même membre du CE), pour faire un point sur la situation des immigrants illégaux et sur les possibilités d’aide que peuvent apporter les instances européennes. C’est à la suite de cette visite qu’il a adopté une résolution appelant l’Union européenne et ses Etats membres à assumer une responsabilité conjointe sur ce sujet.

Plus petit pays de l’Union européenne avec quelque 413.000 habitants, Malte est aussi le plus méridional. Si l’on trace une ligne entre Tripoli, en Libye, et la Sicile, on trouve cette petite île méditerranéenne. La taille du pays et sa géographie rendent ici la problématique de l’immigration particulièrement difficile.

Depuis son entrée dans l’UE en 2004, Malte est un point d’accès pour les émigrés qui fuient, par la mer, les conditions économiques et politiques de leurs pays, au Moyen Orient et en Afrique, et cherchent à gagner les pays de l’espace Schengen, en Europe continentale, le plus souvent via l’Italie.

Les chiffres exacts sont par nature difficile à connaître, mais selon le Times of Malta, principal quotidien du pays, 256 immigrants sont arrivés sur les côtes maltaises pour le seul mois de mai2012. L’année record a été 2008 avec un total de 2.775 migrants arrivés à bord de 84 embarcations. Entre janvier et juin 2011, Malte a reçu 1.530 personnes.

Les autorités maltaises soulignent que le nombre total de réfugiés actuellement présents sur l’île -environ 4.000- dépasse le total des forces armées, de police et de santé. Un autre chiffre permet de mesurer l’ampleur du problème : Malte détient le record mondial de demandeurs d’asile comparé au nombre d’habitants, selon le Times of Malta.

Toute la difficulté pour Malte tient au fait qu’elle gère seule un problème qui la dépasse puisqu’elle est obligée, par impératif humanitaire, d’accueillir ces migrants qui débarquent sur ses côtes après un voyage dangereux et harrassant, dans un état de santé fragile et sans papier. A elle de gérer ensuite le parcours administratif qui légalisera leur entrée dans l’Union européenne ou les verra rapatriés dans leur pays d’origine.

Les autorités maltaises alertent depuis des années l’UE sur ce problème et réclament son aide, estimant que le poids de cette immigration doit être partagé équitablement entre tous les pays européens. Les deux principales forces politiques du pays -Parti nationaliste (centre-droit, au pouvoir) et Parti travailliste (gauche)- ont une position commune sur ce sujet qu’ils ont adoptée par accord.

C’est dans ce contexte que le maire de Haz-Zebbug, Alfred Grixiti, a invité les membres du Comité exécutif à se rendre sur l’île et rencontrer quelques uns des dirigeants politiques du pays. Une visite dans un centre de détention a aussi été organisée (lire notre reportage ici).

Le CE a ainsi participé à une série de réunions avec Carmelo Mifsud Bonnici, ministre de l’Intérieur et du gouvernement local, Joseph Muscat, chef de l’opposition àla Chambredes Représentants, Michael Falzon, responsable de l’opposition sur les questions de sécurité et d’immigration, Joe Debono Grech, parlementaire et représentant maltais au Conseil de l’Europe et Fabrizio Ellul, porte-parole de la représentation maltaise auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés à Malte.

Les positions qu’ils ont exprimées sont similaires : tous appellent l’Europe à partager équitablement les responsabilités qu’entraînent l’arrivée de ces réfugiés. Voici leurs principales déclarations :

– « Malte traite le problème de l’immigration de manière humaine et pragmatique mais il y a urgence : 98% des migrants qui arrivent ici demandent le droit d’asile et 2% d’entre eux sont des enfants.

Les pays européens devraient faire davantage et accueillir ces personnes. Ils devraient suivre l’exemple de l’Allemagne qui a déjà accueilli 150 familles. » (Carmelo Mifsud Bonnici)

– « Malte est une petite île et l’immigration représente déjà 1% de sa population. L’Europe doit accueillir davantage d’immigrés. A ce jour, les Etats-Unis ont accueilli davantage de migrants en provenance de Malte que tous les pays d’Europe réunis. » (Joseph Muscat)

– « L’économie de Malte est fragile et l’aide qu’elle apporte aux migrants est très coûteuse. Notamment, tous les réfugiés bénéficient d’une assistance sanitaire gratuite, quels que soient les soins requis. De plus, il existe des tensions avec la population et entre les migrants eux-mêmes, par exemple entre sunnites et chiites ou entre différentes ethnies africaines. » (Joe Debono Grech)

« Le fait que la loi maltaise prévoit d’envoyer systématiquement tout nouvel arrivant dans un centre de détention -jusqu’à ce que sa situation légale soit clarifiée, soit par l’octroi du statut de réfugié, soit par le renvoi vers le pays d’origine- pose un véritable problème humanitaire. Il y a eu des cas de suicide, bien que les autorités traitent ces personnes avec toute la bienveillance possible. » (Fabrizio Ellul).

En conclusion, Guilherme Pinto, président de l’Efus, a souligné que les membres du Comité exécutif étaient tous d’accord sur deux points : premièrement que les migrants ne sont pas des délinquants et ne causent pas, par leur seule présence, de l’insécurité en ville, deuxièmement que les institutions de l’Union européenne et les pays membres doivent améliorer leur traitement des phénomènes migratoires. « Il faut améliorer l’aide aux pays d’origine des migrants et améliorer les conditions d’accueil dans les pays où ils arrivent », a déclaré M. Pinto. Il a également souhaité que la question des réfugiés et des migrants fasse partie des thèmes abordés pendant la conférence internationale de l’Efus « Sécurité, démocratie et villes : le futur de la prévention », qui aura lieu du 12 au 14 décembre 2012 à Aubervilliers et Saint-Denis.

 

2012-03-20

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